Cela faisait quatre jours qu’ils avaient quitté Rewantis. Quatre jours depuis la mort d’Emi. Et si la blessure morale commençait à se refermer dans le cœur de Roka, celle, physique, dans son ventre, semblait ne as vouloir guérir. Chaque soir, Ichigo essayait de soigner le Shinas, mais la plaie continuait de saigner, et Roka, quoiqu’il essayât de ne point le montrer, souffrait atrocement.
Mado, quant à elle, avait trouvé sa place auprès de ses deux aînés, elle leur offrait sa jeunesse et sa bonté naturelle, ne se plaignait jamais malgré la longueur du voyage, et passait des heures, le soir, à écouter Ichigo raconter l’une de ses mille aventures. Ichigo était heureux de l’avoir à ses côtés car, tout seul, il aurait eu bien de la peine à réconforter Roka. La présence de Mado apportait un peu de gaieté à leur équipée. Elle semblait si heureuse de voyager avec eux qu’ils en oubliaient presque le reste. Ils fonçaient droit vers la forêt Céleste, sans trop penser à ce qui les attendait là-bas. Les Yokai, Rukia peut-être... Il suffisait d’espérer !
Prudents, ils évitaient les villes et les villages, car les Shinigamis renégats étaient peut-être encore à leur recherche.
Au soir du quatrième jour, ils s’installèrent sous un grand rocher, à l’abri du vent, et alors que la nuit tombait, ils partagèrent un lapin que Roka avait chassé.
-Ichigo, je crois savoir qui a enlevé Rukia, annonça soudain le Shinas alors qu’ils étaient tous trois silencieux depuis un petit moment.
-Pardon ?
-Depuis le début, je croyais que c’était les Shinigamis renégats. Mais plus j’y réfléchis, plus je me dis que ce n’est pas possible. Cela n’aurait aucun sens. Gaku Koike ne se serait pas contenté de l’enlever, elle. Il aurait essayé de nous tuer tous. Moi, en tout cas. Non. Celui qui a enlevé Rukia ne peut l’avoir fait que pour une seule raison : faire pression sur moi.
-Comment ça ?
-Elle n’a pas été tuée, Ichigo. Elle a été enlevée, presque sous nos yeux. Celui qui l’a enlevée, j’en suis convaincu, s’en servira pour passer un marché avec moi. Elle servira de monnaie d’échange. La vie de Rukia contre...
-Contre quoi ?
-Je n’en suis pas certain, avoua Roka. Mais j’ai fait de nombreux rêves étranges. Tu sais...
Le Shinas jeta un coup d’oeil embarrassé en direction de Mado.
-Tu sais, reprit-il, des rêves... dans mon âme. Et je sais que celui qui avait envoyé les démons pour me tuer est toujours là.
-Es-tu sûr, de qui il s’agit ?
-Oui. C’est Mizuchi, l’être suprême.
Mado fronça les sourcils. Roka se rendait compte que tout cela devait la sidérer, mais il ne voulait pas attendre qu’elle dorme pour parler à Ichigo. Après tout, elle était avec eux, à présent. Elle avait le droit de savoir...
-Il m’a parlé, plusieurs fois, dans mon âme. Mais je ne suis pas ^sur de comprendre ce qu’il me veut. Il... Il me reproche quelque chose...
Mado ne peut une nouvelle fois cacher son étonnement. Elle avait entendu beaucoup de légendes sur Roka, mais elle s’était imaginée que la plupart étaient fausses... Pourtant, elle devait s’attendre à tout, maintenant. Car depuis qu’elle était auprès de ses deux nouveaux compagnons, elle allait de surprise en surprise, et cela n’allait pas s’arrêter, semblait-il...
-Il veut me tuer, Ichigo. Il me l’a dit plusieurs fois. Alors... Alors, ce sera peut-être la vie de Rukia... contre la mienne.
Un long silence suivit la dernière phrase de Roka. Le Shinas, les yeux dans le vague, essayait de pousser sa réflexion encore plus loin. Il était sûr de ne pas avoir encore compris la relation exacte entre toutes ces choses.
Quant à Mado, elle ne savait pas quoi dire. Pour la première fois, la jeune fille ne se sentait plus du tout à sa place. Elle avait l’impression d’entendre des choses qui ne la concernaient pas. Qui lui faisaient peur, en tout cas. L’être suprême ? Roka avait rencontré l’être suprême ? Ce personnage de légende qui faisait peur aux enfants existait donc vraiment ? Non ! Elle refusait d’y croire ! Roka était-il fou ? Pourtant, il semblait très sérieux... Et ce n’était certainement pas par hasard que son nom était sur toutes les lèvres dans le royaume ! Roka n’était pas un Shinas comme les autres. Elle essaya de ne pas céder à la peur. Elle essaya de se convaincre qu’elle avait simplement de la chance d’être là, près de ce jeune homme si singulier.
-Nous trouverons, prince Roka, une autre solution. Mais...
