Indestructibles - tome 1 : Noms et destinées

Chapitre 3 : Mademoiselle Tachiki

Par AngelDust

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Il pleuvait sur Los Angeles et l'orage grondait. Depuis le quinzième étage du building occupé, entre autres, par les bureaux d'édition du L-A Daily News, le spectacle était impressionnant : des nuages noirs et bas déversaient un flot de pluie qui semblait intarissable. C'était rare de voir Los Angeles ainsi, dans l'ombre des nuages, même en hiver. Derrière une grande vitre innondée de goutelettes, une jeune femme admirait le déluge. Ses grands yeux bruns fixaient l'horizon, à la fois hypnotisés par la puissance de l'orage et miroir du voyage de ses pensées qui barraient son front d'un trait soucieux. Mademoiselle Tachiki avait perdu la notion du temps. Et pourtant, elle avait encore un article à rédiger, un encart ennuyeux sur l'inauguration d'une nouvelle collection de toiles à l'huile au Getty Center. Elle n'avait aucun goût particulier pour l'art mais elle n'avait pas vraiment le choix, elle écrivait sur ce qu'on lui demandait de couvrir. Les sujets qui l'intéressaient étaient encore réservés aux journalistes plus expérimentés, c'était frustrant.  

— Sayuri ! Téléphone pour toi ! s'écria Tom soudain derrière elle.


Elle sursauta et reprit ses esprits. Elle se pressa ensuite vers son bureau, traversant d'un pas vif le large open-space de la rédaction du Daily News, où une trentaine de journalistes travaillaient à l'édition du soir. Ce faisant, elle secoua la tête pour remettre ses pensées en place, faisant onduler ses longs cheveux auburns au passage. Elle lissa son tailleur vert d'eau d'un geste machinal comme pour en chasser les poussières de ses rêveries. Quand elle fut à portée, elle interrogea du regard Tom, son collègue qui lui tendait le téléphone, et le jeune homme lui répondit d'un air blasé :

— C'est Natacha, à l'accueil.

— Natacha ? s'étonna la jeune journaliste. Qu'est-ce qu'il se passe ?


Tom haussa les épaules :

— Apparemment, ton cousin est en bas.

— Mon cousin ? Quel cousin ?

— Tu me poses la question ? maugréa le grand roux dégingandé en lui collant le combiné entre les mains. Qu'est-ce que j'en sais, moi ?


Elle porta alors le téléphone à son oreille et, nerveuse, s'assit sur son fauteuil :

— Tachiki, j'écoute.

— Bonjour Mademoiselle Tachiki, c'est Natacha à l'accueil, dit la jeune femme d'une voix rieuse et plus enjouée qu'à l'accoutumée. Je me permets de vous avertir que vous avez une visite personnelle. Votre cousin... 


Elle s'interrompit pour se corriger et insister sur le prénom tout en gloussant de plaisir :

— Ryo... est en face de moi et souhaiterait vous saluer...


Elle s'interrompit quelques seconde avant d'ajouter :

— ... et vous inviter à boire un café. 


Sayuri sentit son cœur palpiter. Elle n'avait aucun cousin pour la simple et bonne raison que la seule famille qu'elle connaissait se résumait à sa mère et que cette dernière était décédée six mois auparavant. Elle allait raccrocher quand Natacha insista et la journaliste dut mentir : 

— C'est que...heu... je n'ai pas trop le temps, là.

— Il dit avoir beaucoup aimé votre dernier article et vouloir vous féliciter.


Sayuri se figea. Son égo était évidemment flatté mais les mots avaient immédiatement éveillé son flair de journaliste.

— Quel dernier article ? demanda-t-elle intéressée.


Natacha voila le combiné de sa main mais Sayuri parvint à entendre : 

— Elle demande quel article, Monsieur. 


Après quelques secondes d'hésitations, la réceptionniste ajouta d'une voix intelligible : 

— Ah attendez, Mademoiselle Tachiki, votre cousin... Ryo... demande à vous parler directement.

— Non, je ne...

— Ahhh, salut Sayuri ! s'exclama une voix grave et joyeuse et qui, sans surprise, lui était totalement inconnue. Alors, on ne se rappelle plus de son bon vieux cousin Ryo ?

— Non.

— Quelle joie de t'entendre, ça fait si longtemps ! Je suis de passage à Los Angeles pour le boulot et je voulais en profiter pour t'offrir un café, histoire de fêter la parution de ton dernier article. Franchement, il est génial, bravo !

— De quel article parlez-vous exactement ?

— Celui sur l'attaque au katana au théâtre de Tokyo. Ça m'a fait penser à ce que disait grand-mère, tu te rappelles ?

— Non.

— Mais siiii ! s'exclama-t-il avant d'ajouter en japonais : Pour que le Dragon renaisse, il faut pêcher des carpes avec un médaillon. 


Elle se figea et resta silencieuse. C'était quoi cette phrase idiote ? En japonais en plus ? Cela avait un lien avec le clan Kusumoto, aucun doute là-dessus. Était-ce une piste pour un nouvel article ? L'homme à la voix grave et enjouée poursuivit comme si elle avait répondu quelque chose : 

— Super, cousine, je suis content que tu puisses te libérer ! Je t'attends au café juste en face, à tout de suite ! ajouta-t-il avant de raccrocher.


