Vi avait recommencé à passer du temps avec moi. Elle avait visiblement eu vraiment peur pour moi. Tout comme le reste de mon entourage. Je m’en voulais et à la fois, je ne m’en voulais pas. Peut-être que c'était un test. Peut-être que c’était une sorte de… Chantage ? Non. Un appel au secours, voilà tout ce que c’était, bien que je n’ose le dire et que d’ailleurs, je n’avais pas dit. J’avais gardé mes scarifications et ma prise de drogues secrète. De plus, je savais à présent que j’étais touchée par le syndrome du spectre. Je devrais m’y faire doucement. Il fallait seulement que j’en parle à monsieur Donovan pour qu’il m’oriente vers le bon traitement et ça, je n’en avais pas la moindre envie. Refusais-je de me faire soigner ? Probablement, je n’en savais trop rien. Je n’avais pas envie d’être sous de grosses doses de médicaments et, apparemment, pour cette maladie, le traitement était lourd. Très peu pour moi. Je m’en passerai, quitte à me suicider. C’était si triste… Non. On s’en foutait, en vrai !
J’avais repris les cours depuis quelques jours déjà. Cependant, ma mère et mon père tenaient à ce que j’y aille accompagnée et que j’en revienne aussi accompagnée. Je comprenais, il ne voulait pas que cela se reproduise. Et, pour une fois, Vi était au point de rendez-vous à l’heure, comme elle le faisait avec sa petite amie. Petite amie qui venait parfois avec ma grande sœur pour venir me chercher. Je ne pouvais pas dire que c’était une relation sérieuse entre elles. Ça faisait trop peu de temps qu’elles étaient ensemble pour le dire. Pourtant, je pouvais affirmer que leur couple était sur la bonne voie malgré l’énorme fossé qui les séparait toutes les deux. J’étais confiante, espérant ne pas me tromper. Cependant, j’avais toujours eu une bonne intuition. J’avais enfin ouvert les yeux sur Caitlyn bien qu’elle restait de temps en temps Miss Parfaite à mes yeux. Je m’en voulais dans ces moments-là, mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas m’en empêcher.
En parlant de petite amie, on devait aller la chercher avec Vi pour manger à la Voie de Cuibre. Notre fast-food habituel, celui près du parc. À vrai dire, pour moi, il était proche de tout et aussi, près du Sunny Institute. Cette école prestigieuse où étudiait Caitlyn. De l’hôpital de Monsieur Donovan et, justement, de ce même fast-food où travaillait Jacob. Et lorsqu’il me l’avait expliqué, je me rappelais bien que je l’avais aperçu dans les cuisines. C'était juste que je n’avais pas vu la ressemblance sur le coup. Il me l’avait dit pour m’expliquer comment il m’avait trouvé lors de l’accident qui m’avait causé deux côtes fêlées et de multiples égratignures. J’avais donc mieux compris sa présence dans la ruelle. Mais aujourd'hui, Vi ne venait pas seulement nous chercher. Nous devions aussi aller chercher la bleue pour aller manger avec elle à la Voie du Cuibre.
Cependant, quand nous arrivions toutes les deux au lycée privé de sa petite amie, nous eûmes une surprise. Mais pas le genre de surprise agréable. Irelia était en pleurs et dans les bras de Morgana, sans Caitlyn. Vi fronça les sourcils et croisa ses bras sur sa poitrine.
« Pourquoi tu pleures, Ire? Pourquoi y’a pas Cait? »
Irelia se retourna.
« C'est Taric et Darius. Je les ai vus prendre Cait pour aller, je sais pas où. J’ai… J’ai pas pu les suivre ! » L’adolescente hyperventilait à cause de la panique.
Vi et moi nous regardions et je voyais son inquiétude monter en flèche dans ses yeux. Elle inspirait et expirait pour se donner du courage, je suppose.
« Ils sont partis par où? »
Irelia ferma les yeux pour se concentrer.
« Vers le parc… Celui près du lycée !»