Ichigo s’arrêta de parler. Il semblait gêné.
-Mais quoi ? le poussa Roka.
-Je ne sais pas si je devrais te dire ça. Urahara m’a fait promettre de ne rien raconter.
-Quoi ? répéta Roka.
-Je sais, que cela doit être désagréable, quand...
-Je t’écoute, Ichigo.
-Urahara m’a raconté que le plus profond regret de ta mère, prince Roka, c’est de ne pas avoir su résoudre le plus grand conflit de sa vie, autrement que... Comment dire ? Autrement qu’en tuant son adversaire, Gashadokuro. Pour ce qu’Urahara m’a dit, un jour, elle a été obligée de l’affronter et de la tuer et, toute sa vie, elle l’a regretté. Parce que c’était le contraire de ce qu’elle prêchait. Toute sa vie, elle a voulu prouver que l’on peut résoudre les conflits autrement qu’en s’entre-tuant. Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec ça... Je crois que parfois on n’a pas le choix... Comme...
-Comme avec Emi ?
Ichigo acquiesça d’un air désolé.
-Oui. Mais vois-tu, maintenant, là, je ne cesse de penser à tout ça...
-C’est-à-dire ?
-Il n’y a pas de plus grand défi au monde, que de résoudre un conflit sans en arriver à l’élimination de son adversaire, n’est-ce pas ? Quand un homme te menace d’une arme et que ta vie est en jeu, tu n’as souvent que le choix entre sa vie, et la tienne... Mais Urahara disait que le combat de ta mère, ce combat contre son plus grand ennemi, elle n’a pas pu le résoudre autrement. Elle a tué Gashadokuro.
-Ou veux-tu en venir ?
Le Shinigami lança à Roka un regard plein d’intensité. Il le fixa longuement, d’un air grave.
-Il faut que nous trouvions une troisième voie, prince Roka. C’est le sens de ta vie, n’est-ce pas ? Vivre ensemble. Apprendre à vivre ensemble. Concilier. Tout se résume à cela. Ton message ne pourra souffrir une exception si grande...
-Mon message ? s’étonna Roka.
-Allons ! Tu le sais bien ! Le monde a les yeux rivés sur toi. Tu es porteur d’un message, qu tu le veuilles ou non.
Roka avala sa salive. Le Shinigami avait-il raison ? Était-ce cela, le sens de sa vie ? Le sens qu’il devait lui donner, en tout cas ?
Peut-être. Il était le porteur involontaire d’un message. Involontaire ? Vraiment ? Non. Il avait fait des choix. De véritables choix. Sauver les Yokai ; entrer chez les jeunes Shinas... Non, ce n’était pas involontaire. C’était flou, tout simplement. Trop flou, pour le moment. Parce que ce message, il ne le comprenait pas encore entièrement. Mais Ichigo avait raison. Et cette phrase qui revenait si souvent dans sa bouche ou celle du Shinigami résumait peut-être à elle seule la quête que Roka menait. Vivre ensemble. Rukia elle-même le lui avait rappelé.
-Prince Roka, reprit le Shinigami remplaçant en posant une main sur l’épaule de son ami, il faut que nous trouvions la troisième voie. Quand le jour viendra, tu ne tueras pas Mizuchi.
Roka fut réveillé au milieu de la nuit par un bruit, de l’autre côté du rocher. Il se redressa aussitôt, repoussa sa couverture et se mit debout, tous les sens en alerte. Il ramassa délicatement sa dague près de sa couverture et la glissa à sa ceinture en prenant garde à ne pas toucher la blessure à son ventre.
Depuis l’enlèvement de Rukia et la mort d’Emi, il avait le sommeil léger, se réveillait plusieurs fois dans la nuit et il n’était pas retourné une seule fois dans son âme. Mais ce n’était pas un cauchemar qui l’avait réveillé cette fois. Il en était sûr. Quelque chose avait bougé à quelques pas d’ici. Peut-être un Yokai ? Ou bien les gens qui avaient enlevé Rukia les épiaient-ils encore la nuit venue ? Il voulait en avoir le cœur net.
Sans faire de bruit, il s’écarta du gros rocher sous le quel ils s’étaient couchés, et essaya de voir d’où le bruit pouvait venir. Tout était calme alentour. La lune projetait une lumière de guède sur la pierre et sur l’écorce des arbres. Un vent léger bourdonnait le long du sol, et on entendait au loin le clapotis cristallin d’une petite cascade. Roka frissonna. Il marcha vers la droite, du côté où le sol escarpé remontait par-dessus le rocher. Il escalada lentement la pente, s’agrippant aux racines qui dépassaient du sol ici et là. La plaie qui refusait de guérir le fit souffrir à chaque effort.
Arrivé en haut, il se redressa et aperçut aussitôt une silhouette noire, droite au milieu d’une futaie d’arbres fins, et que les vapeurs nocturnes semblaient envelopper d’un halo bleuté.
C’était la silhouette d’une femme.