Sayuri resta un instant immobile avec le combiné encore fixé à l'oreille. Indifférente au regard intrigué de Tom qui la lorgnait par-dessus l'écran de sa machine à traitement de texte, elle réfléchissait. Ce type, ce Ryo, avait clairement des informations sur le médaillon disparu de la famille Kusumoto, sinon, sa phrase énigmatique n'aurait aucun sens ! 


"Pour que le Dragon renaisse, il faut pêcher des carpes avec un médaillon. "


Serait-elle une carpe ? Un gros poisson rouge naïf qui se ferait appâter ? Appâter pour faire quoi ? Un type qu'elle ne connaissait pas l'invitait à prendre un café. Ce n'était rien de bien dramatique... Cependant, ça sentait le plan foireux, voire dangereux, pas de doute là-dessus. Malheureusement, sa curiosité l'emportait souvent sur la prudence, elle n'était pas devenue journaliste pour rien. Elle voulait toujours savoir, connaître la vraie raison des choses, des événements, ce qui liait les gens, les personnalités en vue, comprendre comment le monde tournait. Que risquait-elle après tout ? Cet homme venait vraisemblablement lui servir des informations sur un plateau, comment pourrait-elle refuser ? 


Non, il y avait fort à parier que c'était un piège pour l'impressionner, la menacer ou pire, la faire taire. Ces derniers temps, elle avait accumulé un gros dossier sur quelques groupes mafieux japonais, projetant d'en faire son premier reportage de fond. Un gars ayant quelque chose à dire sur le clan Kusumoto n'était certainement pas un enfant de cœur. Y aller signifiait se mettre en danger. Elle se crispa et se dit qu'après tout, elle n'était absolument pas tenue d'honorer ce rendez-vous imposé. 


Mais il avait des infos sur les Dragons de Feu... Les Dragons de Feu ! Ça valait sans doute le coup ! Il avait parlé du médaillon, en plus ! Il lui avait donné rendez-vous dans un lieu public, bien éclairé et fréquenté en grande majorité par une clientèle de bureau. Rien de dangereux ou d'exotique. S'ils s'asseyaient à une table bien en vue, elle ne commettrait pas d'imprudence. Elle devrait être attentive et bien surveiller sa tasse, ne pas aller aux toilettes, au risque de se retrouver isolée et sans protection du regard des autres clients. Oui, ça devrait être suffisant. Pas de pause pipi, demander un café à emporter pour avoir un gobelet à couvercle et elle écartait ainsi une bonne partie des dangers. 

— Mauvaise nouvelle ? s'inquiéta son collègue Tom devant son immobilité.


Elle se tourna vers lui et lui sourit :

— Ne t'inquiète pas, tout va bien ! Je vais prendre un café avec mon cousin !

— Alors, finalement, tu as un cousin ?


Elle éluda la question par un grand sourire et reposa enfin le combiné sur son socle. Elle enfila sa veste, saisit son sac à main, une sacoche contenant son dictaphone, un carnet de note et une réserve de stylos. Avant de se diriger vers l'ascenseur, elle chercha le parapluie qu'elle laissait au travail, au fond de son placard. Il pleuvait si peu à Los Angeles. Elle grimaça en constatant que le rouge de l'accessoire, fortement délavé par endroit, ne s'accordait pas le moins du monde avec son tailleur bleu vert mais elle s'en contenterait, elle avait plus urgent et important à régler. Pas question de revenir en arrière pour en trouver un plus joli, elle avait un rendez-vous avec un scoop, elle en était convaincue maintenant. Elle sourit en songeant qu'elle aussi allait à la pêche, mais à la pêche aux infos, pas aux carpes. 


"Pour que le Dragon renaisse, il faut pêcher des carpes avec un médaillon." 


Les mots tournaient en boucle, alimentant toutes sortes de questions. Dans l'ascenseur, elle était déjà en train de trépigner d'impatience. D'un coup, elle avait l'espoir de tenir une nouvelle piste sur la pègre nippone, un sujet qui nécessiterait de partir au Japon, et qui lui permettrait d'accéder à des archives jusque-là fermées. Si seulement ! Elle croisa les doigts, respira un grand coup et lissa à nouveau son tailleur. Elle avait les mains moites mais elle aimait tant ressentir ce trac, cette excitation quand elle trouvait quelque chose de passionnant à écrire. Mais serait-ce le cas ? Ou était-elle littéralement en train de se jeter dans la gueule du loup ?


Arrivée dehors, elle traversa l'avenue en courant. Le déluge s'était tari mais la pluie restait dense et elle se maudit pour avoir choisi des talons en daim beige. Non seulement ils allaient être complètement fichus avec toute cette eau mais en plus ils gêneraient sa course si elle devait fuir. Quelle idiote ! 


Devant le café, elle en inspecta rapidement l'intérieur à travers la vitrine. Soudain, un homme assis dans un coin leva la main en souriant. Il l'avait sans doute vue sortir du bâtiment. Par ce temps, pas grand monde ne se risquait dehors, sauf pour une bonne raison, pas besoin d'être enquêteur émérite pour en déduire qu'elle était celle qu'il avait contactée... Ou alors la connaissait-il parce qu'il l'avait suivie ? Elle sentit son estomac se contracter.  


