Entres les mondes, entres nous

Chapitre 31 : Une seconde chance

Par marine.mazallon

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Le TARDIS bleue baignait dans une lumière dorée, douce et apaisante. Ses couloirs vibraient comme une respiration régulière, une berceuse cosmique enveloppant ses passagers.

À l'infirmerie, Rose dormait d'un sommeil réparateur. À ses côtés, le bébé reposait dans une couveuse médicale, son souffle encore fragile mais apaisé. Jonathan avait veillé près du lit pendant de longues heures, les yeux rougis par les larmes, mais le cœur enfin libéré du poids de la terreur. Rory, terrassé par l'épuisement de cet accouchement sous les projecteurs de la peur, s’était assoupi dans un fauteuil en cuir. Amy, quant à elle, observait en silence la petite fille à travers le verre de la couveuse, un sourire tendre aux lèvres.

En retrait, le Onzième Docteur gardait les mains posées contre le corail central de son vaisseau. Sa Sexy pulsait doucement, comme si elle chantait une incantation ancienne pour protéger tous ses occupants. Pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité, la maison était redevenue paisible. Pas de cris, pas de menaces, seulement le silence rassurant d’un havre hors du temps.

Lorsque le bébé manifesta sa faim par de petits gazouillis, Jonathan se leva en silence. Il prit sa fille dans ses bras avec une précaution infinie et l’emmena dans son propre TARDIS, juste à côté, pour la nourrir à l’abri du tumulte.

Le Docteur, absorbé par le dialogue télépathique qu'il entretenait avec sa machine, ne remarqua son absence qu’après de longues minutes. Intrigué de ne pas le voir revenir, il quitta le pupitre de commandes et traversa la cave fraîche.

Il le trouva assis sur le sol en pierre, adossé contre l’une des grandes branches du corail blessé. La petite dormait déjà du sommeil des justes contre le torse de son père. Jonathan fixait la structure vivante avec une intensité silencieuse. La fatigue creusait ses traits, mais c’était surtout une profonde tristesse dans son regard qui frappa le Seigneur du Temps.

Le Docteur s’approcha sans un bruit et s’assit à ses côtés. Ensemble, ils contemplèrent les deux vaisseaux dressés l’un à côté de l’autre, tels deux témoins immortels d’un destin partagé.

Le corail de Jonathan vibrait très faiblement. Ses teintes chaleureuses d'orange s’étaient ternies, devenant presque grises par endroits, et certaines ramifications semblaient définitivement mortes. Ce n’était pas un vaisseau corrompu, mais un organisme noble qui avait donné bien plus qu’il ne pouvait supporter. Il avait épuisé toute sa force vitale pour élever une barrière protectrice autour de Rose et de l'enfant. Ce sacrifice l’avait marqué au fer rouge.

Jonathan rompit le silence, la voix enrouée et chargée d’émotion : — Quand je l’ai découvert, j’étais persuadé que je pourrais le sauver. Pas dans l'état où il était, non… mais en utilisant une étincelle d’énergie encore vivante pour le faire repartir. Même si cela devait me prendre des décennies, je croyais sincèrement que je le ferais revoler un jour. Mais maintenant… il va juste s'éteindre et disparaître. J’ai tout gâché. J'ai échoué.

Le Docteur détourna les yeux du corail pour le fixer longuement. Il resta muet un moment, cherchant ses mots dans sa mémoire. Puis, sa voix s’éleva, calme, presque douce : — Ce n’est pas du tout l’impression que j’en ai. Regarde autour de toi, Jonathan : Rose est vivante, tout le monde est sauvé. Et tu viens de gagner une superbe petite fille. Ce n’est pas quelque chose qui nous arrive souvent… Cela m’écorche la gorge de l’admettre, mais tu avais raison. Je n’aurais jamais tenu seul face à cette chose. J'aurais basculé.

Jonathan esquissa un sourire un peu amer : — Le Docteur qui admet qu’il a eu tort… ça mérite d’être gravé en lettres d'or dans les annales de Gallifrey.

Le Seigneur du Temps poussa un petit soupir, mais ses yeux brillèrent d’une sincérité rare : — La ferme… Et merci. Sincèrement. Merci d’avoir protégé Amy. Alors non, Jonathan Tyler, on ne peut absolument pas dire que tu as échoué. Quant à ce corail… il ne revolera peut-être jamais à travers l'espace, mais je crois qu’il avait encore un rôle à jouer. Même blessé, il a résisté à une secte millénaire. Sans lui, nous aurions tout perdu ce soir.

Le regard de Jonathan glissa alors vers la cabine bleue. — Elle me manque… murmura-t-il, la voix nouée par une nostalgie fantôme. Elle est là, à quelques mètres de moi, et pourtant je n’arrive plus à la sentir dans ma tête.

Le Docteur hocha la tête, pensif : — J’ai bien l’impression que c’est réciproque. À la seconde où le signal de la ligne a traversé les dimensions, elle s’est emballée. Et tu la connais… quand elle a une idée en tête, je ne suis qu'un passager.

Il marqua une courte pause, puis tourna un regard plus acéré vers Jonathan : — Et il y a une chose qui m’intrigue… Tout à l’heure, pendant l'affrontement, l’autre Docteur, tu l’as appelé William. Pourquoi ?

