Gaku Koike arriva avec ses hommes au bâtiment de Rewantis au beau milieu de la nuit, quelques heures après que Roka et ses amis se furent enfuis.
Étant donné l’heure tardive, en entrant dans l’enclos il se demanda pourquoi il régnait une telle agitation et il alla tout droit vers le bâtiment principal, devant lequel étaient réunis plusieurs Shinigamis.
-Que se passe-t-il ? demanda-t-il.
Les hommes rassemblés devant le grand bâtiment lui lancèrent des regards surpris. Ils ne s’étaient certainement pas attendus à voir arriver le Capitaine Koike. C’était une nuit étrange, et tous semblaient fort mal à l’aise.
-Capitaine, répondit finalement l’un des hommes en s’avançant vers lui, nous... Nous venons d’être cambriolés par... Par...
-Par qui ? pressa Koike, impatient.
-Par le prince des Shinas Roka...
Le capitaine Koike resta bouche bée. Roka avait cambriolé les bâtiments de Rewantis ? C’était une plaisanterie ! Il n’arrivait pas à y croire. C’était trop énorme ! Le Shinas se moquait-il de lui ? Ou bien les Shinigamis se trompaient-ils ?
-Êtes-vous bien certains que c’était le prince Roka, le Shinas ?
-Oui, affirma le Shinigami d’un air confiant, et il y avait aussi le Shinigami Ichigo, avec lui... En s’échappant ils ont blessé deux de mes hommes. Et je les ai vus de mes propres yeux.
Alors il n’y avait pas de doute possible. Mais c’était tellement incroyable ! Ce jeune homme qu’il pourchassait était venu le narguer sur son propre terrain ! Cela n’avait aucun sens !
-Et qu’a-t-il cambriolé exactement ? demanda Gaku en jetant un coup d’oeil alentour.
-On ne sait pas encore capitaine, mais nous l’avons surpris avec ses complices à l’intérieur du bâtiment en croix.
-Dans le bâtiment en croix ! C’est un pilleur ?
-Il faut croire, capitaine...
Gaku Koike éclata aussitôt de rire. Tout cela était complètement grotesque ! Absurde ! Il n’arrivait pas à comprendre ce qui avait pu inciter le prince Roka à prendre un risque si énorme. Le défi ? Non. C’était sûrement autre chose. Quelque chose dans le bâtiment. Qu’était-il venu chercher ici ? Des reliques ? Le temple Kyu-Sento-Ji ? Oui. Pourquoi pas ? C’était le plus ancien chef-d’œuvre offert par les jeunes Shinas. Peut-être voulait-il reprendre cette sculpture symbolique.
-Le temple Kyu-Sento-Ji est-il toujours là-haut ? demanda Koike.
-Oui, capitaine. Mais... Mais ils étaient effectivement devant quand notre homme les a surpris. Vous pensez qu’ils essayaient de voler le temple ? Ils n’étaient pas assez nombreux pour ça, capitaine ! Le temple est beaucoup trop lourd...
-C’est peut-être pour ça qu’ils ne l’ont pas dérobé. Ils ne s’attendaient peut-être pas à un chef-d’œuvre de cette envergure... Je ne sais pas, moi ! A vous de mener l’enquête !
-C’est ce que nous faisons.
Soudain, les hommes rassemblés devant l’entrée regardèrent par-dessus l’épaule du capitaine Koike. Quelqu’un arrivait derrière lui.
Gaku Koike se retourna et reconnut Otoe Habu, un ancien capitaine Shinigami exilé comme lui.
-Capitaine Koike ! Je suis très, très surpris de vous voir ici, vous et vos hommes...
-Et la bonne nuit à vous aussi, railla le capitaine Gaku. Mais, après ce qu’il vient de se passer ici, plus rien ne devrait vous surprendre...
-Vous avez quelque chose à voir avec tout cela, Koike ?
-Que voulez-vous dire, capitaine Habu ? s’offusqua Koike.
-Vous arrivez quelques instants à peine après cette mésaventure...
-C’est que nous poursuivions le prince Roka qui a aidé un capitaine Shinigami à s’évader lors d’une exécution...
-Une exécution ? Mais que faisiez-vous là-bas ?
-Habu, je vous conseille de changer rapidement de ton, car vous allez me mettre en colère. Je suis le capitaine Gaku Koike, je vous le rappelle, et je ne pense pas qu’il soit convenable que vous me parliez ainsi. Je vous donnerai les raisons de ma présence ici plus tard et en un autre lieu.
