Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 31 : A la recherche de Rukia

Par gavroche

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Roka resta un moment assis au milieu des décombres, abasourdi. Il se demandait si ce qu’il venait de vivre était bien la réalité. Etait-il en plein cauchemar ? Pourtant, non, il le savait : tout était bien réel. C’était bien Chiyoko Wada qui s’était tenue là, devant lui. Et qui avait disparu. Soudain, les voix inquiètes d’un groupe d’hommes qui avaient dû entendre l’altercation et l’écroulement de la cabane s’élevèrent derrière lui et le tirèrent de sa torpeur.

Reprenant ses esprits, il se leva d’un bond, enfila ses vêtements et se précipita vers le sud. Il n’y avait pas un instant à perdre. Chiyoko s’était forcément enfuie de ce côté-là, à l’opposé du campement. Il courut de toutes ses forces, se faufilant entre les arbres dans la nuit. Il se tordit plusieurs fois la cheville sur des obstacles qui jonchaient sa route, mais il ne ralentit pas. La jeune femme ne pouvait pas être loin. Elle était sûrement encore dans la forêt, peut-être même était-elle retournée là où il l’avait trouvée tout à l’heure. Mais il savait que ses chances de la rattraper étaient faibles. Comment retrouver sa piste dans le noir ? Il voyait à peine les arbres autour de lui. Bientôt, le souffle commença à lui manquer. Sa tête lui tournait. Il sentait un énorme poids sur tout le côté gauche de son crâne. Mais il devait continuer. Il ne pouvait pas abandonner si vite !

Sans cesser de courir, il commençait à prendre la mesure de ce qui venait de se passer. Et il avait peine à s’y résoudre. Par quelle magie Chiyoko Wada avait-elle pu prendre les traits de Rukia ? Le tromper, lui, tout comme Ichigo Kurosaki, le meilleur ami de la jeune femme ? Comment avait-elle pu l’attirer jusqu’à elle, en imitant si justement la voix de Rukia ? Ce prodige le confondait complètement. Mais surtout, cela le rendait furieux !

Roka se sentait trahi, abusé ! Mais par-dessus tout, la crainte de ne jamais revoir Rukia l’envahissait à nouveau.

Soudain, son pied se prit dans un tronc d’arbre mort. Il s’étala de tout son long dans la neige glacée en s’écorchant les mains et les bras. Il glissa sur le sol, puis s’immobilisa contre une souche éclatée.

Il resta un moment allongé sur le ventre, sonné. Le contact glacé du sol devint rapidement insupportable et il se releva laborieusement. Désespéré, il s’assit sur le bord de la souche et posa sa tête contre ses avant-bras calés sur ses genoux.

Il ferma les yeux et essaya de ne pas pleurer. Non. Pas à cause de Chiyoko Wada. Il ne voulait pas. Il avait trop de haine dans le cœur pour céder à son accablement.

Il chercha dans sa tête la voix de Rukia. Mais il n’entendait rien. Seulement les bruits étouffés de la forêt.

Pourtant, il l’avait bien entendue ! «Je suis toujours dans le Suniruil». Cela devait signifier qu’elle était encore en vie ! Oui, il devait y croire.

Soudain, Roka entendit un craquement devant lui, à quelques pas à peine. Il redressa la tête, méfiant, et reconnut aussitôt ses deux amis. Ichigo et Mado. Comme toujours, ils avaient retrouvé sa trace. Comme toujours, ils étaient là au moment où il avait le plus besoin d’eux. Debout au milieu des arbres, ils le regardaient, perplexes. Ichigo avait dégainé son zanpakutô et lançait des regards alentour, sur ses gardes.

-Que s’est-il passé ? demanda la jeune fille en se précipitant à ses côtés.

Et Roka leur raconta, confusément. Son histoire lui paraissait tellement invraisemblable ! Ichigo et Mado parurent aussi troublés que lui. Non seulement la chose était incroyable, mais en plus elle cachait un mystère inattendu. Comment Chiyoko Wada avait-elle pu ainsi tromper tout le monde ? Quel pouvoir possédait-elle ? Qui était-elle vraiment ?

Aucun d’eux n’osait poser ces question à voix haute, mais ils savaient tous trois qu’ils étaient habités par le même désarroi.

Ichigo inspecta les parages, puis ils décidèrent rapidement qu’il était inutile de continuer à chercher Chiyoko Wada et que le plus sage était de rentrer au campement pour expliquer la situation à tout le monde.

Mado aida le prince des Shinas à se relever, et ils se mirent en route dans le silence de la nuit.

-Nous allons retrouver Rukia, prince Roka, murmura Ichigo d’un ton rassurant.

-Elle est encore dans le Suniruil.

-Où qu’elle soit, nous la retrouverons.

Ils arrivèrent en vue du campement, où tout le monde les attendait avec angoisse. Quand Roka croisa le regard de la Grande Prêtresse, il sut qu’elle avait déjà compris.


