Les chauds rayons du soleil me réchauffaient le visage tandis que je gazouillais joyeusement. Autour de moi, les visages de mes frères et soeurs apparaissaient, fugaces et flous, comme emportés au loin par une forte bourrasque. Soudain, je me sentis décoller, quittant la douceur apaisante de ma couverture. La sensation, étrangère, me donna l envie de pleurer. Mais la personne qui me portait, ma mère me semblait il, me serra fort contre elle, de telle sorte que je pus sentir les battements de son coeur contre ma poitrine. Rassurée, je fermai les yeux de contentement, pendant que Maman chantonnait doucement et que mon frère aîné me caressait la tête avec affection. Tout était parfait... Trop parfait.
J entendis trois coups frappés à la porte, si puissants que cela m étonnerait qu elle n est pas été détaché de ses gonds.
Je me réveillais en sursauts, le dos couvert de sueur. Les coups se répétèrent, plus vifs encore, tandis qu une voix tonitruante me parvenait de l extérieur.
- AKIRA, JE NE TE LOGE PAS POUR QUE TU GLANDES TOUTE LA JOURNÉE. J ESPÈRE POUR TOI QUE TU ES PRÊTES CAR LE SERVICE NE VA PAS SE FAIRE TOUT SEUL !
Et merde... Songeais-je.
Mon père adoptif ne s était pas toujours montré bon envers moi. Pourtant, je ne l avais jamais vu aussi énervé.
- J arrive, laisse moi une minute ! Criai-je pour me faire entendre.
Je m habillai en hâte, nouant mon tablier autour de ma taille et attachant mes longs cheveux noirs en une queue de cheval plutôt lâche. Enfin, j appliquai du fond de teint avec méticulosité, afin de cacher l estafilade qui me défigurait le visage. Je levai alors mes yeux violets vers le miroir, scrutant mon reflet avec dégoût. Ne pouvant supporter plus longtemps la vue de mon visage, je sortis de ma chambre miteuse, un faux sourire enjôleur étirant mes lèvres. En fermant la porte derrière moi, je sentis le regard désaprobateur de mon père adoptif braqué sur moi, ce qui m obligea à me répendre en excuses.
- Je suis désolée pour mon retard. Je vous promets que cela ne se reproduira plus, assurai-je.
- Ouais, tu as plutôt intérêt... Rétorqua t il, d un ton sec.
Malgré son ton bougon et son air aigri, je ne pouvais en vouloir à Monsieur Sawako de son montrer aussi dur avec moi. En effet, quand j ai dû quitter le refuge qui m avait accueilli pendant 7 an, suite à l assassinat de ma famille, je me suis retrouvée seule. Certains disent ( et moi même ) que le massacre était l oeuvre d un démon, tandis que d autres affirment que ce serait ma mère qui aurait décimé la plupart de mes frères et soeurs. C est lors de cet évênement, dont je ne conserve que quelques bribes, que je me suis faite défigurée, encore bébé. Ma cicatrice est là pour me rappeler mon passé, dont je ne me souviens pourtant pas. La seule chose qu il me reste, c est cette impression de chaleur, preuve que pendant un temps, j ai été aimée et choyée. Bref. Il y a 7 ans donc, Monsieur Sawako venait de tout perdre, sa femme, ses enfants et ses parents, tous terrassés par une terrible maladie. Ce restaurant, c était la seule chose qui l empêchait de sombrer dans les ténèbres. Quand je me suis évanouie non loin de chez lui, tremblante de froid et de faim, couverte d un sang qui n était pas le miens, cet homme eut pitié de moi et ce, malgré la méfiance que je lui inspirais. Il m avait accueillie chez lui et nourrie, et moi en contre-partie, je travaillais pour lui. Nous avions une entente. Je savais pourtant qu il ne me considérerait jamais comme sa propre fille, tout comme il ne serait jamais un véritable père pour moi. Mais bon, notre accord m arrangeait bien, et cela restait tout de même mieux que de finir à la rue non ? C est pour toutes ces raisons que je m empressai de contourner mon père adoptif et de me diriger vers la cuisine. J attrapai le premier plateau qui me vint sous la main et rejoignis la salle principale, où les clients s impatientaient. Je passai entre les tables, saluant les clients de mon habituel sourire faussé tout en prenant les commandes. Les odeurs écoeurantes des parfums bon marché et du tabac manquaient de le faire tourner la tête pourtant, je n en laissai rien paraître. Ayant enfin terminé mon premier tour de salle, je retournai dans la cuisine afin de livrer à mon supérieur les désirs des clients. Je m accoudai ensuite contre le mur, déjà épuisée. Malheureusement, Monsieur Sawako m obligea aussitôt à retourner en salle, d un regard aussi dur et froid que le granit de son plan de travail. Je soupirai de frustration mais obtempérai tout de même, effrayée à l idée d être privée de dîner ce soir pour manque d investissement. Une fois de retour sur mon lieu de travail, je refis un tour entre les clients, leur demandant si ils manquaient de quelque chose, avec un empressement qui m aurait terrifiée à leur place. La soirée arriva, et avec elle, le soulagement de voir cette interminable journée bientôt achevée. J apportais une carafe d alcool fort à une table voisine, quand j entendis la porte d entrée s ouvrir à la volée.
Et dire que j étais à 30 minutes de la fermeture !
Je m empressai de servrir mon client, avant de me diriger vers le nouveau venu. J affichai mon plus beau sourire, tout en invitant le nouveau venu à s installer. Soudain, mon regard se posa sur l objet que celui-ci portait à la ceinture. Je sentis alors mon sang se glacer dans mes veines et mes mains commencer à trembler. Cet homme portait un sabre, l arme des pourfendeurs de démons.