Les Survivants - Saison 2

Chapitre 11 : Revelations

Par myfanwi

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Épisode 11 : Revelations

Par Draco Nocte


Jessica, en bas des escaliers, avait entendu d'étranges voix parler de la présence de Maraudeurs et de celle d'une organisation. Elle-même s'interrogeait sur ce qui se tramait, ayant été longtemps isolée. À court de munitions, elle restait tout de même la personne la plus vigoureuse — et, selon elle, la plus compétente — au sein du groupe.


En haut de l'escalier, deux personnes semblaient converser, l'une était relativement décontractée, tandis que l'autre semblait plus stricte, voire autoritaire. Jessica sortit alors son arme. Même sans munitions, celle-ci constituait un bon moyen de pression. Elle commença à lentement monter les marches, évitant les encombrements mis là pour tenir à distance les morts. Efficace contre aussi bien contre les morts que contre elle, car elle ne réussit pas à débloquer la porte. Pire que ça, elle avait fait tomber des débris, ce qui avait attiré l'attention sur elle. Foutu pour foutu, elle décida de passer la porte en force et, à travers l'ouverture entrebâillée, pointa son arme sur une des deux personnes.


— Ah ah ah, pas de geste brusque ! » leur somma-t-elle alors que l'individu juste en face avait également pointé son arme sur elle.


Devant elle se tenait deux hommes, un noir au physique baraqué qui la tenait en joue avec un plus gros calibre que le sien, et un blanc au regard circonspect qui tenait un paquet de friandises et piochait lentement en fixant la militaire.


— C'est pas la plus grosse que j'ai vu dans ma vie, dit Jessica vis-à-vis de l'arme de son interlocuteur, ce qui eut pour effet de lever un des sourcils du visage auparavant inexpressif de ce dernier.


— L'un de nous deux va y rester, il va vite falloir prendre ta décision, jeune fille, lui répondit-il calmement.


— On va baisser notre arme tous les deux en même temps, enchaîna Jessica. Je ne suis pas venue causer de trouble.


— T'es qui ? lui demanda-t-il froidement.


— Jessica. Je fais partie d'un groupe de survivants qui cherche un endroit où s'installer.


— C'est pas moi qui décide, dit-il en se tournant vers son compagnon flegmatique qui grignotait toujours.


— C'est mauvais pour les dents, lui marmonna Jessica.


Djamila, allongée dans une baignoire qui lui servait de lit de fortune, se remémorait quelques souvenirs. Tout était confus dans sa tête, mais elle se rappelait avoir fait naufrage après avoir quitté l'île, puis erré jusqu'à ce que quelqu'un la ramasse. Par chance, malgré toute cette histoire, elle avait réussi à garder sa précieuse arme avec elle. Par automatisme, elle en vérifia l'intégrité et constata avec embêtement qu'elle était à court de munitions. Une voix la sortit de son mi-sommeil. Cette voix, c'était celle de Jessica. Elle faisait partie de la même communauté qu'elle sur l'île.


Assistant à la scène plus loin dans la pièce, elle se figea tout d'abord, son fusil contre elle. Malgré son immobilité, Jessica semblait avoir remarqué sa présence.


— Écoutez, je crois que c'est cette dame qui raison, dit-il en parlant de la militaire. Il faut qu'on se calme bien.


— Oui, on va tous baisser nos armes, et ça va bien se passer, affirma Jessica. 


L'homme chétif se tourna vers son compagnon à priori militaire.


— Octave, si vous voulez gagner notre confiance, il va falloir baisser les armes. Vous êtes un... tout petit peu d'humeur électrique. Il va falloir tempérer un peu.


— Vous êtes militaire ? intervint Jessica en s'adressant à l'homme dont il était question.


— En quelque sorte, oui, répondit-il, toujours sur la défensive.


— Nationalité ?


— Américain.


— Forces spéciales ou Armée de terre ?


— Armée de terre... jadis.


— Ah, je fais partie de l'Air Force, on ne va pas se tirer dessus, argua la jeune femme.


— Je ne suis pas là pour ça, en effet, lui répondit-il toujours aussi impassible.


— Dans ce cas-là, à trois, on baisse nos armes en même temps. 


Un... Deux... Trois. À la fin du décompte, ils baissèrent leurs armes respectives, faisant redescendre la tension d'un cran.