J’appelle l’astre du jour, son feu et sa chaleur. Il fait tressaillir le paysage. La neige fond peu à peu sous mes yeux, se transforme en herbe fraîche. Les brins souples se dressent, un à un, et colorent l’horizon du vert de l’été. Les feuilles, gracieusement, poussent aux arbres alors que les branches s’étirent au soleil comme les bras d’un enfant qui s’éveille. Et le ciel n’a plus de fin.

Je souffle, j’inspire, je me nourris de mon rêve. Je ferme les yeux. Je me laisse pénétrer par la chaleur, et je m’ouvre aux milliers de liens que tout le monde tend vers moi. Je ne suis qu’un maillon de cette immensité. Je m’enchaîne à la terre, au ciel, aux étoiles. Mes cheveux sont l’herbe, mes bras sont les arbres, et mon cœur le soleil. Nous sommes un.

Et ma main est esprit. Elle est tendue vers la route d’Erèbe. Et j’accepte le long chemin qui me sépare de ça. Je sais que le travail sera long. Je suis patient. Il y aura des erreurs. Il y aura des efforts. Des renoncements. Mais j’y viendrai. Je serai la somme de tout ce que j’ai accompli. Mes fautes et mes erreurs. Mes joies et mes succès. J’essaierai toutes les routes. J’essuierai les refus. Je me débarrasserai du superflu. Et quand je deviendrai moi-même, quand mes yeux pourront se retourner et regarder, rassasiés, le chemin parcouru, alors j’aurai fini.

Je le sais.

Et maintenant, la paix, lentement, m’envahit.

J’ouvre à nouveau les yeux. Je chercher le chemin du Suniruil. Mais il se cache. Il est seul. Il a perdu son maître, Mizuchi. Alors il se terre, se dissimule. Sans la voix de Rukia qui me guide, saurais-je le trouver ? Seul ?

Et Mizuchi ? Il pourrait me guider, lui. Il connaît le chemin du Suniruil. Mais à quoi bon ? Je sais qu’il refusera. Et je sais qu’il n’a pas fini son errance dans mon âme. J’entends encore ses pas lointains et lourds qui foulent la terre. J’entends sa mélancolie et sa peur. C’est mieux ainsi.

Continue, Etre suprême, continue ton voyage. Je ne viendrai pas te chercher tant que tu n’auras pas fini.

Mais alors qui ? Qui pourra me mettre sur la voie du Suniruil ? Qui pourra m’aider à retrouver Rukia ? Je sais que je ne peux pas y arriver seul. Pas assez vite, en tout cas. Et Rukia ne peut plus attendre.

Je dois trouver le chemin. Demain, nous devrons partir dans le Suniruil.

Les dragons. Oui, bien sûr ! Les dragons. Ils ont toujours été mes guides. Et ils savent, sûrement, où se cache le cœur de l’hiver. Dans quelle terre gelée plongent les racines de l’arbre géant. Ils n’ont qu’à flairer sa piste et m’ouvrir le chemin.

Je dois les appeler. Ici, dans mon âme. Mais pas dehors. Non.

Si les dragons doivent me guider, que cela soit par mon âme. Ici, ils ne craignent rien.

Bahamut, dragon noir représentant la fin de la vie, et Yvi, dragon blanc porteuse de lumière, venez, j’ai besoin de savoir. J’ai besoin de retrouver Rukia. La vraie Rukia. Je ne peux pas la laisser plus longtemps prisonnière du Suniruil.

Je m’assieds dans l’herbe verte et je ferme les yeux. J’attends. Toute mon âme les appelle. Je laisse le ciel et le vent porter mon message jusqu’aux plus lointaines rives de mon âme.

Mais ni le ciel ni le vent ne ramènent le bruit de leur pas. Je n’entends pas les dragons. Je n’entends que l’écho de mon appel. Et je me sens si seul.

Si seul.

Soudain, j’entends un bruit devant moi. J’ouvre les yeux. La lumière m’inonde. Il y a un homme devant moi. Assis par terre. Et je reconnais son visage. Je souris. Ce n’est pas lui que j’attendais. Mais sa présence m’est douce.

-Taos.

Le vampire sourit à son tour. Ses yeux ont changé. La méfiance a quitté son regard. On dirait qu’il me connaît depuis la nuit des temps.

-Prince Roka.

-Quelles nouvelles m’apportes-tu, Taos ?

Il fait un signe respectueux de la tête.

-Les clans ont accepté de vous reconnaître, prince Roka.

Voilà pourquoi ses yeux ont changé. Il me reconnaît comme l’un des siens. Je ne sais ce qui me vaut cet honneur. Sans doute m’ont-ils observé ?

-Oui, je suis le fils de Sei, Taos. Le sang de ton peuple coule dans mes veines. Quelles nouvelles m’apportes-tu de la guerre ?

-Nous avons fait selon votre souhait, prince Roka. Nous n’avons pas accompagné les Shinas. La guerre s’est faite, mais sans nous.

