Épisode 12 : Marauders
Par Myfanwi
Après quelques heures de repos et un nouveau stock d'équipements, les survivants se tenaient prêts à repartir en compagnie de McGrégor, leur nouvel allié. Occupé à écrire, il continuait de discuter, penché sur son carnet.
— Vous, je sais qui vous êtes parce que Jensen m'a beaucoup parlé de vous, et il vous trouvait très sympathique...
— Surtout le chien, grogna Jessica.
— C'est cela, dit-il en orthographiant Canigou avec un K à la place du C. Mais vous... poursuivit-il en levant la tête vers le capitaine Harrisson.
L'homme leva les mains pour montrer qu'il n'était pas vexé et sourit pour le rassurer.
— Je comprends. Nous avions un accord : tant que vous n'avez pas confiance en ma démarche et en mon honneur, mon honnêteté vis-à-vis des Maraudeurs, je n'ai pas accès à votre base. Votre fameuse « Arche ». Aucun problème.
— Ravi que vous le preniez comme ça, dit l'homme avec un sourire. Vous pouvez rester ici, je vous rejoins dès que possible. Quelqu'un d'autre souhaite rester ici ?
Le silence qui suivit lui confirma la détermination de ses nouveaux compagnons. Ils n'avaient pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin, mais à différents niveaux de confiance. William savait, par exemple, que le bruit des chaines à l'extérieur était plus important qu'il y avait deux jours. Cela présageait un comité d'accueil à leur sortie du bâtiment. Comme leur avait expliqué Harrisson, les morts-vivants attachés au bout des morceaux de métal servaient principalement d'intimidation. Il n'était pas vraiment possible d'utiliser les morts comme une arme fiable sans risquer soi-même sa vie, mais cela faisait une diversion efficace.
Jessica ouvrit la marche, Canigou sur les talons, toujours ravis d'accompagner le groupe à l'aventure. Le reste du groupe suivit, lui faisant confiance comme toujours pour faire ce qu'il fallait. Djamina, la dernière arrivée, fermait la marche, son fusil sniper dans les mains. La militaire s'arrêta à la porte, sur ses gardes, et leva une main pour freiner ses compagnons. Dans la brume, de nombreuses silhouettes avançaient péniblement, accompagnées de grognements caverneux. Des cliquetis de chaînes résonnaient autour d'eux. Comme Harrisson l'avait prédit, ceux qui les attendaient dehors tenaient les morts en laisse, prêts à les lâcher sur eux au moindre mouvement suspect.
Dès qu'ils les aperçurent, les zombies commencèrent à ruer pour les atteindre dans un concert de hurlements. Jessica aperçut des formes en combinaison à l'autre bout des chaînes, impassibles. Pour une raison qui lui échappait, ils continuaient de retenir les morts, formant un couloir libre qui longeait le mur. Ces hommes les dirigeaient là où ils le voulaient. Cependant, ils n'avaient pas exactement le choix. Avec prudence, elle se colla contre le mur et progressa. Derrière elle, Canigou produit un long grognement, peu rassuré.
Pour les libérer un peu, Djamila se positionna à une fenêtre et visa un des meneurs. La balle le toucha au genou et il s'écroula au sol dans un cri. Le bruit alarma les zombies qu'il tenait en laisse. Ils se retournèrent et convergèrent tous vers lui afin de lui réserver un sort qui n'était pas des plus heureux. Jessica en profita pour partir en courant et détourner l'attention des morts. Comprenant le signal, les autres se dirigèrent vers une fenêtre plus au nord pour s'échapper loin des regards et aller chercher la voiture.
William, en tête, passa un morceau de sa tête pour observer dehors. Un autre de leurs agresseurs attendait, une arme à la main. Le scientifique grogna.
— Djamila ! Quelqu'un nous tient en joue ici !
La snipeuse releva la tête. Jessica semblait se débrouiller seule et continuait d'abattre des zombies. Elle abandonna son poste pour rejoindre la fenêtre où les autres patientaient, nerveux.
— Ils sortent par le nord ! cria le tireur derrière la fenêtre. Repositionnez-vous plus haut ! Je répète : ils sortent par le nord !
Jessica tira en l'air en repérant un mouvement de foule pour recentrer l'attention des morts sur elle. Elle commençait à s'inquiéter. La situation devenait dangereuse. Elle lança un regard nerveux derrière elle. À travers la fenêtre brisée par Djamila derrière elle, elle pouvait voir des morts qui commençaient à s'engouffrer dans la pièce d'à côté, dans le bâtiment. Bientôt, elle n'aurait plus aucune retraite.