-Vous ne croyez pas si bien dire, Koike.
Roka tremblait. Ses jambes semblaient prêtes à défaillir. Il s’appuya contre un arbre et, bouche bée, regarda encore la personne qui les avait suivis.
Il était certain de la reconnaître. Mais il ne pouvait l’accepter. Son esprit refusait de croire ce que ses yeux voyaient.
Ces cheveux blonds bouclés. Cette bouche fine et céleste. Ces yeux d’un turquoise. Cette allure fébrile et élégante à la fois. Cela ne pouvait être qu’elle. Et pourtant il ne pouvait l’admettre.
Emi. Ici, devant lui. Comme un fantôme surgi au milieu de la nuit.
Roka cligna des yeux et avala sa salive. Mais le visage de sa bien-aimée était toujours là. Non. Il ne rêvait pas. C’était bien elle, cachée derrière ce masque de cuir. Sa bien-aimée. Sa belle amante, si fragile, si douce, si silencieuse. Comment était-ce possible ? Comment pouvait-elle être là, vivante ? Immobile, droite, mais vivante.
Il hésita, abasourdi, puis il avança vers elle, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte. Elle s’était arrêtée et le dévisageait à présent.
Ichigo, derrière eux, s’était rapproché de Mado, et ensemble, ils observaient la scène sans vraiment comprendre.
-E... Emi ? bégaya Roka, perplexe. Ce... Ce n’est pas possible...
La jeune femme fit un geste de la tête pour chasser ses cheveux derrière ses épaules. Mais elle ne le quitta pas des yeux. De ses yeux turquoise perçants.
-C’est bien moi, Roka.
-Mais... Je... Tu...
Le Shinas n’arrivait pas à trouver ses mots. Il avait vu les corps dans la rue. Comment pouvait-elle être là ?
-Je croyais que tu...
-Tu n’es pas venu me chercher, Roka, coupa la jeune femme d’une voix pleine de haine.
-Comment ça ? Je... Je ne comprends pas...
-Tu nous as abandonnés, Roka. Tu nous as laissés mourir sous les coups de tes propres bourreaux. Et Erèbe a brûlé, à cause de toi.
Roka n’en revenait pas. C’était bien sa voix. La voix de sa bien-aimée. Mais elle avait changé. Elle était devenue amère et froide. Glaciale même.
-Je... Je ne puvais pas savoir. Je suis revenu, et...
-Ne mens pas. Tu n’es pas revenu, Roka. Je t’ai attendu. Longtemps.au milieu des flammes. Regarde.
Elle arracha d’un coup le masque de cuir de son visage pour dévoiler ce qu’il cachait. Ses brûlures horribles. Sa peau en lambeaux. Roka ne put retenir une grimace. Sa bien-aimée ! Emi, si belle... Défigurée ! Les flammes avaient emporté la moitié de son beau visage.
Il essaya de se ressaisir. Elle était vivante ! Vivante ! C’était tout ce qui comptait !
-Emi... Je suis désolé, je suis réellement désolé, dit-il en s’approchant d’elle.
Il aurait voulu l’embrasser. La prendre dans ses bras. La serrer contre lui, très fort, comme il l’avait fait jadis. Lui dire qu’il l’aimait. Qu’il ne la quitterait plus jamais. Mais elle recula.
-Désolé ? Tu es désolé ? Il est un peu tard pour ça, Roka ! Tu as laissé mourir tellement de Shinas au milieu des flammes ! Et tu m’as abandonnée, moi ! Ta fiançée ! Moi qui t’admirais tant ! Moi qui croyait en toi, qui t’ai toujours tant aimé, même quand tous les autres te rejetaient. Comme j’étais naïve ! Tu es un démon, Roka ! Un démon ! Pourquoi n’es-tu pas venu ?
-Je croyais...
-Je t’ai attendu ! Je pensais que tu viendrais ! J’en étais tellement sûr ! Je ne méritais pas d’être sauvée ?
-Pas du tout... Emi... J’ai cru que tu étais morte... Dans les flammes...
-Tu as cru ? Mais comment ? Tu n’es même pas venu voir ! Si tu étais venu, Roka, tu m’aurais trouvée, là, qui t’attendais.
Roka se mordit les lèvres. Il ne savait plus que dire.
-Ecoute, Emi, je...