-Merci, Taos. Merci.

-Ne me remerciez pas. Votre souhait était juste. Et nous l’avons d’abord fait pour notre peuple. Vous aviez raison, prince Roka. La Terre pleure si fort ! Mais, à présent, c’est notre tour de vous demander une faveur, fils de Sei.

-Je t’écoute.

Le vampire se lève, il s’approche de moi et s’assied à mes côtés. Il a le regard grave, il me prend la main.

-Tu dois venir dans le monde vampirique avec moi.

-Pardon ? Ne te moque pas de moi, Taos ! J’ai tant à faire ici...

-Prince Roka, vous devez rencontrer le conseil des chefs de clan vampirique.

-Je dois les rencontrer ? Mais je ne sais même pas qui ils sont ?

-Eux savent qui vous êtes. C’est pour cela que vous devez venir.

-Mais Rukia ? Et le monde des Shinas ? Je ne peux pas tout laisser.

-Non. Rukia, vous devez la retrouver. Continuez votre route vers l’est, fils de Sei. Bientôt, les dragons vous guideront. Mais ensuite, vous devrez venir avec moi, dans le monde vampirique. Je n’attends pas de réponse aujourd’hui, prince Roka. Je reviendrai. Vous choisirez. Vous trouverez.

Je ne sais que répondre. Chacune de ses phrases est un mystère. Je ne suis pas sûr de comprendre.

Il se lève à nouveau, il me salue et il s’en va. Lentement, il disparaît, et me voilà seul à nouveau.

Désemparé. Le vampire semble en savoir plus que moi sur mon propre avenir. Ne suis-je pas maître de mon destin ? Et comment choisir ? Quel choix, vraiment, me laisse-t-il ? Je ne sais rien des choses dont il parle. Comment faire confiance à des inconnus ? Que représentent-ils de si important pour que je traverse les mondes ?

«Vous choisirez. Vous trouverez.»

Je n’aime pas ces énigmes, ces mystères. Mais Taos, lui, m’a fait confiance. S’il ne ment pas, il a écouté ma demande : il n’a pas pris part à la guerre. Puis-je autant lui faire confiance à mon tour ?

Dehors. Le monde m’appelle. J’entends la voix de Mado. Je vais me réveiller.

Mercher vers l’est. Trouver le Suniruil.


Il était fort tard quand l’armée de Zenzo rejoignit son point de ralliement, en amont de la colline. Au loin, on apercevait encore les flammes du camp ennemi, mais elles s’éteignaient une à une. Et il ne faisait aucun doute que les hommes de Kalgox allaient rapidement construire de nouvelles défenses. On entendait déjà le bruit des réparations qui résonnait dans la vallée obscure.

Jamais le bras droit de Zenzo, Enako Kichizo, n’avait vu ce regard sur le visage de Zenzo. La colère n’était certes pas un sentiment étranger au Shinas, mais l’humiliation ! Et Kichizo sut en cet instant que la nuit allait être longue.

Il estima qu’il était préférable, pour le moment, de laisser Zenzo tranquille et il s’occupa de l’organisation interne du campement. Le combat avait été particulièrement dur et il était tard ; il y avait beaucoup à faire. Il vérifia que l’on s’occupait des blessés et que l’on préparait le coucher pour tout le monde. Il demanda qu’on allume un eu au plus vite et qu’on prépare une soupe pour réchauffer les hommes. Et il commença à compter ses troupes. Il s’y reprit à deux fois. Il trouva à peine soixante hommes, blessés compris ! C’était si peu, face à l’armée de démons dont disposait encore Kalgox, assistée à présent d’une cinquantaine de Shinas de Kaji Jukaru ! Sans renforts, ils n’avaient aucune chance. Zenzo s’était précipité, il avait surestimé ses forces et sous-estimé celles de l’ennemi.

Enako Kichizo enleva ses armes. Il y avait peu de chances que Kalgox donne l’assaut cette nuit. Les deux camps avaient besoin d’une trêve, autant l’un que l’autre. Mais un jour, inévitablement, la bataille allait reprendre. Toute la question était de savoir qui prendrait l’initiative de l’assaut.

Kichizo poussa un long soupir. Comme les événements s’étaient précipités, depuis l’été ! Comme le monde avait changé ! Quelle que fût l’issue des combats, il savait que plus rien ne serait comme avant. Il se demandait où était la Grande Prêtresse. Au fond, elle lui manquait.

Il chassa cette idée de sa tête et se détendit un moment. Quand il eut retrouvé la force de se lever, il alla chercher un grand bol de soupe pour le porter à Zenzo.

Il se dirigea vers la tente de Zenzo et s’arrêta juste devant la toile tendue en guise de porte.

-Zenzo ?

Il y eut un court silence, puis le Shinas l’invita à entrer.

Zenzo était assis sur un petit coffre où il gardait ses effets personnels. La tête dans les mains, il n’adressa même pas un regard à son bras droit qui entrait.

