03 décembre 2039 — 14:00:00
7801 Rosemont Ave, Détroit
PDV Connor
Lorsque j'arrive sur la scène de crime, je suis pris d'une certaine nostalgie pendant un court instant.
Le lieutenant Adams me rejoint quelques minutes plus tard.
« Vous êtes en retard de 4 minutes et 33 secondes, lieutenant, m'exclamé-je.
- Roh, c'est bon, ce n'est pas pour cinq minutes. La victime n'ira pas bien loin de toute façon », plaisante-t-il.
Je le suis jusqu'au cadavre, et une fois devant, je le scanne aussitôt :
Xavier Mcmillan, décédé.
Taille : 1m80 — Poids : 90 kg.
Date estimée de la mort : 01 décembre 2039, 05:32:46.
Grâce à mon scan, en plus de ces informations, je remarque des traces de strangulation à son cou. Il est fortement probable qu’il soit mort d’asphyxie.
« Il est mort asphyxié...Il y a deux jours », expliqué-je.
Le lieutenant Adams se tient derrière moi, les bras croisés.
« Ouaip. On a trouvé de la red ice dans ses effets personnels. Probablement encore un dealer qui a été victime d'un client en manque de sa dope. »
Après avoir fini d'analyser la victime, je pars enquêter en fouillant son logement un peu plus en détail. L'appartement en lui-même n'a rien d'original. C'est un simple appartement bordélique avec beaucoup de décorations. Il devait beaucoup tenir à ces objets du quotidiens qui, selon lui, ont marqué sa vie (surtout quand tu en es au point de conserver tous tes tickets de caisse depuis 10 ans...).
« Ça va prendre un temps fou pour trouver un indice dans tout ce bazar... , dis-je en prenant un air un peu dépité.
- Tu n'es pas équipé du scanner dernier cri ? »
Je me tourne vers la personne qui fait cette remarque. Il s'agit d'un androïde : Un modèle inconnu à ma base de données.
« Je suis un ancien modèle qui reprend du service depuis un bout de temps. Il faut que je mette à jour mes programmes, plaisanté-je.
- Oh, je vois. Tu t'appelles comment ? Je suis le lieutenant Dustin. Je travaille souvent en collaboration avec le lieutenant Adams. »
Un androïde lieutenant ? C'est nouveau, ça. Donc, désormais, les androïdes peuvent mener une carrière comme un humain et gravir les échelons ?
« Enchanté, Dustin, je suis Connor, un modèle RK 800.
- Tu sais...Tu n'es pas obligé de décliner ton modèle dès que tu te présentes... On n’est plus en 2038. C'est un peu bizarre de faire ça désormais.
- Oh... Euh... D'accord. »
Suis-je vraiment en retard sur mon temps à ce point ?
Dustin s'occupe donc de scanner les environs pendant que je me pose un moment pour réfléchir.
La victime, Xavier Mcmillan, est morte asphyxiée par strangulation. Il n'y avait pas d'empreintes digitales autour de son cou, ce qui voudrait dire que le meurtrier serait un androïde. J'en conclus rapidement que c'est sûrement un androïde qui a subi un choc émotionnel, qui est devenu déviant et qui s'est révolté face à son propriétaire.
Un peu plus tard, je décide de faire mon rapport au lieutenant Adams.
Le lieutenant fronce les sourcils en entendant ma version des faits :
« Connor, ce n'est pas forcément parce qu'il n'y a pas d'empreintes que le meurtrier est un androïde. Cela peut très bien être un humain qui a mis des gants anti-empreintes. Ces gants sont une saloperie. En plus, nous avons consulté les contacts qu'a monsieur Mcmillan et il s'avère qu'il n'est pas un habitué des androïdes. Il vit un peu comme un ermite depuis des années. Je veux bien que tu sois perturbé par ton retour dans le service, Connor, mais évite de tirer des conclusions hâtives et, donc, d'accuser à tort qui que ce soit. »
Je n'ai pas le temps de répondre quoi que ce soit que le lieutenant Dustin arrive vers le lieutenant Adams, à qui il fait une accolade, avant de discuter de l'affaire entre eux.
J'essaie tant bien que mal de continuer mon enquête, mais ma concentration défaille. La réflexion du lieutenant Adams m'a un peu déstabilisé. Un androïde se doit de réussir sa mission. Il n'a pas le droit à l'erreur. L'erreur est humaine, pas androïde.
03 décembre 2039 — 17:43:56
Voiture du lieutenant Adams
PDV Connor
Le lieutenant Adams m'a proposé de m'accompagner à l'endroit où j'allais loger. J'ai obtempéré sans broncher et je suis resté silencieux pendant une bonne partie du trajet.
« Connor ? Tout va bien ? S'il y a quelque chose qui ne va pas, tu peux me le dire, tu sais ? Je ne suis peut-être pas le lieutenant Anderson, qui était ton partenaire autrefois, mais je peux essayer de t'aider. »
Je ne fais pas vraiment attention à ce qu'il dit jusqu'à ce qu'il prononce le nom du lieutenant Anderson.
« Vous connaissez le lieutenant Anderson ?, lui demandé-je.
- Bien sûr ! C'était mon mentor. Tu te souviens de lui malgré ton amnésie ?