La jeune femme détailla rapidement l'homme qui lui faisait encore de grands signes, sourire aux lèvres : un bon mètre quatre-vingt-dix, large d'épaules, asiatique, les cheveux en bataille, il arborait une expression un peu niaise qui ôta une partie des inquiétudes de la jeune femme. Il n'avait pas l'air bien méchant. Pourvu que ça ne soit pas un canular.


Elle entra, referma son parapluie rouge tout en observant un peu mieux celui qui semblait n'attendre qu'elle. Jeans propre mais usé et trempé, chaussures de cuir impeccablement cirées mais qui étaient passées de mode depuis au moins deux ans, blouson insipide sur le dossier de sa chaise, t-shirt noir sans particularité. Simple, efficace, discret mais aussi impersonnel. 


La mère de Sayuri lui avait répété pendant presque toute son enfance qu'on apprenait beaucoup de quelqu'un en observant sa façon de choisir ses vêtements et de s'apprêter. De ce fait, jamais Sayuri n'aurait eu l'autorisation de sortir de la maison sans être impeccable. Sur ça, sa mère avait toujours été stricte. La jeune femme en avait un peu souffert étant petite mais aujourd'hui, elle comprenait bien mieux ce que sa mère voulait dire : contrairement à l'adage selon lequel il ne fallait pas juger quelqu'un à son apparence, observer certains détails permettait de mieux cerner les personnes rencontrées. 


Lui, son soi-disant cousin, semblait vouloir passer inaperçu, ce qu'il contredit immédiatement en se levant d'un bond pour lancer à la cantonade, sourire de plus en plus débile aux lèvres : 

— Sayuriii ! Tu es encore plus belle que dans mes souvenirs ! 


Il vint lui faire une accolade bien trop amicale au goût de la jeune femme. Elle se dégagea en prononçant d'un ton sec :

— Pas la peine de faire votre numéro. Que voulez-vous ?


L'homme perdit son sourire idiot et reprit son sérieux en une fraction de seconde. Il l'observa, plantant son regard de jais dans le sien sans ciller, ce qui la mit terriblement mal à l'aise alors qu'elle devait pencher un peu la tête en arrière pour lui faire face. Il était d'une carrure assez impressionnante. Elle se rappela qu'il faisait certainement partie de la pègre et donc qu'il pourrait être un hors la loi, un homme dangereux. Elle se sentit déglutir, la gorge serrée et recula d'un pas. Alors c'était un piège ? 


Et puis, toujours aussi soudainement, l'homme lui sourit, les yeux pétillants d'une joyeuse malice, insouciants. Sayuri sursauta, surprise d'un tel revirement. 

— Vous prenez un café ? demanda-t-il d'une voix amicale et engageante. Je vous ai attendue pour passer commande.


Il avança galamment la chaise en face de la sienne et la journaliste prit place. Il s'assit, appela la serveuse de la main et ils firent leur choix.

— Alors ? Qu'avez-vous à me dire ? demanda Sayuri dès que la femme en polo blanc et pantalon vert se fut éclipsée.

— Vous ne préférez pas attendre d'avoir bu un peu de café ? Nous pourrions en profiter pour... apprendre à mieux nous connaître, ajouta-t-il en se penchant vers elle, les yeux braqués sur son chemisier.

— Non, je suis pressée. C'est pour ça que j'ai pris un café à emporter, mentit-elle avec assurance.


Il la sonda, toujours aussi avenant et la contredit avec gentillesse :

— Non, vous êtes impatiente, pas pressée.

— Je...


Il leva la main pour l'interrompre :

— Certaines révélations ne regardent pas les oreilles indiscrètes, même involontaires. 


Sayuri hocha la tête. Son cœur battait la chamade : ce type avait bien des informations ! Ses craintes s'envolèrent en une fraction de seconde, la curiosité de journaliste reprenant le dessus. Elle ne put retenir son pied de battre la cadence pendant qu'ils attendaient leur café en silence, se jaugeant l'un l'autre, regard acéré d'un côté, sourire débonnaire de l'autre. Étant moins sur la défensive, Sayuri finit par lui trouver un certain charme, avec ses cheveux ondulés, sa mâchoire carrée et ses traits fins. Il avait de grandes mains, et son t-shirt révélait la forme de ses pectoraux. Oui, force était de reconnaître qu'elle se trouvait en face d'un bel homme, même s'il paraissait un peu négligé. 


Au bout de quelques secondes, il s'adossa contre sa chaise, croisa les jambes et lui dit :

— En attendant le café, parlons quand même de choses et d'autres. Vous travaillez depuis longtemps au Daily News ?

— Six mois.

— C'est très récent.

— Oui, mais j'ai fait mes preuves.

— Pourquoi travailler ici et pas au Japon ? Car vous êtes bien japonaise, n'est-ce pas ?

— Mes parents étaient japonais. Je vis ici depuis que je suis toute petite. Je ne suis encore jamais retournée au Japon. Et vous ? Vous êtes japonais vous aussi ?