Le chemise trempée, les cheveux collés par la sueur, il respirait péniblement. Ses chausses étaient couvertes de sang.

-Tu es blessé, Zenzo.

-Ce n’est rien. Une flèche.

-Je vais demander qu’on te soigne !

-Non ! Plus tard ! J’ai besoin de réfléchir, Kichizo.

Enako déposa le bol de soupe près de Zenzo et s’apprêta à quitter la tente pour le laisser en paix.

-Non, reste, Kichizo. Assied-toi.

Le Shinas hésita, embarrassé, puis il prit place sur un petit tabouret, face à Zenzo.

Zenzo resta silencieux un long moment encore, figé dans la même position. De temps en temps, il levait la tête et fermait les yeux d’un air dépité.

Il avait serré un tissu autour de sa jambe, à l’endroit de sa blessure. Le sang avait beaucoup coulé. Il était pâle et semblait à bout de forces, mais petit à petit, sa respiration redevenait plus normale.

Finalement, i leva la tête vers son bras droit, et, d’un air grave, il parla enfin.

-Maudit Shinas renégat ! grogna-t-il. Nous allons avoir besoin de renforts, Kichizo.

Enako se raclat la gorge.

-Je le crois aussi, Zenzo. Mais Kalgox sera-t-il encore là quand ils arriveront ? Ou bien ne risque-t-il pas d’attaquer le premier ?

Zenzo leva les mains dans un geste d’impuissance.

-De toute façon, nous n’avons pas le choix, Kichizo.

Enako haussa les sourcils.

-La retraite ?

-Tu n’y penses pas ? s’offusqua Zenzo.

Non, bien sûr. Il n’avait pas imaginé un seul instant que Zenzo pourra abandonner.

-J’ai peur, Zenzo, que les renforts que nous attendons, ne seront pas là avant au moins deux jours, soient insuffisants. Il s’agit de quatre cents Shinas et Shinigamis, tout au plus. Il en reste davantage dans le camp de Kalgox.

-Je sais, Kichizo, je sais. J’y au réfléchi. Mais je suis originaire des environs. Nous pourrions y trouver d’autres Shinas.

-Tu n’as pas beaucoup d’hommes, là-bas, et ils sont utiles là où ils sont.

-Ce qui se passe ici est plus important, Kichizo. Et je ne crois pas que Kalgox soit en état de préparer une attaque.

Kichizo hocha lentement la tête. Zenzo Zenzo avait sans doute raison, mais il n’aimait pas puiser dans les ressources défensives d’une armée poour renforcer les rangs d’une autre. 

-Je sais ce que vous pensez, coupa Zenzo. Mais c’est un risque à prendre, Kichizo. Si nous gagnons cette bataille, nous gagnons la guerre. Aujourd’hui, plus rien ne compte que cette bataille contre Kalgox. Nous avons besoin d’hommes.

Kichizo eut un hochement de tête résigné.

-Alors il ne faut pas tarder.

-En effet. Et je veux que tu y ailles toi-même, Kichizo, en personne. Je te donne toute autorité pour revenir ici avec Shinas et Shinigamis.

Kichizo acquiesça.

-Je pars dès maintenant, dit-il en se levant.

-Tu as cinq jours. Pas un de plus.

Kichizo se dirigea vers la sortie de la tente.

Il partit confier le commandement du campement à un jeune maître, et il s’engouffra à l’ouest.

Il espérait que, cette fois, Zenzo avait fait le bon choix.


C’était quelques jours avant Noël, au petit matin. Les rues n’arboraient cette année aucune des décorations habituelles. Le temps n’était pas à la fête. Chaque nuit emportait avec elle de nouvelles victimes, et le froid était de plus en plus pénible.

Les habitants de Shimandal virent avec étonnement la longue colonne des jeunes Shinas traverser la ville. Ils étaient près de trois cents. Ils marchaient vers le sud, sans ordre apparent.

En tête de cortège se tenaient quelques maîtres, et ce fameux Taro, ce Shinas dont le nom n’était plus inconnu. On disait ici et là qu’il était un ami du prince Roka.

Et sa présence à Shimandal causait autant de crainte qu’elle suscitait d’espoir. Plus personne n’ignorait qu’il existait un lien entre la compagnie de Roka et les événements qui bouleversaient le monde. Mais nul n’aurait su dire la nature exacte de ce lien, et les gens, ici, se contentèrent de regarder passer les jeunes Shinas en silence, inquiets et admiratifs à la fois.

C’était la première fois qu’on les voyait si nombreux dans les rues de Shimandal, et les habitants de la ville eurent tôt fait de comprendre que les maisonnettes des Shinas avaient décidé de prendre part aux mystérieux événements dont on savait si peu. Certains avaient entendu dire qu’ils partaient pour Shizaki, où, affirmait-on, ils allaient s’allier aux Shinigamis de là-bas. Mais ce n’était qu’une rumeur au milieu de mille autres...