Djamila fit face à l'autre tireur. Celui-ci tenta de lever son arme vers elle, mais elle fut plus rapide. La balle se logea entre les deux yeux et il s'écroula au sol, immédiatement recouvert de morts affamés. Ce fut le signal que Jessica attendait. Elle plongea dans la vitre et atterrit difficilement dans la pièce où les autres se trouvaient encore quelques minutes plus tôt. Des mains réussirent à lui saisir les jambes avant qu'elle n'ait le temps de se relever. Elle garda son sang-froid et donna de grands coups de pied pour se dégager et s'éloigner au plus vite des mâchoires qui claquaient à quelques centimètres de sa peau. Elle eut beau se débattre, les monstres continuaient de la traîner vers la horde. Pour la première fois depuis le début de l'apocalypse, elle se sentit véritablement en danger de mort.
Par chance, Djamila s'aperçut rapidement de la situation. Elle déboula dans la pièce. D'une main, elle abattit les zombies les plus proches et de l'autre, elle saisit la militaire par le bras pour l'aider à reculer. Tant bien que mal, Jessica se dégagea et se remit sur ses jambes. Elle tira une grimace : le passage dans le verre avait laissé de grandes entailles partout où la peau était encore visible. Elle devrait soigner ça plus tard.
Pendant ce temps, les autres passèrent au-dessus de la fenêtre. Djamila lâcha Jessica et, excitée, elle sauta à travers la vitre qui s'était reclaquée. À la traîne, la militaire derrière elle mit plus du temps pour les rejoindre, essoufflée et fatiguée par son bain de zombies. Les autres continuaient d'avancer, lui jetant régulièrement des regards inquiets. Les rangées de morts se rapprochaient dangereusement et menaçaient de la laisser coincée.
Dans la panique, Djamila regarda la lampe dans sa main et, sans réfléchir, la lança dans le tas de zombies. En se répandant, l'huile s'embrasa et mit le feu à quelques morts-vivants. Jessica serra les dents et profita de cette diversion inespérée pour continuer d'avancer. Elle retrouva ses compagnons devant le van.
Poussés par l'euphorie d'avoir réussi à échapper au bâtiment, personne ne s'aperçut en approchant du coin de rue qu'un Maraudeur se trouvait là. Il leur sourit méchamment avant qu'un cliquetis ne résonne, tout proche. En quelques secondes, la rue se mit à dégueuler des morts-vivants. Le piège venait de se refermer sur les survivants. William, qui était pour une fois en tête, freina brusquement. Il heurta Canigou, qui venait de passer devant lui et tomba au sol. Dans une tentative de l'aider, le chien, galvanisé par l'agitation, courut dans la horde en aboyant, sous le regard consterné du vieillard qui voyait déjà sa dernière heure arriver.
— Ce n'était pas le plan, souffla MacGrégor en courant vers le van sans se retourner.
Rien, absolument rien ne se passait comme prévu. William agita les mains, trop gentil pour l'insulter, alors que l'homme venait copieusement de l'ignorer pour continuer sa route. Heureusement pour lui, Djamila, toujours sous caféine, déboula dans la rue. Sans réfléchir, elle leva son fusil et fit feu, traversant le crâne des deux zombies les plus proches de William. Elle courut vers le vieillard, et comme avec la militaire plus tôt, lui attrapa un bras et le tira hors des mains baladeuses des morts. Jessica, toujours à la traîne, continuait d'avancer malgré la horde se refermant sur elle, concentrée. Elle pouvait le faire. Elle savait qu'elle pouvait s'en sortir.
— Canigou ! hurla William.
Le chien se retourna. Un zombie lui attrapa les poils, mais il mordit un grand coup et se dégagea. Il courut vers ses irresponsables de propriétaires. William tendit les clés de la voiture à MacGrégor qui plongea dans le véhicule. Il ne restait que Jessica à sauver. Djamila posa son fusil sur son épaule et pointa vers la horde pour libérer un passage. Malheureusement, la balle rata. Néanmoins, par chance, un zombie trébucha, faisant trébucher tous ceux derrière lui dans un chaos désordonné. Djamila tendit la main vers Jessica et la tira vers elle.
Alors qu'ils espéraient enfin s'en sortir, le bruit d'un moteur les alerta. MacGrégor leur lança un regard désolé avant de faire tourner le van vers la route, visiblement décidé à les abandonner derrière.