Djamila, au fond de la pièce, se leva tout doucement avec ses mains et son arme bien en évidence, marquant de cette manière ses intentions pacifiques.


— Excusez-moi... est-ce qu'on peut m'expliquer ce qui s'est passé ? demanda la Tunisienne en sortant de sa baignoire. 


Après tout ce qu'il avait vu, William n'était pas rassuré. Au loin se tenait une silhouette menaçante, avec une tenue hamza et un masque à oxygène. À côté de lui se trouvait la femme enceinte qui surveillait les environs avec l'aide de Canigou. Tout autour d'eux, des bruits de chaines se faisaient entendre et se réverbéraient, s'approchant d'eux.


— Je sais que ça va être difficile, commença William. Mais il va falloir qu'on bouge.


— Ne bougez plus ! 


Cette surprenante injective venant de dehors, si elle était très à propos, ne leur était pas forcément adressée. Dans un élan d'énergie soudain, le vieux scientifique, probablement interpellé par les événements au-dehors, prit la situation en main. Il ouvrit alors la marche pour se mettre en quête de Jessica. Le petit groupe avança pièce par pièce, esquivant un zombie au passage, passant dans la Ruche pour finalement arriver au niveau de la militaire.


Djamila rejoignit le centre de la pièce en même temps qu'était arrivé le reste du groupe.


— Tout va bien Jessica ? s'enquit William.


— Oui, tout va bien, affirma-t-elle.


Alors que le groupe rentrait peu à peu dans la pièce, le regard de l'ex-militaire de l'Armée de terre changea lorsque celui-ci s'était posé sur l'un des arrivants qu'il semblait avoir reconnus, raison pour laquelle il reposa sa main sur son arme. En réponse à ce geste de méfiance, la militaire du groupe l'imita. L'ambiance était électrique, mais les deux partis étaient finalement arrivés à un consensus qui, dans sa finalité, regroupait les vivants à l'intérieur et les morts au-dehors. Tandis que le chien venait réclamer des friandises à l'homme flegme, William vint voir Jessica.


— On a pas attendu que tu reviennes, car on a vu des choses assez inquiétantes et il y a des bruits étranges au-dehors, expliqua le scientifique.


— Ce sont les Maraudeurs, enchaîna l'autre militaire.


— On a vu au loin une personne en tenue hamza, c'était très bizarre, continua William.


— Vivant ou mort-vivant ? l'interrogea Jessica.


— Sa tenue était hors norme, il y avait du sang partout sur elle. À un moment donné il nous a repérés et a fait demi-tour. Vivant, je ne sais pas, mais ça n'a pas l'air d'un mort-vivant classique en tout cas. 


L'homme aux bonbons essuya sa main pleine de sucre sur son torse et commença à caresser Canigou.


— Qui sont les Maraudeurs ? questionna Jessica, son homologue.


— Je faisais partie des Maraudeurs, révéla-t-il. Je suis l'ancien capitaine Ericsson. Les Maraudeurs constituent probablement la plaie la plus grande qu'on connait à ce jour parmi ce qu'il reste de l'humanité. Ils sont en train de changer pas mal de choses, pas mal de codes. J'ai fait partie de leur mouvement, car j'avais cet idéal et cette envie de réorganiser ce qu'il restait des vivants. Mais la direction qu'ils ont prise... ne me convient pas du tout. Ils sont dingues... Ils sont en train de se dire qu'il faut réaménager le monde avec la présence des morts-vivants, ils sont en train d'intégrer les morts-vivants dans leur système de réflexion.


— Comment ça ? demanda la militaire, sourcils froncés après avoir entendu cette déclaration pour le moins inquiétante.


— Écoutez... où sont vos supérieurs ? Où est votre groupe ? Il faut que je parle à des gens... à vos chefs. Il faut qu'on fasse quelque chose, insista-t-il.


— Il n'y a plus personne à part nous. Et s'est échappé du bateau et tout le monde est mort, lui annonça-t-elle.


— Justement, interrompit Djamila en toussotant. Est-ce que peut me dire ce que je fais là ? Où sont mes balles ? Comment vous avez survécu ?! Vous êtes plus sur le bateau, on est plus sur le bateau, le bateau s'est crashé, c'est une certitude. C'est peut-être de ma faute ? J'espère pas...