Il sourit et haussa nonchalamment les épaules :

— Parents japonais, enfance dans un autre pays et venu travailler ici aux USA depuis environ deux ans.


Leurs cafés furent enfin posés devant eux et la serveuse se retira sans un mot. L'homme prit le temps d'humer les volutes de vapeur, d'admirer la mousse brune qui flottait à la surface de sa petite tasse et avala une délicate gorgée, pendant que Sayuri dissimulait de plus en plus mal son impatience. Le pied tremblant, elle jouait nerveusement avec sa cuillère alors qu'elle finissait d'assaisonner son breuvage.

— Vous savez que c'est un massacre que d'ajouter autant de sucre et de la crème à un café ? lui demanda-t-il gentiment moqueur.

— Puriste ?

— Amateur, corrigea-t-il. C'est rare de trouver un bon café dans ce pays. Sauf dans ces coffee-shops. Vous avez de la chance qu'une telle enseigne se trouve juste en face de votre travail. 


Elle haussa les épaules, referma le couvercle de son gobelet en carton puis le repoussa lentement pour pouvoir poser les coudes devant elle sur la table.

— Je ne suis pas venue causer qualité de l'arabica, Monsieur... Ryo, c'est ça ? ou bien avez-vous donné un faux nom à notre réceptionniste ?

— Mon nom est Ryo, en effet.

— Ryo... Ryo ? Vous avez un nom de famille, je suppose.

— Vous supposez bien.

— Et quel est-il ? insista-t-elle.

— Ça, je ne pourrai pas vous donner de réponse sans risquer de vous mentir.


Elle leva les sourcils, incrédule :

— Ne vous fichez pas de moi.

— Je ne me fiche absolument pas de vous. Je ne connais pas mon véritable patronyme. Alors, pour vous, ça restera Ryo, c'est très bien... Et puis, c'est plus intime, non ? ajouta-t-il avec un clin d'œil coquin qu'elle ignora ostensiblement.

— Qu'avez-vous pour moi ?


Il resta muet et la mesura du regard pendant quelques secondes.

— Alors ? insista-t-elle.


Il sourit :

— Vous êtes vraiment impatiente.

— J'avoue, concéda-t-elle les bras croisés et sourcils froncés. La patience n'est pas ma qualité première.

— Et c'est quoi, votre qualité première ? répliqua-t-il en se penchant à nouveau vers elle avant d'ajouter d'un ton lourd de sous-entendus : Même si dans certains cas, l'impatience n'est pas pour me déplaire.


Elle soupira, excédée, dépitée de se retrouver finalement face à un simple dragueur sans élégance ni finesse. Elle repoussa sa chaise, prête à se lever :

— Arrêtez votre numéro de charme à la gomme, je ne suis pas intéressée. Dites-moi plutôt pourquoi vous m'avez fait sortir de mon bureau par ce temps de chien, sinon, je repars. 

— J'essaie juste de déterminer si je peux vous faire confiance ou non. 

— Protéger ses sources, rester le plus indépendant possible, relater les faits et seulement les faits. C'est le b.a.-ba, pour un journaliste. Si c'est ça votre inquiétude, soyez tranquille, je sais tenir ma langue.

— Est-ce que vous les vérifiez, vos sources ?

— Bien sûr. C'est quoi, cette question idiote ? Je suis une professionnelle, c'est la base quand même, de vérifier la fiabilité des infos !


Sayuri sentait la colère monter en elle. Cette remise en question la vexait profondément. Il fallait avouer qu'elle manquait encore d'assurance et d'expérience, elle ne le savait que trop bien. Si elle avait écouté son impulsion première, elle se serait levée et aurait planté là ce mec horripilant. Mais il avait des infos pour elle, son allusion ayant été si peu subtile : "Pour que le Dragon renaisse, il faut pêcher des carpes avec un médaillon."


Elle était curieuse et cette histoire romanesque de pendentif de la famille Kusumoto résonnait profondément en elle depuis qu'elle en avait eu connaissance. Elle était persuadée, depuis le début de son enquête, qu'elle tenait là une histoire formidable pour construire un article de fond qui lui ouvrirait enfin les portes du journalisme d'investigation. Elle avait vraiment envie d'en savoir plus. Elle était sûre que ce Ryo avait quelque chose à lui apprendre. Même s'il avait été blessant en suggérant qu'elle choisissait mal ses sources pour ses articles, si elle était toujours très tentée de le planter là, lui et sa drague maladroite, elle ferait tout son possible pour se maîtriser. Parce qu'elle voulait des informations. Elle devait juste faire preuve d'un peu de calme et de patience. Ça en valait peut-être le coup. Elle répéta alors les mots japonais qui avaient tant aiguisé sa curiosité :

Pour que le Dragon renaisse, il faut pêcher des carpes avec un médaillon. Vous avez vu le médaillon des Kusumoto, n'est-ce pas ? 

— Peut-être bien.


Elle croisa les jambes :

— Alors veuillez recevoir toutes mes excuses pour mon "impatience" et racontez-moi tout ça. Vous m'avez contactée, c'est que vous voulez me parler, non ? 