Roka s’approcha pudemment. La femme ne bougea pas. Elle n’essaya pas de se cacher. Elle avait la taille fine et l’allure gracieuse, ses cheveux mi-longs étaient décoiffés... Cela ne pouvait pas être elle ! Ici, au milieu de la nuit ? Roka accéléra le pas.
-Rukia ? appela-t-il à voix basse.
La femme fit deux pas en avant et son visage entra dans la lumière d’un rayon de lune.
-Non.
C’était une jeune femme, fort belle, du même âge sans doute que la Shinigami, mais plus grande, et ses cheveux étaient légèrement ondulés.
-Qui êtes-vous ? demanda Roka en posant la main sur sa dague.
-Je suis Chiyoko Wada, héritière du royaume démoniaque Zafedin.
Roka écarquilla les yeux, incrédule. Etait-ce un piège ? Il jeta un coup d’oeil alentour. Mais il ne vit personne.
-Que... Que faites-vous là, madame ? demanda-t-il, sur ses gardes.
-Disons que je vous ai suivi...
La jeune femme avait une voix suave et avenante. Ce n’était pas la voix douce de Rukia, mais une voix plus chaude, plus ronde. Enchanteresse.
-Qui est-ce qui vous envoie ?
-Personne...
Roka secoua la tête. Il se demanda s’il ne rêvait pas. Cela lui semblait tellement invraisemblable !
-En réalité, reprit la jeune femme, au début, ce n’était pas vous que je suivais, mais votre friancée...
Le prince des Shinas secoua la tête.
-Ma fiancée ?
-Oui... Je suis désolé, prince Roka, j’ai vu ce qu’il s’est passé. J’étais là quand... Elle... Elle n’était pas censée vous attaquer...
-C’est vou qui l’avez envoyée ?
-Oui, oui c’est moi. Mais elle n’était pas censée vous attaquer, je vous assure. Je l’ai suivie pour voir si elle russissait à vous convaincre...
-Me convaincre de quoi ?
-De vous unir à moi.
-A vous ?
La jeune femme s’approcha encore un peu et sourit. Elle avait de magnifiques petits yeux clairs, gris perle, quoique la lumière de la nuit fut trompeuse. Ils brillaient dans la pénombre.
-A moi, prince Roka. De vous unir à moi.
Le Shinas se retint de rire. Oit c’était un piège, soit cette jeune femme était complètement folle. Son regard, pourtant, semblait si sûr ! Si déterminé !
-Et que me voulez-vous ? Vous voulez me tuer, vous aussi ?
-Non ! Au contraire, prince Roka ! Je vous ai dit que je voulais que nous nous unissions ! A présent que je sais qui vous êtes, votre mort serait pour moi une catastrophe ! Une catastrophe !
-Madame ! Ce que vous dites n’a absolument aucun sens !
-Pourtant, c’est bien vrai : je sais qui vous êtes, prince Roka...
-Vraiment ? Et qui suis-je ?
La jeune femme posa ses mains sur ses hanches d’un geste gracieux.
-Tu es le Prince of Darkness.
Le Shinas resta bouche bée. Comment pouvait-elle savoir ? Connaissait-elle même le sens véritable de ces mots ? Sans réfléchir, il posa furtivement sa main sur son torse et effleura la pochette om il gardait la bague. Elle était toujours là.
-Prince Roka, tu dois me faire confiance...
Elle s’était encore avancée et elle n’était plus qu’à deux pas de lui à présent. Il hésita à reculer, cette folle allait peut-être tenter de l’assassiner, mais il était tellement hébété qu’il resta immobile.
-Nous devons nous unir, prince Roka. Ensemble, nous pourrons gouverner le monde tout entier. Les Shinas et les Shinigamis ne sont rien. Ce sont tous des pantins, prince Roka. Mais nous deux, réunis, rien ne pourra nous arrêter. Nous avons un destin à accomplir, tu sais. Viens avec moi au royaume Zafedin. Nous règnerons, là-bas, ensemble, sur le monde entier.
-Vous êtes complètement folle, madame ! souffla finalement Roka en faisant un pas en arrière.
-Tu crois ? Alors, comment expliques-tu que je sache qui tu es ? Que je sache ce que tu gardes contre ton coeur ? Regarde, dite-elle en levant délicatement la main et en la tendant, à plat, vers Roka.
Le Shinas n’en crut pas ses yeux ! Elle portait au doigt la même bague que celle que lui avait donnée Urahara.
-Où... Où avez-vous trouvé cela ?
-Tu as encore beaucoup de choses à apprendre, prince Roka.
Elle fit un pas en avant, puis un autre. Elle posa sa main sur le bras du Shinas.
Il ne parvenait pas à bouger. Il était comme pétrifié. Par la surprise, mais aussi par les yeux de Chiyoko Wada. Elle le dévisageait avec un regard charmeur. Ses yeux étaient si clairs, si purs et si droits !
La jeune femme approcha son visage de celui de Roka. Puis sa bouche. Elle ouvrit doucement ses lèvres et l’embrassa.