Ils traversèrent la ville jusqu’au port, drainant avec eux la foule des curieux. Puis, au lieu de traverser le fleuve, ils suivirent sa rive vers le sud. On les vit s’éloigner lentement, comme un bateau sans voile, puis disparaître dans l’horizon blafard.

Un à un, les badauds retournèrent vers le centre de la ville, où il fut question, tout au long du jour, de ce mystérieux départ. 


Personne n’avait posé de questions. Ichigo, sans doute, avait tenu informée toute la compagnie et demandé qu’on ne dérange pas Roka. Le prince des Shinas était encore sous le choc, et il avait manifesté, dès le réveil, son impatience à trouver le Suniruil. A présent, ses amis l’avaient compris, plus rien de pourrait l’apaiser.

Ils marchaient, silencieux, sur la route gelée. Le froid leur faisait courber le dos et baisser le regard, mais ils étaient unis, serrés comme une grande chaîne. Ils partageaient la peine de celui qui allait devant eux. Ils le portaient, presque, de leurs silences éloquents.

Combien étaient-il à présent ? Trois cents, peut-être. Le flot des nouveaux arrivants diminuait chaque jour, à mesure qu’ils avançaient vers l’est. Mais il en venait toujours plus que ce que la mort emportait et, d’une certaine façon, cela atténuait la peine des endeuillés. On continuait à croire.

Roka, à la mi-journée, vint marcher près du Shinigami suppléant. Il n’avait pas prononcé une seule parole depuis le matin. Ses cheveux et ses sourcils, couverts de givre, paraissaient blancs et lui donnaient l’allure d’un vieil homme.

-Ichigo, j’ai vu cette nuit le chef des Ventrue.

Le rouquin hocha la tête.

-Il me demande quelque chose, mais je ne sais pas si je dois lui faire confiance...

-Les vampires sont-ils un peuple honnête, prince Roka ?

Des flocons de neige apparurent lentement autour d’eux. Il faisait de plus en plus sombre. Un enfant se mit à pleurer derrière eux. Roka se retourna. Il vit que Mado et la Grande Prêtresse s’en occupaient. Il se remit en marche.

-Ichigo. Sais-tu ce qu’est le monde vampirique ?

Ichigo parut étonné. De toute évidence, le nom évoquait quelque chose pour lui. Cela n’échappa pas à Roka. Le Shinigami suppléant bafouilla un peu, se racla la gorge puis fit un geste évasif de la main.

-Urahara m’en a peut-être parler... Mais je ne peux pas te dire grand-chose.

Roka fronça les sourcils. Ichigo avait l’air embarrassé, il cachait quelque chose.

-Tu ne veux pas m’en parler ?

Le rouquin regardait droit devant lui, comme s’il voulait éviter de croiser le regard du jeune homme.

-Il y a des choses qu’on ne veut pas dire, prince Roka, et d’autres qu’on ne peut pas dire. Le vampire, lui, pourra t’en dire plus que moi.

Le prince des Shinas se demanda ce qui pouvait gêner ainsi son ami. Ses réponses étaient bien énigmatiques ! Quel mystère recelait le clan des Ventrue ? Et quel rapport Urahara avait-il avec eux ? Visiblement, Ichigo savait quelque chose. Mais Roka devinait qu’il était inutile d’insister. Le Shinigami suppléant était encore plus têtu que lui. S’il refusait de parler, rien ne pourrait le faire changer d’avis.

-Je... Je suis un peu perdu, Ichigo. Il y a tant de choses qui brouillent mes pensées. J’ai peur de perdre confiance. Je ne sais plus vraiment ce que je dois faire...

-Mais si, nous devons trouver le Suniruil, prince Roka !

Roka acquiesça. Oui, bien sûr. Trouver le Suniruil. Retrouver Rukia. Et ensuite, retourner à Erèbe. Mais après ? Que restait-il de toutes ces belles paroles qu’il avait dite l’autre jour aux gens qui le suivaient ? Que restait-il de son espoir ? Avait-il raison de croire qu’ils pourraient, tous ensemble, mettre fin à l’extinction lente du monde ? Quel orgueil !

Tout devenait si compliqué ! Ce n’était plus seulement les morts soudaines qui occupaient son esprit. Ce n’était plus seulement Mizuchi, et le rôle qu’il pourrait jouer. Non. Il y avait aussi Chiyoko Wada, à présent, et le monde vampirique... Comment donner u sens à tout cela ? Et combien de choses encore lui échappaient ? Combien de nouveaux mystères allaient lui apparaître ?

Le monde vampirique. Il ne pouvait s’empêcher de penser à sa mère. Quel héritage m’as-tu laissé, mère ? Et combien de temps encore devrais-je errer dans les intrigues qui ont suivi ta mort ? Qui suis-je pour les assumer toutes ? Au fond, je suis comme Mizuchi. Nous errons, tous les deux, chacun de son côté, à la recherche d’une réponse sans même saisir la question. A la recherche d’une issue que nous ne trouverons peut-être jamais.