-Tais-toi ! coupa la jeune femme. Je ne veux plus entendre tes mensonges ! Je vais te dire pourquoi je suis ici. Cela fait deux jours que je vous suis, Roka. Je vous ai suivis dans Rewantis, et je vous ai suivis aux bâtiments des Shinigamis. J’ai attendu, et quand je vous ai vus vous enfuir, je me suis dit qu’il était temps. Temps que je fasse ce que je suis venue faire.
-De quoi dois-tu me parler ?
-Cela n’a aucune importance, Roka. Mais je sais moi, maintenant. Je sais qui tu es vraiment. Je connais ton vrai visage.
-Emi, je ne comprends pas...
-Tu n’as pas de coeur, Roka. Le démon n’a pas de coeur. Il ment. Il trompe. Il trahit. Tu ne m’as jamais vraiment aimée.
Roka sentit les larmes monter à ses yeux. Il devait lui dire, lui expliquer. Lui faire comprendre. Il l’aimait plus que tout au monde. Il se souvenait encore de son visage, de son regard. Comme elle lui avait manqué !
-Emi, je...
-J’attends ce moment depuis longtemps, coupa la jeune femme en baissant la tête d’un air menaçant. Depuis trop longtemps.
Un sourire se dessina sur ses lèvres. Un sourire terrible. Qui cachait plus de folie et de haine que Roka n’en avait jamais vu. Et soudain, Emi se précipita en courant. Elle fonçait sur Roka comme une guerrière. Emi hurlait, les yeux rivés sur son amant.
Le prince des Shinas eut à peine le temps de s’écarter. A peine le temps de comprendre. Il fut projeté au sol, violemment. Il se cogna la tête par terre et perdit connaissance l’espace d’un instant.
Quand il rouvrit les yeux, il vit Emi qui courait d enouveau vers lui, un couteau à la main. Il se leva péniblement et marcha à reculons en tendant les mains vers sa bien-aimée, mais elle se jeta sur lui et lui envoya un coup de couteau dans le ventre. Roka n’eut pas le réflexe d’esquiver. Il était tellement désemparé. Tellemetn perdu ! Il voulait tant la prendre dans ses bras! Lui demander pardon !
La lame s’enfonça dans son ventre, jusqu’à la garde, puis Emi la ressortit d’un coup sec. Roka hurla de douleur et se laissa tober par terre. Emi se précipita vers lui et s’agenouilla sur son torse. Elle colla la pointe ensanglantée de son couteau sous le cou de son amant et le dévisagea.
Je vais te voir mourir. Lentement.
Ses yeux étaient ceux d’une folle. Rouges de jaine et de démence. Avides d’un meurtre libérateur. Tant attendu.
Tu vas payer pour nous tous, Roka. Enfin. Payer pour tous ceux qui sont morts à cause de toi et à qui tu as tourné le dos.
Elle posa lentement sa deuxième main sur le manche de son couteau, puis elle se pencha vers lui.
-Tu as raison, Roka, chuchota-t-elle d’une voix soudain calme et sereine. Tu as raison. Je suis morte. Je suis morte ce jour-là. La jeune femme que tu connaissais n’existe plus. Celle qui croyait en toi. Celle qui t’aimait. Elle est morte. Pour toi. Par toi. Dans la douleur.
Elle ricana.
-Et aujourd’hui, c’est toi qui vas mourir. Je vais voir ton corps idiot, allongé dans la terre, la peur dans ton regard partie depuis longtemps. La mort, la mort, que rien ne peut changer...
Roka sentit la lame appuyer de plus en plus fort sur sa gorge. Il sentit le liquide chaud couler dans son cou. Son propre sang. Il ne pouvait rien faire. Il ne voulait rien faire. Sa fiancée avait raison. Il ne méritait que la mort. Comment avait-il pu faillir ainsi ? La laisser souffrir au milieu des flammes ?
Les larmes coulaient sur ses joues. Se mêlaient au sang le long de sa nuque. La vie n’avait plus d’importance. Il voulait en finir. Oublier. Tout oublier. Cette peine, cette douleur, cette trahison.
Il ferma les yeux, ses paupières chassèrent les dernières larmes, et aussitôt il sentit un choc terrible.
Il était mort.
Egorgé. Enfin. Libéré. Libre.