Roka resta paralysé quelques instants encore, comme envoûté par ce baiser. Puis soudain il recula la tête et repoussa Chiyoko violemment.
La jeune femme fit quelques pas en arrière, puis s’immobilisa. Son visage s’illumina d’un sourire délicieux.
-Vous essayez de m’ensorceler ? lâcha le Shinas, furieux.
-Tu as le même pouvoir sur les gens, prince Roka...
Le jeune homme s’essyua la bouche d’un revers de la main.
-Viens avec moi, prince des Shinas, dit-elle en tendant la main vers lui.
Roka secoua la tête.
-Vous êtes... Vous êtes complètement folle ! Allez-vous en, madame, avant que je cède à la colère !
Chiyoko pencha la tête d’un air désolé.
-Très bien. Tu as besoin de temps. Je te laisse réfléchir. Mais je reviendrai. Et ce jour-là, il faudra que tu sois prêt. Le temps nous est compté, Prince of Darkness. A bientôt !
Elle se retourna et partit vers les arbres. Sa silhouette disparut lentement dans l’ombre, et soudain, elle ne fit plus là.
Roka resta immobile un moment, abasourdi, puis il fit quelques pas en avant, pour voir où elle était passée. Mais elle avait disparu. Tout simplement.
Ils arrivèrent devant la forêt Céleste au milieu du huitième jour. Roka souffrait de plus en plus. Sa blessure, plutôt que de guérir, s’aggravait de jour en jour, et son humeur était de plus en plus sombre. Il n’avait pas raconté à ses compagnons sa rencontre étrange avec Chiyoko Wada car elle le plongeait dans un profond désarroi. Il restait muet la plupart du temps, partagé entre ce souvenir insolite et l’angoisse de ne pas revoir Rukia.
Chaque soir, il devait changer le bandage qui protégeait sa blessure, et chaque soir i trouvait plus de sang sur l’étoffe. Sa maine était pâle, ses traits tirés, et il perdait beaucoup de forces.
Ichigo et Mado tentaient de masquer leur inquiétude et faisaient tout leur possible pour lui changer les idées, mais ils ne parvenaient plus depuis quelques jours à lui tirer le moindre sourire.
Quand ils furent enfin à la lisière de la grande forêt, ils firent une pause et Roka se laissa tomber par terre, à bout de forces. Ichigo se précipita à côté de lui.
-Je n’en peux plus, Kurosaki, balbutia Roka en grimaçant. Je n’en peux vraiment plus ! Je suis si fatigué ! Cette blessure me tue à petit feu !
-Tu dois tenir bon, prince Roka ! Nous serons au coeur de la forêt ce soir, et Yû, sans doute, pourra nous aider. Il doit connaître des plantes dans cette forêt qui soignent les blessures.
-Je n’entends plus la voix de King of the Underworld, Ichigo. Je... Je crois que je suis en train de mourir...
-Ne dis pas de bêtises, enfin ! Ta blessure est profonde et tu perds beaucoup de sang. Cela t’épuise. Mais avec l’aide de Yû, ce soir, je vais essayer de mieux te soigner. Tu dois tenir bon, mon ami.
-Je vais nous préparer un peu de viande, intervint Mado en se penchant vers eux. Il nous en reste d’hier soir. Cela te redonnera des forces, prince Roka.
Le Shinas acquiesça.
-Merci. Merci Mado.
La jeune fille partit chercher du bois et alluma un feu de la façon que lui avait apprise Roka. Elle fit cuire la viande et apporta des morceaux saignants à ses deux amis.
Ils mangèrent tous trois en silence, Roka reprit quelque peu ses esprits, but beaucoup d’eau, puis il se remirent en route. Ichigo et Mado devaient aider le Shinas à marcher tant sa blessure l’handicapait.
Ils pénétrèrent dans la forêt Céleste et se mirent en marche au milieu des arbres. Roka, en tête, se demandait s’il allait retrouver le chemin qui menait au coeur de la forêt. Là où l’attendait sans doute Yû.
Je n’entends plus la voix de King of the Underworld. Je n’y arrive pas. Je n’ai pas la force, et mon âme s’y refuse. Que m’arrive-t-il ?
Chiyoko Wada. Je n’arrive plus à penser à autre chose. Cette bague. Où a-t-elle pu trouver cette bague ? Et comment peut-elle la porter ? Que cela signifie-t-il ? Je pourrais en parler à Ichigo, mais je suis sûr qu’il ne sait rien à ce sujet. Il m’en aurait parlé à lui-même.
J’ai peur.
Voilà. Pour la première fois, j’ai vraiment peur. Et c’est la peut qui paralyse mes sens. Je dois la dépasser.
Ne plus penser à ça. Rukia. Je dois revoir Rukia, et le capitaine Kuchiki.