Ryo l'observa, sourire satisfait aux lèvres. Il ne pouvait espérer mieux : une jeune femme, débutante, avide de réussite, curieuse, ambitieuse peut-être. Elle accepterait de l'aider, sans aucun doute mais il devait la jouer fine ; pas question de lui avouer qu'il était un ancien mercenaire, élevé en enfant soldat parce que orphelin, qu'il était loin d'être honnête et qu'il ne le serait sans doute jamais. Certes, il avait très envie d'en savoir plus sur son médaillon mais pas au détriment de sa propre sécurité ou de celle de ses compagnons. Pour cela, il devait s'assurer de ce que cette journaliste, aussi jolie et sexy soit-elle, avait dans le ventre. 

— J'ai des éléments pour vous mais je voudrais des infos en échange, dit-il.

— C'est-à-dire ?

— Que vous me disiez comment vous avez fait pour écrire votre article. Est-ce que vos sources sont fiables ?

— Je vous le garantis.

— Alors, vous acceptez le marché ?

— Quel marché ?

— Mes infos contre les vôtres.


Sayuri hocha la tête et Ryo poursuivit :

— Je veux savoir comment vous avez pu reconstituer le médaillon et comment vous avez eu les informations, Sayuri.

— Je ne vous donnerai aucun nom, Ryo. Ça irait à l'encontre de toute déontologie professionnelle. Mais... Mais... Je peux vous dire comment j'ai fait. J'ai lu l'article dans le Meicho Shimbun.

— Dans le quoi ?


Sayuri leva les yeux au ciel :

— Vous êtes sûr que vous êtes japonais ? Le Meicho... C'est le plus grand journal nippon. L'équivalent du Times, si vous voulez. J'ai un abonnement. 

— Vous voulez dire que vous avez juste traduit ?

— Mais non ! Je l'ai utilisé comme base. L’article est succinct et relate uniquement les faits. Pour développer un peu, j'ai interrogé les personnes impliquées. J'ai enquêté. 

— Vous êtes allée sur place ?

— Non. Je vous ai dit que je ne me suis jamais rendue au Japon. De toute façon, mon rédacteur en chef n'aurait jamais accepté de me payer le voyage pour un...


Elle suspendit ses paroles et mima des guillemets avec ses doigts :

— ..."un banal règlement de compte entre mafieux bridés".


Ryo sourit, ironique :

— Et bah ! Ça doit être marrant de travailler avec un chef pareil.

— Ouais, il est un peu fermé comme type. 

— Comment avez-vous réussi à le convaincre pour votre article ?

— A la réunion de rédaction, j'ai expliqué que les yakuzas étaient en train de prendre place dans l'économie souterraine des Etats-Unis, notamment grâce au trafic de drogue qui transite par Hawaï avant de venir déferler ici sur la côte Ouest. Ils approvisionnent le marché de la prostitution, achètent des armes, blanchissent leur argent grâce à des sociétés écran. Mais comme ils travaillent en vase clos, les forces de l'ordre font encore peu attention à eux. J'ai déjà pas mal d'éléments sur le sujet mais pas de quoi faire un bon article d'investigation, un vrai de vrai, une grande enquête sur les yakuzas, une réflexion de fond avec tout ce que cela implique pour la société japonaise... et américaine, si je veux que ça se vende ici.

— Pourquoi vouloir travailler sur les yakuzas et pas sur les mafias chinoises ou italiennes ? 


Elle le dévisagea, interloquée et croisa fermement les bras :

— Tout simplement parce que je suis japonaise et que je parle japonais. C'est facile pour moi.


Ryo sourit et se pencha vers elle. Il articula posément :

— Je n'y crois pas une seconde.

Bien sûr que si, c'est vrai ! répondit-elle en japonais. Je suis parfaitement bilingue. C'est ma langue maternelle.

— Je ne remets pas en doute vos compétences linguistiques, Mademoiselle Tachiki, répliqua Ryo de la même façon. Je dis juste que ce n'est pas pour ça que vous enquêtez sur les Dragons de Feu. Il y a autre chose. Une motivation plus personnelle, ça se sent. Sinon, vous n'auriez pas demandé à développer l'article du Mochi-Mochi.

— Du Meicho ! s'offusqua-t-elle avant de continuer : Vous voulez savoir si j'ai une motivation personnelle ? Peut-être que oui, peut-être que non. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas en quoi ça vous regarde.


Elle but une gorgée de café, grimaça parce qu'il était devenu froid et poursuivit en anglais de nouveau :

— Bon, reprenons... Comme je vous le disais, lors d'une réunion, j'ai présenté mon projet qui a intéressé une collègue rédac-chef pour laquelle mon supérieur a le béguin. Afin de gagner des points auprès d'elle, il s'est rangé de son côté et a accepté que je planche sur le sujet... mais sans m'allouer de budget, parce qu'il parait que c'est formateur, de devoir se débrouiller seule avec trois bouts de ficelle. Avec le recul, il n'avait pas tout à fait tort, je dois avouer.

— Comment avez-vous fait ?

— J'ai pris mon téléphone et, après quelques tentatives, j'ai pu m'entretenir avec les bonnes personnes.

— Madame Kusumoto ? s'étonna Ryo.