Jonathan serra un peu plus sa fille contre lui, son regard se durcissant instantanément : — Parce que c’est son nom. Il ressemble au Neuvième, oui, mais ce n’est qu’un hasard. Mais il n’est pas toi. Rose le connaît depuis trop longtemps, elle sait qui il est vraiment sous ce masque : un humain, un pervers narcissique obsédé par elle depuis leur rencontre. Pas un Seigneur du Temps. Pas le Docteur. Juste William Green.

Le Docteur resta immobile, les yeux rivés sur les branches du corail orange. Ses poings, crispés sur ses genoux, se desserrèrent lentement. — William… répéta-t-il, comme pour imprégner son esprit de cette vérité. Oui. Tu as raison. Il n’est qu’un homme. Et moi, je ne suis pas lui.

En voyant que Jonathan n’avait toujours pas desserré son emprise sur sa fille, il comprit que la tristesse de Jonathan ne venait pas uniquement du TARDIS mourant. Simplement d’un trop.

— Merci, finit par dire Jonathan. Merci d’avoir été là, sincèrement.

Le Docteur ne répondit pas. Il se contenta de hocher la tête, posant un instant sa main sur le genou de Jonathan dans une pression ferme. Un geste brut, sans détour ni fioriture.

Un silence apaisé retomba entre eux. Les deux TARDIS vibraient doucement, côte à côte dans la cave, comme deux frères écoutant leur conversation. Deux vaisseaux blessés, deux Docteurs liés par la même histoire, et au milieu d’eux, une nouvelle vie.

Soudain, des pas fatigués retentirent dans la cave. Rory s’approcha, se frottant les yeux. Il semblait incapable de contenir plus longtemps la question qui le hantait : — Jonathan… il y a quelque chose que je n’arrive toujours pas à comprendre. Comment as-tu as eu mon numéro de téléphone ?

Jonathan releva la tête, surpris par la question : — J’ai voulu appeler le docteur Williams, l'obstétricien qui suivait Rose pendant sa grossesse. Mais au moment où j’ai composé le numéro sur mon portable… c’est toi qui as répondu.

Rory fronça les sourcils, perplexe : — Moi ? Mais j’étais au milieu du vortex, dans le TARDIS ! 

— Oui, hocha Jonathan. Et je crois que ce n’était pas un hasard. Les TARDIS ont dû comprendre ce qui allait se passer, l’attaque et tout ça. Ils savaient qu’on allait avoir besoin de chacun d’entre vous.

Amy, qui s'était approchée à son tour, les observa tous les deux alternativement. Elle fronça les sourcils, se remémorant l'intensité effrayante qu'elle avait vue dans les yeux du Docteur quelques minutes plus tôt : — Attends… Comment tu as fait, tout à l'heure ? Je l'ai déjà vu entrer dans ces colères noires, quand il devient froid et prêt à tout dévaster. En général, personne ne peut l'arrêter. Alors toi... Comment as- tu réussi à le ramener si vite ? C'est quoi ton secret ?

Jonathan la fixa un instant, amusé par sa franchise, puis esquissa un sourire en coin, presque nostalgique : — Il n'y a pas de secret, Amy. Il faut juste avoir été lui pendant un temps.

Amy en resta muette, la bouche légèrement entrouverte. Elle glissa un regard médusé vers le Onzième Docteur, puis le ramena sur Jonathan, assimilant l'information avec une incrédulité totale : — C’est complètement dingue… lâcha-t-elle enfin dans un souffle. J’ai grandi en pensant qu’il n’y avait qu’un seul Docteur dans tout l’univers. Et maintenant, je me retrouve face à un autre toi. Un toi… avec un seul cœur et des cheveux corrects.

Le Docteur ajusta son nœud papillon d'un geste machinal, un brin vexé : — Hé ! Mes cheveux sont très bien ! Et ce n'est pas un autre moi. Jonathan est une anomalie biologique tout à fait fascinante. Une fracture dans l'histoire, si tu veux, mais la preuve vivante qu'une erreur du temps peut parfois donner quelque chose de merveilleux.

Amy baissa les yeux vers le nouveau-né endormi contre la poitrine de Jonathan, et un sourire sincère adoucit ses traits : — Alors… peut-être que ce n’est pas une erreur. Peut-être que c’est juste une seconde chance.

 — Exactement, murmura Jonathan. Et c’est tout ce que je cherche à être.

Le calme retomba sur la cave, enveloppant les quatre voyageurs. Pourtant, malgré la chaleur de ces mots, une ombre sourde continuait de peser sur le cœur du Onzième Docteur. Jonathan avait parlé avec assurance, et le Docteur voulait désespérément y croire… mais une voix au fond de lui refusait de se taire. Une inquiétude persistante.

Il resta un moment immobile, le regard perdu dans le corail mourant. Les pulsations faibles du vaisseau de Jonathan résonnaient comme un compte à rebours. Le Docteur le savait : il n’y avait qu’une seule personne au monde capable de dissiper ce doute une bonne fois pour toutes.

Sans ajouter un mot, il se leva. Laissant Jonathan, Amy et Rory dans la cave, il remonta vers son propre TARDIS et s'enfonça dans les couloirs dorés jusqu'à l’infirmerie.

Là, dans le silence de la pièce médicale, seul à seul avec Rose qui dormait paisiblement, il espérait enfin trouver la réponse qu'il cherchait.






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