— Du calme, du calme, fit le freluquet en lui tendant le paquet de bonbon.


— J'ai pas mes balles... j'ai pas mes balles ! Tant que j'ai pas mes balles, je panique ! s'exclama la Tunisienne.


— Oui, mais je ne sais pas qui vous êtes ! Calmez-vous... je ne sais pas ce que feraient des balles sur vous, se défendit-il. Je suis McGregor, je suis une sorte d'intermédiaire errant, un survivant quelconque si vous préférez. Et la chance fait que j'ai survécu jusqu'à maintenant, car... on va dire que je connaissais les bons plans et, surtout, les bonnes personnes.


— Mais attendez... vous n'avez pas fini cette histoire de Maraudeur. C'est quoi réorganiser le monde avec les morts-vivants ? leur redemanda Jessica.


— Moi, je n'ai rien à voir avec lui, c'est lui qui est venu me voir, lui répondit McGregor. Si j'ai bien compris, il veut rencontrer des chefs, mes chefs, pour essayer de prévenir un grand danger. Je suis ici pour servir d'intermédiaire entre les communautés de survivants. 


McGregor se tourna ensuite vers Jessica.


— Vous me dîtes quelque chose. Vous ne viendriez pas de l'île ?


— De l'île ? Oui, on vient d'une île, oui, confirma-t-elle au jeune homme.


— D'accord. Vous connaissez donc un certain Jensen ? poursuivit-il.


— Oui, je le connais. Il s'est sacrifié pour nous sauver... il est mort comme un con.


— Mort comme un con ? répéta-t-il en sortant un petit livre avec un stylo, dans lequel il commença à écrire.


— Qu'est-ce que c'est que ça ?


— Oh, j'étais grand fan d'un dessin animé avant que ça arrive, et, du coup, je note le nom des gens que je rencontre et leur mort aussi... ça m'amuse. 


McGregor rangea ensuite son carnet et reprit le cours de la conversation concernant les Maraudeurs.


— Les Maraudeurs sont en train d'utiliser les morts-vivants dans leur nouvelle société en leur attribuant des fonctions...


— Comment les animaux ? Comme si c'était des vaches en fait.


— Voilà, au lieu de trouver des solutions. 


La remarque de Jessica semblait l'avoir fait monter dans l'estime d'Ericsson, qui la regardait maintenant d'un œil moins défiant. Il compléta justement :


— Ce n'est pas tout. OK, ils utilisent les morts comme des animaux, mais ils sont en train de lever des armées. Ils sont en train de trouver des moyens d'asservir les communautés en leur posant d'odieux chantages, en les menaçant de mort, en menaçant ces communautés de vivants de rejoindre les armées. C'est pas comme ça que je vois l'avenir... 


Pendant ce temps, William, en bon analyste, sondait la pièce à la recherche d'éléments intéressants. Il y avait ici de quoi sustenter, du matériel de survie dont des couvertures, et l'humidité avait déjà pris possession du lieu, laissant les murs se couvrir peu à peu de mousse. Pour la première fois depuis longtemps, le vieil homme se sentait relativement en sécurité. Il remarqua également, tout au fond de la pièce, qu'il y avait une table de jeu. La discussion à côté se poursuivait, les uns essayant de comprendre les objectifs et les histoires des autres. McGregor nota soudain la présence d'Anna, qui portait sa valise.


— Qu'est-ce que c'est que cette valise ? lui demanda-t-il.


— Je me suis échappé de l'île avec des survivants, d'autres scientifiques, ils sont tous morts. Et j'ai avec moi cette valise...


— OK, OK, réfléchit McGregor à voix haute. Donc c'est sur vous qu'on faisait des expériences, c'est ça ? C'est ça, hein ?


— Euh, j'en sais rien, balbutia Jessica. C'est le cas ?


— Vous n'êtes pas au courant ? s'étonna-t-il en voyant la réaction de surprise de la militaire. 


William se souvint alors qu'ils étaient régulièrement sujets à des analyses, soi-disant à cause de la pandémie. Ils se faisaient régulièrement prélever du sang, et maintenant que le flegmatique l'évoquait, il trouvait maintenant que la démarche était effectivement un peu louche.