Je dois retrouver la force au fond de moi. Reprendre espoir. Ne pas laisser le monde se jouer de moi. Je ne veux pas être un pion. Je ne veux pas être une victime. La victime de Chiyoko ou de Mizuchi. Je ne dois pas les laisser jouer avec ma vie, dicter ma conduite. Je dois reprendre le contrôle de moi-même. Il est temps, maintenant. Il est temps que je choisisse. Que je décide.
Je dois construire ma propre vie. C’est mon pied qui avance. Mon coeur qui guide mes pas. Ma volonté. Je dois choisir seul. Ne plus écouter ma peur, mais lui commander.
Je trouverai Yû. Je construirai ma route jusqu’à lui. Je bâtirai mon chemin. Je guiderai les Yokai jusqu’aux portes menant à Wapix. Par la force de ma volonté. Et je retrouverai Rukia.
Soudain, Roka s’arrêta. Ichigo et Mado l’imitèrent.
Ils étaient dans une partie fort dense de la forêt Céleste. Les arbres, de plus en plus serrés, laissaient peu de place pour leur passage. La lumière du soleil pénétrait difficilement dans le doit des branchages. Le sol était couvert de racines, de brindilles et de feuilles mortes.
Le Shinas, sans dire une seule parole, fit quelques pas sous le regard médusé de ses deux amis. Il se laissa soudain tomber sur les genoux, les bras le long du corps.
Il ferma les yeux et inspira profondément. Il se souvenait de ce geste.
Il plongea les deux mains dans la terre, agrippa le sol comme pour s’y retenir, et leva la tête vers la cime des arbres, paupières closes.
Ichigo fit signe à Mado de ne pas bouger. Il fit quelques pas de côté pour regarder Roka. Le Shinas était-il en train de succomber à sa blessure ? Non. Non, c’était bien ce qu’il pensait. Il l’avait déjà vu faire cela.
Soudain, le Shinigami écarquilla les yeux et recula de quelques pas. Devant lui, les arbres s’étaient mis à bouger, à prendre vie. Lentement. Quelques feuilles d’abord, puis les branches, comme soulevées par le vent. Elles s’écartaient, gracieuses, les unes après les autres, selon une ligne droite qui partait de Roka et s’enfonçait dans le coeur de la forêt. Les troncs eux-mêmes semblaient se mettre à glisser : c’était comme si la terre les repoussait, ouvrait une voie rectiligne, une allée parfaite au milieu des grands arbres. Les cimes aux couleurs d’automne se refermaient lentmeent au-dessus de cette avenue insolite et dessinaient une longue voûte orangée. C’était une haie d’honneur, de branches et de feuilles fauves, qui semblait s’allonger à perte de vue.
Ichigo, bouche bée, se dirigea vers Mado pour lui donner la main.
-Que... qu’est-ce qu’il se passe ? balbutiala jeune fille, terrorisée.
Le Shinigami serra sa main dans la sienne et essaya de lui faire un sourire rassurant.
-Ce n’est rien, c’est... c’est Roka, Mado. C’est, Roka, ne t’inquiète pas.
Puis lentement, le Shinas se releva au bord de l’allée magnifique. Il resta un long moment immobile, debout, majestueux, le dos tourné à ses deux compagnons. Puis il fit volte-face. Un sourire illuminait son visage. Ses yeux émeraude brillaient comme ils n’avaient pas brillé depuis longtemps.
-Je les ai trouvées, affirma-t-il en revenait vers eux. Les Yokai. Ils sont là. Dépêchons-nous !
Ils arrivèrent au tout début de la soirée au bout de la grande allée magnifique, au cœur même de la forêt Céleste. Ils avaient marchés toute l’après-midi vers cette lumière lointaine, et, derrière eux, les arbres s’étaient refermés après leur passage.
Ils s’arrêtèrent, éblouis par le spectacle fabuleux qu’offrit cette alcôve naturelle, et restèrent côte à côte, comme paralysés par sa douce splendeur.
C’était une clairière féerique, comme un tableau vivant, drapée de nuées bleues qui semblaient la placer hors du monde et du temps. Le sol de terre et de roche grise était couvert par endroit d’herbe verte et de petites fleur blanches. Une cascade d’argent coulait d’un haut rocher dans une petite rivière qui séparait en deux l’espace devant eux. De l’autre côté, ils étaient là, quelques dizaines : les Yokai. Eparpillées entre les arbres, allongées dans les herbes ou au sommet des rochers, immobiles, discrets, silencieux, la plupart avaient levé la tête quand ils étaient arrivés et les dévisageaient, sereins, résignés. On ne pouvait les voir tous, et certains, on les devinait seulement. Enfin, au milieu de la rivière, Zenkichi Yû se dressait, digne.
-Bienvenue prince Roka.
Le Shinas fit deux pas en avant, s’immobilisa de l’autre côté du cours d’eau, et salua Zenkichi Yû d’un geste de tête plein de respect.
-Je suis blessé, Yû, et mon âme avait bien du mal à vous rejoindre. Mais je suis ici, maintenant.
-Oui, tu es ici. Je savais que tu viendrais.