Roka poussa un long soupir.

-J’en ai assez d’avancer dans l’inconnu, Ichigo.

-Y a-t-il jamais eu quiconque, pour avancer dans la certitude ? Il reste toujours un mystère, prince Roka. Toujours. Tout au bout du chemin, il reste un grand mystère. La vie plonger vers lui. C’est la seule chose qui unit tous les hommes, prince Roka, oui. C’est la seule chose à laquelle on peut croire, sans jamais l’avoir vécue.

Roka ne put s’empêcher de sourire.

-Eh bien ! J’ai besoin qu’on me redonne du courage, et toi, tu me parles de la mort ?

Ichigo haussa les épaules.

-Connais-tu plus grand mystère ?

-Non, répondit Roka.

-Et désires-tu pourtant mourir ?

-Non.

Ichigo sourit, la mine fière.

-Alors, ne dis pas que tu en as assez, prince Roka, d’avancer dans l’inconnu. Ça, c’est le sens de la vie.

Roka haussa les sourcils, perplexe. Puis il rit un peu. Il n’était pas bien sûr de comprendre la philosophie de son ami. Mais au moins il trouvait sa démonstration bien singulière, et elle l’avait sorti de son humeur angoissée...

Il secoua la tête, et se dit que le Shinigami suppléant était décidément un bien étrange personnage, qui serait sans doute à jamais pleine de surprises.

Soudain, le prince des Shinas sentit un frisson glacial lui parcourir l’échine. Il sursauta, et s’immobilisa. Ichigo lui jeta un regard interrogateur. Mais, alors qu’il était sur le point de se remettre en route, Roka tourna la tête vers son ami et lui fit un large sourire.

-Ichigo !

-Eh bien ?

-J’entends la voix de Rukia, murmura-t-il. Je l’entends à nouveau ! Nous ne sommes plus très loin ! 

Le Shinigami suppléant lui adressa un sourire à son tour. Aussitôt, les deux amis accélérèrent le pas.

Mado et la Grande Prêtresse, qui se demandaient sans doute ce qui les faisait soudain marcher aussi vite, les rejoignirent rapidement.

-Que se passe-t-il ? demanda la jeune fille, en attrapant le bras du prince.

-Nous approchons du Suniruil.


L’état de santé de Kalgox s’était légèrement amélioré le jour où on lui annonça qu’Unnos, son frère, venait d’arriver au campement. Le démon n’avait toujours pas recouvré la vue, mais ses crises de délires avaient disparu ; pour le moment en tout cas. Il était toutefois encore très faible et semblait dormir la plupart du temps.

Unnos fut amené au chevet de Kalgox aussitôt après son arrivée. Fatigué par le voyage, le démon demanda qu’on lui apporte un fauteuil. Il avait une mine terrible.

-Mon frère, chuchota-t-il en s’approchant de Kalgox.

Le démon bougea lentement la main pour faire signe qu’il était bien éveillé.

-Mon frère, je suis venu accompagné du meilleur soigneur démoniaque. Nous allons te remettre sur pied, et bientôt, tu pourras rentrer dans notre monde.

Kalgox chercha à tâtons la main de son frère, puis le serra dans la sienne.

-Unnos ! Mon bon Unnos ! Comme je suis heureux de t’entendre.

-Mon frère, c’est moi qui suis heureux de te voir.

Kalgox esquissa un sourire. Les deux démons se connaissaient depuis si longtemps ! Malgré leurs désaccords, dont la fréquence avait augmenté ces dernières années, ils avaient l’un pour l’autre une estime profonde.

En entendant le voix d’Unnos, Kalgox avait l’impression de reprendre un peu possession de lui-même. De se rapprocher du démon qu’il était autrefois. Avant tout cela...

-Ah, Unnos, j’ai l’impression d’être si vieux... Je me rappelle ces heures passées auprès de notre père, ces longues heures à le regarder partir. Tu te souviens, Unnos ? Tu étais là, avec moi. J’ai l’impression que c’est mon tour à présent.

-Allons, Kalgox ! Tu es encore jeune, et les soins te guérira de ton mal. Je serai mort bien avant toi ! Tu vas voir, ce guérisseur est le meilleur. Il va te soigner rapidement.

-A quoi bon ? Les Shinas sont sur le point de gagner cette guerre. Alors pourquoi vivre ? Pour terminer mes jours au fond d’un cachot ? Non, je crois que je préfère mourir, mon frère.

-Ne dit pas cela !

Unnos approcha péniblement son fauteuil du lit et se pencha vers son frère.

-Kalgox, je ne suis pas seulement venu pour accompagner le guérisseur. Je suis venu parce que j’ai compris ce que nous devons faire.

-Comment cela ?

Unnos marqua un silence. Il y avait dans sa voix une gravité que son frère démon ne lui connaissait guère. Il semblait particulièrement troublé.