— Bon, écoutez, reprit McGregor. Je ne sais pas trop ce que vous avez vécu sur l'île, et à la rigueur, moi, je m'en fous. Je suis juste l'intermédiaire de Jensen à la base, je me suis toujours tenu à l'écart de ce qu'il se passait pour survivre, et j'ai bien envie de continuer à rester vivant. Par contre, j'aimerais vraiment vous tenir au courant de ce qu'il se passe en Europe. Il y a des communautés qui essayent de se mettre d'accord et de mener des expériences où elles s'échangent des membres pour essayer d'étudier la pandémie. De temps en temps ça se passe bien, de temps en temps, ça se passe moins bien... Jensen venait souvent me voir avec du matériel d'analyse qu'il me remettait, et que j'étais censé remettre à son tour. Ce que je trouve inquiétant, c'est que vous ayez cette valise avec vous, que Jensen est mort, qu'on m'annonce que les scientifiques sont morts aussi...


— Écoutez, s'impatienta Jessica. Nous, on veut juste se barrer d'ici. Si vous voulez la valise, prenez-là. Mais en échange, donnez-nous un bateau.


— Ah, mais où que vous alliez, je pense qu'il n'y a pas vraiment d'endroit hyper sécurisé, exprima-t-il comme si la militaire n'était pas déjà au courant. Par contre, il y a un endroit qui s'appelle l'Arche, et je peux peut-être vous y emmener. Moi, j'ai besoin d'amener cette valise là-bas.


— L'Arche, c'est où ? C'est loin ? Où sont mes balles ? se renseigna vivement Djamila, qui avait fait le tour de toute la pièce durant la conversation.


— L'Arche est à quelques jours de marche. Je peux vous y emmener, si vous êtes d'accord. 


Il prit quelques instants de réflexion.


— Je vous propose un truc. Vous m'escortez avec cette valise, et je vous montre où se trouve cet endroit où vous pourrez rester en sécurité.


— Il va nous falloir des munitions et des armes, indiqua Jessica en guise de confirmation.


— Où sont mes balles ? réclama à nouveau Djamila, visiblement complètement obnubilée par son fusil.


— Je vous propose de rester vous reposer ici avant le départ, l'ignora McGregor.


— Est-ce que c'est sécuritaire de rester ici, sachant qu'ils nous ont vus en bas ? s'enquit William.


— Ils ne risquent pas de monter, je pense. De ce que j'ai compris, je sais des Maraudeurs qu'ils ont tendance à venir avec des morts-vivants. Tant qu'on ne va pas dehors, ça devrait aller.


— Mais qu'est-ce qui les empêche de remplir la pièce du bas pour les faire monter ?


— Mmh... Il n'est pas bête, le vieillard. C'est vrai que moi, je suis tout jeune, je peux escalader la façade. Mais c'est pas le cas de tout le monde. Donc, on peut soit partir tout de suite avec votre fatigue dans les pattes...


— Non, il faut qu'on se repose, trancha la militaire.


Le groupe resta donc dans le bâtiment dans le but de se reposer. La confiance ayant été instaurée entre les différents membres du groupe, Djamila put, pour son plus grand bonheur, récupérer ses munitions. En geste de bonne foi, la Tunisienne ne chargea d'ailleurs pas son fusil, gardant le chargeur à portée de main en cas d'urgence.


— Qu'est-ce que tu faisais là ? la questionna justement William.


— Je l'ai ramassée ! s'exclama McGregor pour lui répondre. Elle ne semblait pas très bien. Alors, au lieu de la jeter en pâture...


— Tout ce dont je me souviens, commença Djamila, c'est que je me suis mise dans une baignoire pour me sécuriser des zombies, il y a eu un grand choc, j'ai perdu connaissance et je me suis réveillée dans une baignoire. Donc, il m'a ramassé avec la baignoire.


— Peut-être que les baignoires communiquent entre elles ? plaisanta McGregor.


Les quarante-huit heures suivantes, tout le groupe put se reposer et reprendre un peu de ses esprits. En fouillant les bâtiments aux alentours, ils réussirent à trouver munitions et provisions pour leur prochain voyage. À l'aube du troisième jour, ils quittèrent alors Red Raven avec McGregor, qui les guida vers l'Arche, lieu où ils allaient peut-être enfin trouver la paix.




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