Le Shinas fit encore un pas vers lui.
-J’ai trouvé les portes menant à Wapix ! Nous partirons dès demain et vous pourrez enfin vivre éternellement dans la quiétude...
-Merci, prince Roka. Merci mille fois ! Ton nom restera à jamais gravé dans le coeur des Yokai. Et si tu le veux bien, nous partirons demain soir. La nuit nous est plus favorable.
-Bien sûr, Yû.
-Les portes, prince Roka, peux-tu me dire où elles se trouvent ?
-A Naharama.
Yû resta silencieux et immobile un long moment.
-Naharama... Oui ! J’aurais dû le comprendre depuis longtemps !
-Pourquoi ?
-C’est un endroit peu ordinaire... Enchanté. Je l’ai traversé, il y a très longtemps, et je l’ai jamais oublié. C’était donc cela... Oui, j’aurais dû comprendre. Je suis désolée, prince Roka...
-Ne vous inquiétez pas, à présent, nous sommes sûrs, et c’est tout ce qui compte. Demain soir, nous vous escorterons.
-Merci, fils de Sei. Il faut que tu te reposes, maintenant. Tes amis sont là, juste à côté. Ils t’attendent depuis plusieurs jours. Dépêche-toi !
-Rukia ?
Yû baissa lentement la tête, silencieux.
-Je suis désolé...
Roka acquiesça. Il s’était préparé. Il savait que les chances de Taro étaient faibles de parvenir à la retrouver.
C’était Mizuchi qui l’avait enlevée.
-Dépêche-toi, prince Roka. Tes amis t’attendent.
Yû se retourna et s’éloigna parmi les Yokai, de l’autre côté de la rivière. Un à un, ils disparurent au milieu des arbres, dans le brouillard épais.
Roka regarda un moment les silhouettes s’évanouir, puis il se retourna vers ses deux compagnons. Mado était tétanisée, la bouche entrouverte, et Ichigo, à côté d’elle, n’était pas moins ébahi.
Soudain, il y eut un craquement sur leur droite. Roka sursauta. Puis ses lèvres s’ouvrirent sur un large sourire. Taro était apparu au milieu des branchages.
-Taro ! s’écria Ichigo les bras grands ouverts.
Tôshirô Hitsugaya apparut à son tour, suivi de Wamura.
Ils se retrouvèrent tous autour de Roka et s’embrassèrent chaleureusement, le coeur empli de joie et de peine mélangées.
Roka présenta Mado à ses amis, et la jeune fille les salua timidement.
-Roka, nous... nous n’avons pas retrouvé Rukia, annonça Taro, d’un air accablé, dès que les présentations furent finies.
-Je sais, répondit le Shinas en soupirant. Je sais. Mais tout espoir n’est pas perdu. Je sais qu’elle est vivante. Je le sens...
Il prit la main de l’albinos au creux des siennes et la serra longuement, comme pour le rassurer et se rassurer lui-même. Et il adressa un sourire reconnaissant à Hitsugaya, à côté de lui. Puis il se tourna vers le Shinigami de la deuxième division.
-Et vous, Wamura ? Avez-vous réussi à trouver des personnes pour nous aider ?
Le Shinigami hocha la tête avec un sourire contenu.
-Oh oui ! Prince Roka ! Beaucoup plus que je n’aurais pu l’imaginer ! Ils sont rassemblés là-bas, dit-il en pointant son doigt vers le nord, dans notre campement. Nous sommes plus de cent vingt, prince Roka ! Cent vingt-quatre exactement !
-C’est formidable !
-Ils sont impatients de vous rencontrer ! Vous auriez dû voir leur visage quand ils ont vu Zenkichi Yû et tous les Yokai ! C’était... C’était incroyable ! Incroyable !
Roka lui tapa fraternellement sur l’épaule.
-Bravo, Wamura ! Je savais que je pouvais compter sur vous...
Puis il se retourna vers les autres.
-Nous partirons demain soir, mes amis, dès la tombée de la nuit. Et si je me suis pas trompé, les portes menant à Wapix devraient s’ouvrir dans trois jours. Et nous pourrons enfin sauver les Yokai. Allons, maintenant, présentez-moi ces jeunes Shinas et ces Shinigamis !
Ils repartirent tous ensemble vers le campement, abandonnant pour l’heure la grande clairière des Yokai.
-Capitaine Hitsugaya, je vous remercie d’avoir accompagné Taro...
Roka était assis sur une paillasse, dans une petite cabane que Wamura avait fait construire par les jeunes Shinas et Shinigamis. Il était épuisé et sa blessure le faisait souffrir de plus en plus, mais il essayait de ne pas le montrer à ses amis, tant ils semblaient heureux de pouvoir parler un peu avec lui.
Il avait passé une bonne partie de la soirée parmi les jeunes Shinas et les Shinigamis, les avait salués et remerciés un par un, et il était encore ému par la chaleur et l’enthousiasme que Wamura avait su cultiver parmi eux. Ainsi, ils avaient gagné leur pari. Ils avaient donné un sens nouveau à leur mission.