-Nous avons tous fait fausse route, mon frère. Nous nous sommes écartés de la voie que nous aurions dû suivre dès le départ. Kalgox, la vérité n’est pas celle que nous croyions.

-Je ne comprends pas, Unnos.

-Nous devons faire la paix avec les Shinas.

-La paix ? Mais il est bien trop tard ! répliqua le démon, en serrant contre sa poitrine la main de son frère.

-Je ne le crois pas, mon frère.

-Allons ! Même si je le voulais, la Grande Prêtresse Eria refusera, elle !

-Pas si je parviens à la convaincre de... de ce que j’ai fini par comprendre !

-Tu es bien mystérieux, Unnos !

L’arrivant poussa un soupir. Il paraissait bouleversé.

-Je crois que je peux convaincre la Grande Prêtresse que nous ne sommes pas son véritable ennemi.

Kalgox secoua la tête.

-Tu te méprends. La Grande Prêtresse ne pense qu’à une seule chose : le trône.

-Certes. Mais quand je lui aurai dit ce que je vais te dire, elle verra, comme moi, que nous devons faire la paix. Que nous n’avons pas d’autre possibilité.

-Et que vas-tu lui dire, alors ? le pressa son frère.

-Kalgox, je crois... Je crois que j’ai compris qui est le prince Roka. Et je sais, maintenant, que c’est lui qui est à l’origine de tous nos maux.

-Eh bien, oui, il est indirectement à l’origine de cette guerre, puisque c’est en allant le chercher à la Soul Society que nous avons provoqué le courroux de la Grande Prêtresse... Il n’y a rien de nouveau à cela, Unnos... Et...

-Non, coupa son frère sans délicatesse. Tu ne comprends pas ! Il n’est pas seulement à l’origine de cette guerre. Il est aussi à l’origine des morts soudaines qui ravagent le monde tout entier, Kalgox.

-N’est-ce pas une épidémie ? demanda Kalgox, d’un ton las.

-Non, mon frère, certes non.

-Et tu crois que le prince Roka est mêlé à tout cela ?

-J’en ai la certitude ! Depuis le début, nous nous demandons qui est-il.

-Certes...

-Mais j’ai beaucoup réfléchi, Kalgox. J’ai essyé de comprendre qui il est vraiment. Ce qui se cache derrière ce personnage étrange. J’ai repensé à sa façon de ne pas utiliser ses pouvoirs. J’ai repensé à son habilité pour soulever les démons, les Shinas, les Shinigamis, leur insuffler un esprit de rébellion... Le prince Roka n’est pas seulement le descendant de la famille royale. Il n’est pas seulement un jeune fou qui voulait sauver les Yokai. Il est bien plus que cela, Kalgox. Pourquoi crois-tu qu’il a voulu sauver ces créatures ? Et as-tu vu comme il est proche des Shinigamis ? Au départ, cette affinité avec les dieux de la mort m’a beaucoup intrigué, Kalgox. Mais maintenant, elle prend tout son sens. A présent, toutes ces morts, par tout le pays, je leur trouve une explication. Un sens terrible, Kalgox. Une hypothèse qui me remplit d’effroi, mais qui se confirme de jour en jour.

-Je t’écoute...

-Kalgox, je vois dans la venue du prince Roka un sens caché, qu’avaient annoncé une prophétie.

Kalgox fronça les sourcils.

-Allons... Tu ne penses pas sérieusement que le prince Roka soit un Shinigami, tout de même ? 

-Non, Kalgox. Je crois qu’il est bien plus que cela. Je sais combien cela peut paraître incroyable, et j’ai moi-même eu du mal à m’y résoudre ; mais il n’y a pas d’autre explications. Et après tout, ce qui se passe aujourd’hui est annoncé partout dans le prophétie.

Kalgox savait pertinemment à quelle prophétie son frère faisait allusion.

-Es-tu certain que cela soit vraiment ce que les textes annoncent, Unnos ? Ce serait... Ce serait une terrible nouvelle. La plus terrible de l’histoire.

-Quoi d’autre ? Le peuple, naïf, ne prend-t-il pas le prince Roka pour un sauveur ? J’ai relu la prophétie, Kalgox. L’écho qu’elle fait à ce qui se passe ici est plus que troublant. «Car, si quelqu’un vient vous prêcher des paroles, elles seront fausses. Et cela n’est pas étonnant, puisque Ezéchiel lui-même se déguise pour tromper. Le Démon de la destruction.» Kalgox, je ne crois pas que le prince Roka soit moitié Shinas, moitié démon, je crois qu’il est l’incarnation d’Ezéchiel lui-même. Je crois qu’il est...

Unnos hésita. La vérité lui semblait pénible à dire.

-Je crois qu’il est le Démon de la destruction.

Kalgox se redressa quelque peu sur son oreiller.

-Tu n’es pas sérieux, Unnos ?

