GOODBYE CITY HUNTER

Chapitre 3 : Le deuil

Par eloi10

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Elle rentra à l’aube. Ryo dormait en travers du canapé, une revue sur le visage. Elle passa devant lui sans le regarder.

Les jours suivants, elle ne pleura pas. Ou pas devant lui. Elle faisait le ménage, la cuisine, répondait au téléphone, consultait le tableau de la gare de Shinjuku à la recherche des trois lettres XYZ. Elle était parfaitement normale. Simplement, à l’intérieur, quelque chose s’était mis à tout réexaminer.

Ce n’était pas la faute de Ryo. Elle se le répétait, et elle y croyait. Ryo n’avait jamais rien promis. Il avait été honnête, à sa manière : il courait après toutes les femmes qui passaient, il la traitait de garçon manqué, il ne la regardait jamais vraiment. C’était elle qui avait voulu voir autre chose. C’était elle qui s’était imposée dans sa vie, au lendemain de la mort de Hideyuki, en exigeant de devenir sa partenaire. C’était elle qui avait choisi de rester.

Trop bête, se disait-elle. Le surveiller. Le traquer. Le suivre dans les rues quand il draguait les passantes. Sortir les massues à la moindre incartade, comme si elle avait le moindre droit sur lui. Se demander sans cesse ce qu’il pensait d’elle, ce qu’il ressentait, s’il ressentait quoi que ce soit. Se contenter d’un geste tendre, d’un regard, d’une phrase à demi prononcée une fois tous les trente-six du mois, et en vivre pendant des semaines.

Elle avait centré toute son attention sur lui. Lui avait centré toute son attention sur lui-même, et sur d’autres femmes.

Elle avait été prévisible, comme livre un ouvert et illustré, et pathétique de surcroît. Lui était une forteresse. Un homme qui garde pendant huit ans le secret de vos origines ne vous cache pas seulement ses sentiments. Il vous cache votre propre vie.

La relation était déséquilibrée. Elle l’avait toujours été. Et c’est elle qui l’avait choisie.

Il fallait qu’elle en sorte.

Si elle était amoureuse de lui — et elle n’osait même plus se poser la question franchement, de peur de la réponse — alors il fallait que ça cesse. Elle méritait mieux que ça. Elle avait vingt-huit ans. Elle avait déjà perdu tellement de temps.

Elle ne dit rien. Pas à Ryo, pas à Saeko, pas à Miki. Surtout pas. Ce qu’elle commençait à construire dans sa tête, cette version des choses qui lui permettait de tenir debout, ne tenait qu’à un fil. Une seule conversation, un seul « mais enfin, Kaori, tu sais bien qu’il tient à toi », et tout s’effondrerait. Elle redeviendrait celle qui attend. Elle ne voulait plus être celle qui attend.

Alors elle fit ce qu’on fait quand quelqu’un meurt : elle commença son deuil. Discrètement. Pour avoir la force de partir. Personne ne devait le remarquer.




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