Sur ces mots, Vi me dit d’appeler Ekko et partit en courant. Je voulais la suivre, mais je savais que c’était peine perdue. Il fallait que j’appelle Ekko et Jacob. Pourquoi Jacob ? Parce que le fast-food était proche du parc, mais malheureusement, il ne me répondait pas. Il devait sûrement être au travail ou au refuge, mais à tout hasard, je lui avais laissé un message. Il connaissait la bleue de vue et je lui avais dit qu’elle était accompagnée de deux types, donc facilement repérable. J’appelais ensuite Ekko et lui apprenais la situation. Expliquant que Darius et Taric avaient amené Caitlyn du côté du parc et qu’il fallait qu’il ramène des mecs du gang pour venir nous aider. Suite à ça, je courais en direction du parc avec ma sœur qui commençait à me semer. Mon portable toujours en main, je l'entendais sonner et vibrer. «Jacob», je répondis immédiatement et il m’expliquait qu’il avait bien vu Caitlyn en compagnie d’un homme qui allait vers les toilettes du terrain de sport du parc. Je lui avais répondu de les suivre et que nous arrivions. Seulement, il avait dit « un » et pas « deux ».
Peu de temps après, nous vîmes Darius courir et Vi lui rentra dedans, le mettant à terre après un coup de tête en lui demandant où se trouvaient Taric et Caitlyn. Darius, blessé et en pleurs, prit la parole.
«Taric a pété un câble! Il. Il s’est mis en tête de… De violer Caity… J’veux pas faire ça ! J’veux pas être témoin d’ça! Il est aux toilettes du terrain de sport du parc. »
Bon… Jacob ne s'était pas trompé. Je rappelais Ekko pour lui demander où il en était et lui validais l’endroit où nous allions. Je commençais vraiment à être essoufflée à force de parler en courant, mais je devais continuer et ne pas penser à mes muscles qui me tiraient et commençaient à me brûler. J’arrivais peu après Jacob alors que Vi était déjà en train de se battre avec Taric. Il était extrêmement baraqué et malgré la force de ma sœur, si nous n’étions pas plusieurs sur lui, nous n’arriverions à rien. Avec Jacob, nous nous mirent devant l’entrée pour bloquer le passage à Taric. Lorsqu’il nous vit, ses yeux s’écarquillèrent, mais il n’eut pas le temps de nous regarder plus qu’un coup de poing de Vi atterrit sur sa mâchoire, le faisant grogner de douleur. Pourtant, il continuait de se battre avec hargne et ma sœur le frappait avec toute la rage qu’elle avait, encaissant des coups toujours plus forts les uns que les autres, mais je voyais bien qu’ils commençaient à fatiguer. Jusqu’où pourrait tenir le type aux cheveux longs ? Car Vi ne s'arrêterait pas tant que ses muscles ne l'avaient pas lâché.
« Jinx! Vi!»
Ekko était enfin là avec Loïc étant donné qu’il avait la même corpulence que Taric. Il n’avait pas pu appeler plus de monde étant donné la rapidité qu’il fallait pour agir et mettre un terme à cette bagarre. Lorsque Taric comprit qu’il était fait, hé bien… Il fallait croire qu’il s’y attendait. Darius semblait l’avoir mis au courant qu’il aurait du mal avec nous et il avait pris une bombe fumigène qu’il balança dans les toilettes. Il arriva à se frayer un chemin vers la sortie et partit aussi vite qu’il put et avant que la fumée ne parte, nous l’avions perdu de vue. Mais à présent, le problème était Caitlyn et Vi. Ma sœur était dans un sale état, mais toujours debout et ouvrait toutes les portes des toilettes pour voir dans laquelle la bleue était. C’est dans la troisième toilette qu’elle la trouva en boxer, les poignets liés, en sang et inconsciente.
« Appelez les pompiers BORDEL ! » elle avait hurlé ces mots à en perdre la voix et Jacob fut le premier apte à les joindre à mon plus grand étonnement. Mais… Il fallait comprendre les autres… Vi avait parlé de pacte et non pas d’amour entre elles. Alors, entendre autant de détresse dans sa voix les avait laissés pantois, bien qu’aucune larme ne se voyait sur son visage. De ce que je pouvais apercevoir lorsque j’apportais mon sweat pour couvrir sa petite amie. La veste de ma sœur ne suffisait pas à cacher sa demie nudité, la mienne, plus large et longue, le permettait. Je restais près d’elle, la main posée sur l’épaule de la demie louve.