Pourtant, Unnos, cette fois, était tout à fait sincère.

-Je ne te dirais pas cela si je n’en avais pas acquis la conviction, Kalgox. Tous les éléments correspondent à ce que la prophétie annonce.

-Peut-être, Unnos. Le prince Roka est certainement moitié démoniaque. Mais Ezéchiel en personne ?

-La prophétie le dit, Kalgox, nous visons un temps ultime. Et tu vois : partout autour de nous, le monde meurt. Les gens disparaissent par milliers, chaque jour, à travers le paus. L’hiver ne cesse d’empirer. Où sommes-nous, Kalgox, sinon aux portes de l’Apocalypse ?

Kalgox avala sa salive. Il n’était pas convaincu par la démonstration de son frère, mais il devait reconnaître que les événements prenaient partout des allures apocalyptiques et que le personnage de Roka semblait lié à tout cela depuis le début. Il ne parvint pas à masquer son trouble.

-Nous devons tuer le prince Roka, reprit Unnos, et non le capturer. Nous devons le combattre. Avec la Grande Prêtresse Eria.

Kalgox tourna la tête vers son frère. Il avait les yeux grands ouverts, et il semblait deviner la silhouette d’Unnos.

-Je... Je ne sais pas, Unnos... Et même si tu as raison, la haine de la Grande Prêtresse Eria est bien trop grand aujourd’hui pour qu’elle entende ta cause. Et c’est son petit-fils.

-Laisse-moi l’a convaincre ! répliqua Unnos, la voix pressante. Je veux aller la rencontrer.

-Non, Unnos. Ce serait du suicide ! Zenzo te fera prendre avant même que tu ne puisses lui parler.

-Mais je dois essayer, Kalgox. C’est notre dernière chance. Nous ne pourrons lutter seuls contre le prince Roka. Si nous échouons, même cette guerre n’aura plus aucune importance. Car dans quelques jours, le monde tel que nous le connaissons aura tout entier disparu.

Kalgox poussa un long soupir. Il parvenait à peine à croire qu’il adhérait à la thèse de son frère. Pourtant, il commençait à sentir au fond de lui le parfum de la vérité.

Kalgox, lentement, tourna la tête de l’autre côté, comme s’il avait voulu détourner son regard. Ses mains tremblaient légèrement.

-Alors tu as mon accord, Unnos.

Son frère ferma les yeux. Plus les heures passaient, plus il était convaincu d’avoir raison. Et plus la peur s’emparait de lui. Mais il ne pouvait plus reculer, maintenant.

-Va dire à Zenzo ce que tu viens de me dire, Unnos. 


Je connais le chemin, et je sais qu’il m’attend.

Je le vois, assis dans l’herbe, patient, les yeux fermés.

Je m’avance. Je m’assieds face à lui. Je regarde mes bras. Je porte moi aussi des dessins de la même couleur que lui. Je ne les comprends pas. Mais ils sont là. Ils sont la part vampirique qu’il y a en moi.

-Taos.

-Vous êtes venu bien vite, prince Roka.

Il pensait sans doute qu’il me faudrait réfléchir plus longtemps. Mais je veux faire vite. Régler ce que dois régler avec lui. Parce que je ne veux plus penser à cela. Pas pour le moment. Je dois me consacrer tout entier au Suniruil.

-Je suis venu te dire, Taos, que je ne peux décider aujourd’hui de te suivre dans le monde vampirique.

-La décision vous appartient.

-Les choses m’échappent. Je ne vois plus clairement la route que je dois suivre, et je ne sais pas où je serai demain.

-C’est le propre des hommes qui agissent, prince Roka.

Il ne me juge pas, il respecte mes choix quand ils sont réfléchis.

-Toutefois, Taos, dans quelques jours, des jeunes Shinas et des Shinigamis viendront à la Soul Society dans l’espoir de m’y retrouver. J’aimerais, Taos, que tu y sois aussi. Que tu leur dises de m’attendre, car je ne suis pas sûr d’être là à temps. Mais je viendrai. Et je voudrais, j’aimerais que tu m’attendes aussi, toi. Car là-bas, Taos, là-bas je pourrai prendre ma décision.

Il sourit. J’ai l’impression qu’il n’est pas surpris par ma décision.

-Nous vous y attendons déjà, prince Roka. Quand vous reviendrez, nous seront là.

Lentement, son image s’efface. Et c’est comme un poids qui disparaît de mes épaules. Je me sens libéré. 

A cet instant, j’entends un bruit. Juste derrière moi. Puis un autre. Ce sont des pas qui approchent. Je ne me retourne pas. Je sais qui vient. Ce ne sont pas des hommes. Non. Ce sont les dragons. Ils arrivent. Je n’ai pas besoin de les regarder pour les voir. Je sais leur allure, je sais leurs yeux, je sais leurs écailles. Nous sommes si proches à présent.

Ils sont venus me guider. Ils ont entendu mon appel.

Et je suivrai leurs voix.




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