Non. Ce n’était pas possible. Son coeur lui faisait encore mal. Sa gorge était toujours nouée. Il respirait. Il entendait son souffle pénible, irrégulier. Et, soudain, il sentit le corps d’Emi glisser d’un seul coup. Et il entendit le bruit sourd de sa chute tout contre lui. Il ouvrit les yeux et vit sa fiancée, les paupières grandes ouvertes, allongée sur lui, la tête posée sur son épaule, les mains étendues dans la terre. Un coup de sabre. Une dernière grimace sur ses lèvres.
Et ces yeux ! Ces yeux ! Terrifiés. Suppliants. Désespérés. Mais sans vie, cette fois. Sans vie, et à jamais.
Roka perdit beaucoup de sang avant qu’Ichigo ne parviennent à arrêter l’hémorragie de sa blessure au ventre. Adossé contre un arbre, il pleurait, comme il l’avait fait toute la nuit, et Mado à son côté lui tenait tendrement la main.
Ichigo revint quelque temps après le lever du soleil, les mains noires de terre et le front en sueur. Il avait creuvé lui-même une tombe pour celle qu’il avait dû tuer, et l’avait enterrée derrière une petite futaie, à quelques pas de là.
-Je... Je suis désolé, prince Roka, dit-il en s’agenouillant près du Shinas.
Roka avait tellement pleuré que ses yeux étaient maintenant rouges et gonflés. Il n’avait pas prononcé un seul mot depuis la mort d’Emi, et son corps, de temps en temps, était subitement secoué par de nouveaux sanglots.
-Je suis vraiment désolé, répéta le Shinigami en posant une main sur l’épaule du jeune homme. Je... J’aurais dû essayer de la repousser, simplement. De m’interposer. Mais j’ai vu sa lame s’enfoncer dans ta gorge, et j’ai pris peur. C’était ta vie ou la sienne, prince Roka... Je... Oh, je suis réellement désolé !
Le Shinas secoua lentement la tête. Ichigo n’y était pour rien. C’était sa faute, à lui. Sa faute. Emi avait raison : il l’avait abandonnée. Mais maintenant... Maintenant il allait devoir vivre avec tout cela sur la conscience... Et c’était insupportable. C’était trop. Beaucoup trop pour lui.
-Je ne pouvais pas, non, la laisser te tuer, prince Roka. Nous devons continuer. Nous devons rejoindre Yû... Je... Je ne pouvais pas. Ecoute-moi. J’ai trouvé le nom de l’endroit où se trouvent les portes menant à Wapix. Nous devons continuer, prince Roka.
-Non, murmura le jeune homme sans relever la tête. Non. Cela n’a plus aucun sens. Je ne peux plus.
-Comment ça, tu ne peux plus ? Tu ne vas pas rester ici, là, au pied de cet arbre ! Allons! Prince Roka ! Nous devons au moins retrouver Rukia !
-Laisse-moi.
-Non, prince Roka, nous...
-Laisse-moi ! hurla Roka en repoussant le Shinigami.
Ichigo tomba à la renverse. Il resta bouche bée un instant, puis il se releva lentement.
Le Shinigami s’écarta, la tête naissée, et disparut de l’autre côté des arbres. Roka ne le regarda pas partir. Il n’entendait plus. Il ne voyait plus, il sentait plus. Son coeur et sa tête étaient plongés dans un néant immense. C’était comme si le monde s’éloignait lentement de lui et qu’il sombrait dans un gouffre infini dont il ne pourrait plus jamais sortir.
-Allons ! Prince Roka ! chuchota Mado à côté de lui. Votre ami à raison. Vous devez vous reprendre ! Votre bien-aimée... Votre fiancée, je crois, est mieux ainsi. Je crois... Je crois qu’elle voulait peut-être mourir. Vous ou elle, pour elle, cela n’avait plus d’importance... Elle voulait en finir, n’est-ce pas ? Mais vous... Il y a, je crois, des gens qui comptent sur vous, prince Roka.
Le Shinas ferma les yeux. Il ne voulait pas entendre la jeune fille.
-Vous ne pouvez pas les abandonner, continua-t-elle. On parle de vous partout. Vous représentez tant, pour tant de gens. Même moi, j’ai entendu parler de vous, à Rewantis. Et puis il y a votre amie, cette Rukia. Ichigo dit que vous devez la retrouver. C’est... C’est une très bonne amie n’est-ce pas ?
Mais il ne répondit pas. Les larmes, encore, furent sa seule réponse.
-Vous ne pouvez pas l’abandonner, celle. Et puis, les Yokai... On dit que vous parlez aux Yokai... C’est vrai, n’est-ce pas ?