— Non. Pas directement. J'aurais adoré pouvoir discuter avec elle. Mais je peux vous affirmer que ma première source fait partie du milieu. Elle a évidemment refusé que je la cite explicitement dans mon article mais les infos sont fiables à cent pour cent. Quant au témoin direct qui était sur les lieux, Nogami, le Préfet de Police, je l'ai appelé directement à la Préfecture de Tokyo. Il était absolument ravi de s'entretenir avec un reporter américain qui parlait japonais. C'était assez facile de le convaincre de parler.

— Et c'est tout ?

— Comment ça, c'est tout ?


Ryo semblait dépité :

— Bon, ça semble pas bien compliqué d'écrire un article en se servant simplement de son téléphone.


Piquée, Sayuri faillit répliquer mais il l'interrompit en levant la main devant lui :

— Maintenant, dites-moi comment vous avez fait pour la reconstitution du médaillon. Vous dites, dans votre article, qu'elle a été faite à partir d'un ancien cliché. De quel cliché s'agit-il ? Vous mentionnez aussi des experts informatiques, est-ce que le résultat final est fiable ?  

— Oui, je le pense. Mais comme cette reconstitution est une sorte de petite fierté personnelle, je n'ai pas très envie de vous donner la technique.

— Si vous voulez mes infos, répondez à ma question. J'ai besoin de savoir que vous n'avez pas sorti n'importe quelle photo du fond d'un tiroir d'un restaurant à sushis.


Elle sursauta, profondément vexée cette fois. Ses joues s'empourprèrent et son regard se fit orage :

— Non mais, ça va pas la tête !

— Alors, dites-moi comment vous avez fait !

— Qu'est-ce que j'y gagne ?

— Mon témoignage. Je vous donne tout ce que je sais.

— Et vous savez quoi, au juste ?


Sous le regard inquisiteur de Sayuri, Ryo termina son café et fit signe à la serveuse au bar de lui refaire le même. Il se concentrait pour rester le plus possible maître de ses émotions. Il avait déjà failli perdre pied en découvrant que l'auteur de l'article était une si jolie jeune femme. Son côté dragueur avait presque submergé sa détermination. Ensuite, il avait senti qu'il perdait patience avec Sayuri, il avait dû se concentrer, faire appel à tout ce qu'il avait appris auprès de son père. Ça aurait été dommage de ne pas obtenir de réponse juste parce qu'il n'était pas capable de se maîtriser. Il n'avait jamais été aussi près de connaître sa véritable famille, ses origines, ses racines.


Curieusement, ces questions n'avaient commencé à le travailler qu'à partir de leur arrivée aux USA, comme si avant, la nécessité de survivre et de combattre avait toujours occupé la totalité de ses pensées. Depuis qu'il se sentait un peu plus en sécurité, les problèmes existentiels avaient peu à peu pris leur place : qui était-il ? A qui ressemblait-il ? Avait-il été désiré, choyé ? Pourquoi, comment, par qui avait-il été abandonné alors qu'il n'était qu'un enfant ? 


Aujourd'hui, il avait obtenu un élément de réponse auprès de son père : sa mère avait été victime d'un accident d'avion et des hommes de la mafia japonaise avaient été à sa recherche. Ryo trouverait les responsables. Ça, pas de doute. Il avait très envie de les retrouver, de comprendre son histoire, de savoir, tout simplement. Oui, il voulait savoir. Et leur faire payer ? Peut-être... La vengeance a toujours été une mauvaise motivation, son père adoptif n'avait eu de cesse de le lui répéter, mais là... Il n'était sûr de rien. Et il détestait ressentir ça. Il ne s'était jamais senti aussi nerveux.


En face de lui, Sayuri le dévisageait, un sourcil levé, à la fois intriguée, impatiente et excédée, il le sentait bien. Elle se pencha vers lui et répéta : 

— Alors ? Vous savez quoi ? 


Que savait-il ? C'en était une sacrément bonne question ! Pas grand-chose de plus qu'elle au final. C'est elle qui avait les infos, pas lui. Il fallait qu'il trouve un truc, la jeune journaliste ne semblait pas aussi bavarde qu'il ne l'aurait souhaité. Il choisit de gagner un peu de temps :

— Vous êtes sûre que vous ne reprenez pas quelque chose ? demanda-t-il à la jeune femme avant de surjouer l'impatience. Je ne sais pas pourquoi elle met tant de temps à m'apporter mon café...


Sayuri secoua la tête :

— Non, merci. Je préfère que vous me répondiez. Qu'est-ce que vous savez ? Vous êtes un yakuza ?


Ryo secoua négativement la tête, tout en souriant de cette éventualité. 

— Soulevez votre t-shirt, que je vois si vous êtes tatoué, ordonna la journaliste.


Devant son regard sérieusement déterminé Ryo rit de bon cœur avant de la taquiner :

— Tout ça pour voir mon torse ? Oh Mademoiselle Tachiki, vous n'avez pas besoin d'une telle excuse. Si vous voulez, on peut se retrouver ce soir et je vous... 


Les yeux de Sayuri lancèrent des éclairs alors que Ryo s'interrompait brusquement pour laisser sa nouvelle tasse apparaître sur la table, servie cette fois par un grand serveur blond :

— Vous avez tout ce qu'il vous faut, Messieurs Dames ?