La clairière était calme et silencieuse maintenant, et Roka était seul avec ses amis à l’abri de cette cabane en bois. Ichigo et Taro discutaient dans un coin, se racontant sans doute mutuellement tout ce qu’il s’était passé depuis qu’ils s’étaient quittés, aux portes de Rewantis.
Le capitaine de la dixième division, assis près de Roka, le regardait d’un air embarrasé.
-Ne me remerciez pas, prince Roka. Je vous dois la vie. De plus, nous n’avons pas su retrouver Kuchiki...
-Vous avez fait ce que vous pouviez, capitaine, et je n’aurais pas fait mieux. Taro m’a expliqué que vous avez parcouru ensemble toute la région. Malheureusement, je crois que celui qui a enlevé Rukia était parti depuis longtemps, et vous n’aviez aucune chance de le rattraper...
-Prince Roka, je ne sais que vous dire, nous avons échoué...
-Ne dites pas de bêtises, capitaine. Je vous suis reconnaissant et je n’oublierai jamais.
Il serra vigoureusement l’épaule du capitaine Shinigami, puis rabaissa aussitôt la main. Sa blessure lui faisait atrocement mal dès qu’il bougeait le bras.
-Capitaine Hitsugaya, je veux que vous retourniez dès demain à la Soul Society, dit-il en grimaçant.
-Pardon ? Ne puis-je pas vous accompagner ?
-Non, les jeunes Shinas et Shinigamis exilés de Wamura seront bien assez nombreux pour me prêter main-forte. Vous avez mieux à faire au Seireitei.
-Comment cela ?
-Vous êtes attendu dans votre division.
-Mais cela peut attendre... Je serai plus utile à vos côtés !
-Non, capitaine. La Soul Society a besoin de vous.
-Très bien, prince Roka. Vous avez raison. Je partirai demain pour la Soul Society et nous nous retrouverons là-bas.
-Je serai heureux de vous revoir alors, capitaine Hitsugaya, car... Car j’aurai besoin des conseils des Shinigamis pour ce que je veux faire quand nous aurons sauvé les Yokai...
Ichigo et Taro, qui discutaient à voix basse, ne purent s’empêcher d’entendre la dernière phrase de Roka. Il se retournèrent vers lui avec le même regard intrigué.
-Et quelle est cette chose, oui, que tu veux faire ? demanda Ichigo d’une voix faussement détachée.
Un sourire se dessina sur la bouche du prince des Shinas.
-Je vois que vous avez l’oreille fine, Kurosaki ! se moqua Roka.
-Allons, quelle est cette chose que tu veux faire ?
-Nous en parlerons en temps voulu, mes amis. D’abord, nous devons accompagner les Yokai et retrouver Rukia.
-Ah non ! Ah non ! s’exclama le Shinigami remplaçant en feignant la colère. Pas de cachotteries, hein !
-Monsieur Roka joue les grands mystérieux ? surenchérit Taro en s’approchant lui aussi.
Mais au même instant, Roka se tordit de douleur. Sa plaie, comme chaque soir, l’éprouvait terriblement. Il posa ses mains sur son ventre et serra les dents en poussant un grognement.
Ichigo se précipita vers lui et le prit par la nuque.
-Ca va ?
-Ce n’est rien, murmura Roka, ça va passer.
De la sueur coulait sur son front et son visage était d’une blancheur inquiétante.
-Prince Roka, allons voir Yû...
Roka ferma les yeux, attendit que la douleur se calme un peu, puis il acquiesça et Ichigo l’aida à se relever. Ils sortirent de la cabane sous le regard inquiet de Taro.
Ils traversèrent ensemble la clairière. Roka devait s’appuyer sur l’épaule du Shinigami remplaçant pour ne pas tomber. Les jeunes Shinas et Shinigamis avaient allumé un feu au milieu du camp, et ils étaient encore une demi-douzaine assis autour des flammes alors que tous les autres, sans doute, s’étaient endormis. Ils virent arriver Roka, s’étonnèrent certainement de la voir si pâle, mais ils tournèrent discrètement la tête pour le laisser tranquille, comme Wamura le leur avait demandé.
Ichigo guida son ami jusqu’à la petite rivière, ils marchèrent lentement, car Roka manquait tomber à chaque pas, et ils s’assirent enfin ensemble sur le bord d’un rocher.
-Qu’est-ce... Qu’est-ce qu’il m’arrive ? balbutia Roka, complètement assommé.
-Tu as perdu beaucoup de sang, prince Roka...
-Je... ne vais jamais pouvoir marcher jusqu’à Naharama, souffla le jeune homme d’une voix angoissée.
-Allons, courage, prince Roka. Nous allons te soigner. Ne t’inquiète pas. Et si vraiment tu ne vas pas mieux, alors j’irai à ta place, j’accompagnerai les Yokai.