«Merci…» souffla-t-elle.
Et pendant un moment qui se comptait à présent en dizaines de minutes, nous attendions les pompiers. Heureusement, à première vue, Caitlyn avait une blessure à la tête, seulement très légère, le reste était surtout des traces de lame dont elle garderait certainement quelques cicatrices. Enfoiré ! Nous étions en train de fumer pour laisser seul le couple et nous faire voir des pompiers. Un silence régnait dans le groupe jusqu’à ce que Jacob ne le fende en deux.
« Vaut mieux que j’appelle les flics, non?»
Mon petit ami allait prendre la parole, mais je posais ma main sur son torse et l'a pris moi, étant donné que je connaissais le blond.
«Non vaut mieux pas… On. Fait partie d’un gang… On va s’en charger…»
Ekko et Loïc prirent la parole d’un ton énervé.
«Putain Jinx t’es sérieuse de dire ça comme ça!?»
«J’ai confiance, alors ne dites rien… S’il vous plaît… S’il te plaît, mon amour…»
Ekko soupira et prit la parole en regardant Jacob.
«Si Jinx te fait confiance, c'est qu’elle a raison, mais si, par malheur, on a des soucis avec toi… Personne ne saura où tu es passé… Ok?»
Jacob leva les bras au ciel.
«Je veux pas de souci, surtout si t’es l’copain de Jinx. Je sais que tu dois être un type bien donc j’vous vendrai pas.»
C’est quelques minutes plus tard que les pompiers arrivèrent. Il aura fallu une bonne quinzaine de minutes pour qu’ils arrivent. Heureusement que Cait n’était pas en danger de mort ! Putain, je leur en voulais à eux aussi ! Nous les laissions passer et montions une histoire de toute pièce. Par chance, c'est Vi qui avait eu de la ressource, parce que pour le coup, j’étais tellement secouée que je n’aurais jamais su quoi inventer. Elle, elle était assurément sous l’influence de l’adrénaline pour que ses pensées fusent ainsi, j’imagine que son imagination aussi ? Et elle était embarquée avec la bleue pour aller à l’hôpital pour se faire soigner. Je dis au revoir à Jacob qui devait rentrer chez lui à cause de sa journée de travail éreintante et Loïc qui n’avait pu sortir que pour cette heure-ci vu qu’il avait de la famille chez lui. Ekko m’accompagna, mais dut repartir ensuite. J’avais appelé mes parents et heureusement, ma mère put, elle aussi, venir. Je savais qu’elle était sur une grosse affaire, donc je n’étais pas sûre de sa venue.
Vi s’en sortait avec un nez pété, une arcade explosée et plusieurs ecchymoses. Caitlyn, elle, avait une commotion cérébrale due à des coups répétés au crâne, de nombreux coups de couteau qui, comme j’avais bien vu, étaient plus ou moins profonds ainsi que de nombreuses ecchymoses. Par chance, Taric n’avait pas eu le temps de la violer. Nous nous retrouvions donc tous à l’hôpital.
Heureusement, Caitlyn n’avait gardé aucun souvenir de l’agression et l’histoire de Vi tenait la route dans ce cas. Apparemment, elle avait été droguée. Avec du Myst. Le Myst était une drogue puissante qui endormait en quelque sorte le cerveau et qui ralentissait les mouvements du corps, qui le ramollissait. C’était la seule chose que nous avions sue, et cela était grâce à notre mère. En effet, les visites pour la bleue étaient restreintes, seuls les parents et la police pouvaient la voir. Vi devait ronger son frein et obtempérer, ce qui ne lui plaisait pas du tout. Elle décida alors de partir de l’hôpital et nos parents nous raccompagnèrent chez Vander. Nous dormirions tous là-bas cette nuit.