Ryo reconnut immédiatement son ami Mick et sourit :

— Tout va bien, je vous remercie, répondit-il tout en se demandant comment cet abruti avait pu s'introduire incognito dans le café aussi vite.


Mick hocha la tête et repartit, tout en détaillant Sayuri avec grande attention et un intérêt non dissimulé. La jeune journaliste nota, au passage, qu'il était plutôt mignon et elle se dit qu'il faudrait, à l'avenir, qu'elle vienne plus souvent prendre une petite pause dans ce café. 


Ryo reposa bruyamment sa tasse après sa première gorgée dans le but de sortir la jolie journaliste de ses pensées alors qu'elle s'était retournée pour lorgner le serveur. Mick n'avait peut-être pas eu tort : elle préférait peut-être les Américains, finalement, songea-t-il. Sans surprise, cette constatation le rendit un peu amer. De son côté, Sayuri retrouva cependant bien vite ses esprits puisqu'elle revint de nouveau à la charge :

— Alors ? Vous avez des entrées chez les Dragons de Feu ?


Quand elle le regarda de nouveau, il en profita pour la détailler attentivement une fois encore. Il sourit en repensant au moment où Mick Angel et lui s'étaient séparés devant le siège du journal. Son ami était réapparu dans le café, déguisé en serveur, afin de lui rappeler cette mise en garde, ça ne faisait aucun doute : 

 — Méfie-toi, lui avait-il dit quelques heures auparavant. Les reporters peuvent aussi être très corrects ou de vrais fouille-merdes, si tu veux mon avis. Certains vendraient père et mère pour un scoop. Ne te laisse pas avoir par un joli minois, OK, mon pote ? 


Force était de reconnaître que, depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Mick lui avait donné des conseils avisés sur de nombreux sujets. Au début de leur collaboration, il avait été la pierre de rosette de Ryo en quelque sorte, lui permettant d'appréhender la vie urbaine et américaine, ses modes de fonctionnement et ses codes. En effet, ça ne marchait pas vraiment comme dans la jungle, ici, à Los Angeles et la vie en société nécessitait un petit temps d'adaptation et quelques explications, surtout en ce qui concernait le monde en dehors du travail et des contrats.


Mais là, pour le coup, la petite journaliste n'était pas simplement un joli minois, bien que tout soit très joli chez elle : silhouette élancée magnifiée par une tenue élégante, taille fine et marquée par la coupe de sa veste, jambes galbées par des talons aiguilles, poitrine fière, nuque gracile, longs cheveux bruns aux reflets auburn, beaux yeux en amande, doigts fins et manucurés... elle était jeune, belle et elle le savait. Cependant, ce n'était pas par ses atours et sa beauté que la jeune femme avait gagné la confiance de Ryo si rapidement. L'éclat de ses yeux, la justesse de ses postures, sa détermination à soutenir son regard, la droiture de son dos, l'assurance de sa démarche, tout ça annonçait ouvertement qu'elle était sincère. Tant qu'il n'en dévoilait pas trop, ça devrait le faire, se convint-il. Il était temps de jouer cartes sur table. Quitte ou double.


Il prit alors une grande inspiration, tira sur le col son t-shirt, notant au passage que la demoiselle rougissait un peu à la vue de sa peau dénudée et sortit son médaillon. Les yeux de Sayuri s'arrondirent ainsi que sa bouche. Après quelques secondes de sidération, elle regarda vivement autour d'elle et comme personne ne prêtait attention à eux, elle lâcha à voix basse, luttant pour dissimuler son excitation :

— Nooon... j'y crois pas ! Faites voir !


Ryo passa la chaîne par-dessus sa tête et confia le précieux bijou entre les mains tremblantes d'émotion de la journaliste.

— Oh, c'est lourd !

— C'est de l'or massif, précisa-t-il.

— Ça ressemble beaucoup à la reconstitution.

— C'est pour ça que je voulais vous rencontrer, avoua Ryo en reprenant délicatement son bien. Comment avez-vous trouvé une image de ce... truc ?

— Où avez-vous trouvé ce médaillon ? s'enquit-elle en éludant la question de Ryo. Et quand ? L'avez-vous déjà fait expertiser ? L'opale est-elle vraie ou c'est une imitation ? Quoique... vous allez me dire, si c'est vraiment de l'or massif, ça serait débile d'y sertir une fausse pierre... Haaan, mais ça veut dire que vous êtes un Kusumoto ? Vous êtes l'héritier ! Vous connaissez le clan ? C'est vrai que votre mère a disparu ? Comment ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? 


Elle se figea, prenant soudainement conscience qu'elle se dévoilait trop en laissant libre court ainsi à sa curiosité. Elle s'éclaircit la gorge, avala une gorgée de café froid, fit à nouveau la grimace et sembla reprendre ses esprits en quelques secondes. Mais bien vite, elle céda à nouveau à l'enthousiasme :

— Mais c'est incroyable ! Et dire que mon rédac-chef trouvait que c'était inutile de faire cette reconstitution, que c'était de l'esbrouffe ! Mais non ! Oh, attendez !