Roka grimaça. La douleur à présent montait jusqu’à sa poitrine et il avait du mal à respirer. La tête lui tournait et sa vie se brouillait de plus en plus. Il transpirait à grosses gouttes.
Ichigo le tenait par les épaules, et ils attendirent ainsi un long moment, immobiles. Roka était de plus en plus mal, ses yeux se fermaient tout seuls et il n’arrivait plus à bouger les bras. Et Yû n’arrivait toujours pas ! Ichigo essayait de masquer son inquiétude. Chaque fois que Roka rouvrait les yeux, il lui souriait d’un air réconfortant. Mais au fond de lui il était terrifié. Il se demandait si son ami allait pouvoir tenir jusqu’à ce que Yû revienne. Et quand bien même il serait là, saurait-il le soigner ? Rien n’était moins sûr. L’état de Roka s’était dégradé de jour en jour, et rien ne semblait pouvoir guérir sa plaie.
Soudain, le Shinigami remplaçant eut une idée et secoua Roka par l’épaule.
-Roka ! La plante ! Il faut que tu prennes la plante !
Le Shinas, fébrile, fit non de la tête.
-Allons ! C’est le meilleur moyen ! Elle guérit tous les maux, prince Roka, on dit même qu’elle peut ramener à la vie, un homme qui vient de la perdre !
-Non, balbutia Roka.
Sa voix était de plus en plus faible, et ses yeux perdus dans le vague.
-Non, répéta-t-il, je veux la garder. Nous devons la garder. Ichigo. Promets-moi.
-Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu es en train de mourir, prince Roka !
Les yeux de Roka se fermèrent lentement. Ses lèvres bougeaient à peine.
-Pour Rukia, murmura-t-il. Nous devons la garder pour Rukia.
-Roka ! s’écria le rouquin. Tiens bon ! Ne t’endors pas !
-Promets-moi, Ichigo. Quoiqu’il arrive, promets-moi.
-Tu es fou !
-Je t’en supplie.promets-moi, tu n’utiliseras pas la plante ! Garde-la. Garde-la pour Rukia... Je ne pourrais jamais dire au chef du clan Kuchiki que sa petite sœur est morte...
Ichigo poussa un cri d’horreur. Le visage de son ami semblait s’être fermé d’un seul coup. Ses yeux étaient devenus blancs, et son corps s’était vidé de toute force. Le prince des Shinas glissa lentement le long du rocher et s’écroula par terre.
Ichigo, les yeux emplis de larme, se laissa tomber sur les genoux, devant le corps inerte de son ami.
Je suis mort. Sans vie. Sans corps. Je ne suis plus qu’esprit.
Je n’ai plus mal. La mort m’a délivré de mon corps. De la souffrance.
Je suis bien. Je flotte dans un néant immense. Obscur. Vide.
Je ne ressens plus rien. Pas de douleur, pas de joie, pas de chaleur, pas de froid. Pas de temps. Pas de futur. Pas de passé.
Je suis mort. Simplement mort.
Je suis une âme paisible dans le monde des morts. Et ce n’est pas mon âme, non. Ici, il n’y a rien. Rien. Pas de montagnes, pas de ciel, pas de merle blanc. La paix, seulement. La fin de toutes les douleurs. La fin de toutes les choses.
Je suis bien. Je crois. Dormir pour l’éternité. Le repos, enfin.
Le calme, la solitude.
Mais Rukia ? Les Yokai ? Aurais-je donc failli ? Non ! Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas. Je ne dois pas les abandonner. Non ! Je ne peux pas partir. Je ne peux pas être mort !
Si je dois mourir, que ce soit en les sauvant !
Mourir, oui, mais que ce soit après avoir redonné vie aux Yokai ! Retrouvé Rukia. Je n’ai jamais rien voulu d’autre.
Oh, qu’ai-je fait ?
Pourquoi ai-je cédé à cet appel glacial ? Rukia, je suis réellement désolé ! Mais où es-tu, Rukia ? Si seulement tu voulais bien me guider !
Non. Je dois me débrouiller. Encore. Une dernière fois.
Je suis Roka. Dragons obscurs. Je suis un prince.
Non, je ne suis pas mort. Je ne peux pas être mort car je n’ai rien construit. Rien sauvé. Je n’ai fait que détruire ! Je n’ai entraîné que la mort autour de moi ! Non ! Je ne peux pas être mort. Pas encore.
Je dois vivre. Vivre encore un peu ! Retrouver le chemin de la vie.
Je dois ouvrir les yeux. Là. Mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas y arriver seul. Je suis si fatigué !
Je dois me concentrer. Et je dois la chercher. Là. Quelque part au fond de mon âme. Je dois l’écouter. L’entendre. La sentir, la suivre, la laisser me guider. La voix de King of the Underworld. Je dois écouter la voix de King of the Underworld.
Cet appel chaleureux. La petite lumière au creux de mon esprit.
La voix de King of the Underworld.
Je dois écouter la voix de King of the Underworld.