- Ce n'est pas une amnésie. L'amnésie est une maladie humaine. Les androïdes ne sont pas malades. C'est un blocage de ma mémoire interne. Mais oui, ces derniers temps j'ai parfois des sortes de souvenirs. Dans un de ceux-ci, je me suis souvenu de lui, mais très vaguement. Je me disais que vous pourriez peut-être m'aider à le revoir ? »
Suite à cette question, le lieutenant devient blanc comme du linge.
« Impossible. Il est parti il y a bien longtemps.
- Où ça ? Je pourrais partir à sa recherche.
- Connor, il ne vaut mieux pas. Le lieutenant Anderson m'a dit qu'il avait besoin de temps pour lui. Et puis... Je pense que tu n'es pas encore prêt à gérer des émotions qui pourraient intervenir en le revoyant.
- Je suis un androïde. Un androïde n'a pas d'émotions.
- Ne me prends pas pour un con. J'ai bien vu que tu étais jaloux de Dustin tout à l'heure. La jalousie est une émotion humaine. Bien que dévastatrice. De plus, j'ai lu le rapport de l'hôpital à ton sujet. Tu as subi une mutation involontaire de ton programme qui arrive normalement quand un androïde devient déviant. »
Suite à ce petit échange, un lourd silence plane dans la voiture.
Le lieutenant finit par se garer et me donne une clé.
« Tiens, c'est la clé de l'appartement qu'on t'a aménagé. Il a tout ce qu'il te faut dedans. Demain, je te donne congé. Je veux que tu apprennes un peu comment fonctionne la ville désormais. Prends soin de toi, gamin. »
Il me fait un signe de la main et part aussitôt.
Je reste un instant sur le trottoir en regardant la clé que j'ai dans mes mains.
« J'ai un appartement ? À mon nom ? »
03 décembre 2039 — 18:02:43
Appartement de Connor
PDV Connor
Je finis par entrer dans ce qui sera désormais mon appartement. Il n'est pas très grand mais il fera l'affaire. De toute façon, en tant qu'androïde, je n'ai pas besoin de dormir ou de me nourrir. Je ne vois donc pas l'utilité d'avoir un logement, mais bon, puisque le lieutenant a insisté, j'ai fini par accepter.
En explorant un peu l'appartement, je remarque une bibliothèque pleine de livres. Parmi ceux-ci, un mot écrit de la main du lieutenant.
« Hey gamin,
Tu vas sûrement me dire que tu n'as pas besoin de lire des livres, mais si je peux te promettre une chose, c'est que lire un livre est le meilleur moyen de comprendre le fonctionnement des émotions humaines.
P.-S. : Je t'ai également installé sur la télé de ton appartement tous les reportages qui ont eu lieu entre 2038 et 2039 afin que tu te remettes au goût du jour...Ce serait dommage que tu commences à devenir has-been hahaha... ha. »
Après avoir lu cette lettre, je m'attarde sur les livres présents dans la bibliothèque. Je grimace un peu en me rendant compte que chaque livre est un roman et qu'il n'y a pas un seul ouvrage racontant des faits réels. Je ferai un effort pour lire les livres de cette bibliothèque puisque le lieutenant le demande, mais je pense que j'aurai une préférence pour les archives de la ville...
Je m'assieds sur le canapé et commence mon rapport de la journée quand, soudain, j'entends toquer à la porte de mon appartement. Lorsque j'ouvre la porte, je tombe nez à nez avec quelqu'un que je ne m'attendais pas à rencontrer : Mélodie, l'infirmière qui a pris soin de moi durant mes 3 jours passés à l'hôpital.
Bizarrement, ça me fait assez plaisir de la voir.
« Bonjour Connor ! Je peux entrer ? Je voulais te rendre une petite visite pour savoir comment tu allais », dit-elle d'un air enjoué.
Je la laisse entrer dans l'appartement.
« Comment je vais ?
- Oui, comment tu te sens ? Arrives-tu à t'adapter à tous ces changements ?
- Pour moi, il n'y a pas de changements. Je suis retourné à la police et j'ai recommencé à travailler sur des homicides.
- Il y a quand même un changement, Connor. Tu ressens des émotions désormais.
- Ce ne sont pas des émotions, mais des anomalies. Je ne me reconnais même plus depuis que j'ai ça.
- Il faut juste t'y habituer... Plein d'androïdes sont aussi passés par là. Je sais que pour vous, c'est bizarre de ressentir des émotions d'un coup. En tant qu'humaine, je ne peux pas partager ce ressenti. Mais je te promets que la vie est bien plus colorée avec des émotions.
- Je n'ai pas besoin de couleurs. Ce dont j'ai besoin, c'est d'un cadre, de données que je sais fiables et non erronées juste parce que ce jour-là, il m'arrive quelque chose. »
Mélodie soupire.
« Bon, je te propose un marché. Si je n'arrive pas à te faire changer d'avis dans le courant du mois concernant tes émotions, je te laisserai tranquille et t'aiderai à trouver une solution pour redevenir comme avant. Si j'arrive à te convaincre que les émotions ne sont pas si mal que ça, tu devras me promettre d'essayer de te reconstruire sur une nouvelle base en t'ouvrant au monde. »
Je réfléchis quelques instants, puis finis par accepter son marché. De toute façon, je finirai forcément par trouver une solution moi-même d'ici la fin du mois. Enfin, je l'espère en tout cas.