Elle se pencha, fouilla dans sa sacoche et sortit son dictaphone. Ryo se rembrunit, attrapa le petit appareil et le remit prestement dans le sac de la jeune femme :

— Pas de ça. Vous pouvez prendre des notes mais pas garder une trace de moi. Ni aucune photographie, cela va de soi.

— Oh... 

— Autant vous le dire, Mademoiselle Tachiki, personne ne doit retrouver ma trace, ordonna Ryo en la regardant dans les yeux avec insistance. Si j'ai le moindre doute sur ce fait, je vous en ferai payer le prix.


Sayuri sentit brusquement une sueur glacée perler entre ses omoplates et son cœur se serra en découvrant le regard froid de son interlocuteur. Aucun doute, il ne mentait pas. Il avait changé du tout au tout. Ses yeux sans expression durcissaient un visage fermé, à la bouche pincée. Rien à voir avec le joyeux luron qui l'avait accueillie en essayant de la draguer maladroitement. Elle pensa prendre la poudre d'escampette pendant quelques secondes mais, comme toujours, la soif de savoir était plus forte que la peur. Elle tenta de ne rien laisser paraître, en acquiesçant sérieusement et proposa :

— Calepin et stylo ? Ça vous irait mieux ? 

— Quelques notes, pas plus. Je suis sûr que vous avez bonne mémoire. 


La jeune femme sortit son carnet en cuir noir et un crayon, maîtrisant ses mains qui tremblaient encore un peu après la brusque montée d'adrénaline.  

— D'où vient ce collier ? demanda-t-elle.

— Je l'ai depuis toujours, je ne l'ai pas volé. Mais ce n'est pas le plus important. Je veux être sûr à cent pour cent que je ne me ferai pas trouer la peau si je me pointe chez eux avec mon médaillon. 

— Vous voulez aller rencontrer l'Oyabun Kusumoto ?


Ryo hocha la tête :

— Le souci, c'est que, si vous avez monté un coup de comm avec ce dessin, il ne se contenteront pas de se foutre gentiment de ma poire, si vous voyez ce que je veux dire. Je suis prêt à prendre des risques mais pas non plus pour rien. Comment avez-vous trouvé le cliché d'origine ?


Sayuri croisa les bras, dubitative alors que Ryo insistait en lui tendant sa main droite :

— Donnant-donnant. Vous m'assurez que vous avez bossé correctement, vous m'introduisez auprès de votre source ou de Madame Kusumoto et enfin vous me dites pourquoi vous vous intéressez vraiment aux yakuzas. En échange, je vous raconterai mon arrivée dans le clan... si j'y parviens. 


Elle ne réagit pas, n'en croyant pas ses oreilles. Son cœur bondit dans sa poitrine. Elle avait envie de danser sur place mais son instinct lui dictait de rester calme. Elle savait bien qu'elle allait accepter mais elle ne voulait pas se montrer trop empressée en cédant trop facilement. Croyant qu'elle en voulait plus, Ryo ajouta : 

— En exclusivité.


Elle sourit une seconde puis se reprit. 

“Patience, patience, se dit-elle. Avec un peu de chance, j'obtiendrai peut-être bien plus.”


Elle attendit encore quelques secondes, bras croisés, espérant que son adversaire ajouterait encore un élément dans la balance. Déçu, Ryo retira sa main tendue, se leva et enfila son blouson de cuir noir encore humide de pluie :

— Vous savez, je peux aussi ne pas y aller et faire comme si tout ça n'avait jamais existé. Moi, je n'irai ni mieux ni plus mal, mais vous, vous aurez laissé passer une occasion en or d'avoir des informations directement à la source.


Ce n'était pas vrai, évidemment. Il ne pourrait pas faire comme s'il n'était aps au courant des origines de son médaillon. Rien ne serait plus comme avant, c'était évident. Mais il se contenterait de trouver une autre solution. Après tout, il finirait bien par trouver un moyen de contacter un membre du clan Kusumoto. Et s'il se faisait rabrouer par des hommes de main, il savait se défendre, ça ne serait pas un gros problème... quoique, il irait seul, il ne voulait pas impliquer les autres. Le seul souci à régler, serait : comment se rendre au Japon ? Sans papiers et avec une trouille blue de l'avion, ça compliquait pas mal la tâche. C'est là que la journaliste pouvait être utile.


Quant à Sayuri, constatant qu'elle risquait de tout perdre, elle accepta prestement et tendit à son tour la main par-dessus la table ronde :

— OK. Je vais vous expliquer comment j'ai fait.

— Je veux aussi savoir pourquoi vous vous focalisez sur les yakuzas en général et les Dragons de Feu en particulier ?


Elle soupira mais finit par concéder :

— Oui, je vous dirai ça aussi.

— Vous me promettez de me protéger en tant que source ?

— Promis. C'est ce que fait toujours un journaliste, quoiqu'il lui en coûte.


Ryo la sonda encore une fois. Elle avait l'air sincère. Il se rassit et serra la main de la jeune femme pendant quelques secondes, en la regardant intensément droit dans les yeux : 

— Marché conclu ?

— Oui, marché conclu. Donnant-donnant. Je vous dis tout ce que je sais et vous me renverrez l'ascenseur. En exclu. 






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