Roka resta silencieux. Il ne bougeait pas, ne pleurait même plus. C’était comme s’il avait perdu connaissance.
-Tout ce que nous avons fait dans les bâtiments des Shinigamis renégats, c’était pour les Yokai, n’est-ce pas ? Vous n’allez pas les abandonner, les Yokai ! Prince Roka ! Vous m’entendez ? Vous ne pouvez pas les abandonner !
-Et moi ? lâcha enfin Roka en redressant soudain la tête. Hein ? Et moi ?
Il regarda la jeune fille droit dans les yeux.
-Ne m’a-t-on pas abandonné, moi ? demanda-t-il d’une voix étranglée. J’ai vu ma fiancée mourir par deux fois. Deux fois ! Tu comprends ? Par deux fois ma fiancée est morte à cause de moi ! Par deux fois j’ai perdu l’être qui m’était le plus cher au monde...
Il laissa à nouveau retomber sa tête entre ses épaules et se remit à pleurer.
Mado passa une main derrière son cou et posa l’autre sur son bras.
-Prince Roka. Je... Je veux bien être votre amie, moi.
Le prince des Shinas prit la jeune fille dans ses bras et sanglota contre elle. Comme un enfant. Et elle le serra contre lui. Comme une sœur. Et elle était sincère.
Ils restèrent ainsi longtemps, jusqu’à ce que les pleurs de Roka se fussent complètement arrêtés. Et plus longtemps encore.
Ichigo, seul parmi les arbres, écoutait les bruits des chants des oiseaux, les yeux fermés. Ses chants étaient d’une beauté unique et glissaient le long de la terre comme le chant d’une sirène sur les flots. Tristes et réconfortantes à la fois. Il était triste. Profondément triste. Parce qu’il partageait la peine de Roka.
-Comment s’appelle cet endroit où sont les portes menant à Wapix ?
Le Shinigami sursauta. Il ne les avait pas entendus approcher. Il se retourna et sourit au Shinas. Le jeune homme se tenait le ventre. Il semblait souffrir de sa blessure, mais son regard avait retrouvé un peu de vie. Et la jeune fille à côté de lui souriait.
-Alors, prince Roka, tu es prêt à repartir ? s’enthousiasma le Shinigami.
Roka haussa les épaules.
-Oui. Je suis désolé. Je me suis comporté comme un égoïste. Je ne vais pas passer le reste de ma vie à pleurer comme un enfant...
-Tu es un homme, puisque tu pleures...
Les deux amis se sourirent chaleureusement.
-Où sont les portes, Ichigo ? demanda Roka à nouveau.
-A Narahama. Les portes sont dans une ville qui s’appelle Narahama. C’est ce qui était écrit sur le temple Kyu-Sento-Ji, en tout cas.
-Tu sais où cela se trouve ? demanda Roka.
Le Shinigami fit une grimace.
-Aucune idée ! Mais nous trouverons sûrement...
-Moi, je sais ! intervint Mado.
Roka se tourna lentement vers elle.
-Et où se trouve Narahama, précisément ? demanda Ichigo, impatient.
-A l’ouest de la forêt Céleste, près de la côte.
-A quelle distance de la forêt Céleste ? insista-t-il.
-Je ne sais plus trop, assez loin je crois. Mais j’étais toute petite, la dernière fois que je suis allée là-bas.
-Ce n’est sans doute pas un hasard, n’est-ce pas prince Roka ? Si Yû est déjà près de cet endroit. Tout est lié.
Roka acquiesça.
-Bien, alors, je crois que nous devons nous mettre en route, prince Roka. Et Wamura sera là aussi. Et Taro. Rukia, peut-être aussi. Nous devons y aller.
-Mado ? demanda Roka. Tu... Tu veux retourner à Rewantis ? Et puis je vais te donner l’argent que je t’ai promis, avec ça, tu seras tranquille bon moment.
La jeune fille parut vexée.
-Prince Roka ! Je... Je préférerais vous accompagner.
Le Shinas prit la main de la jeune fille.
-Cela me ferait très plaisir, Mado. Très plaisir. Mais tu sais que cela risque d’être dangereux...
-Vous n’allez pas me répéter ça toute la vie, tout de même ?
-D’accord, répondit le prince des Shinas. Mais à une seule condition ?
-Laquelle ?
-Tu arrêtes de me vouvoyer
Mado sourit.
-Je crois que c’est dans mes cordes !
-Alors, Ichigo a raison. Nous devons nous mettre en route.