Lupa

Chapitre 3 : Saro Li

5724 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/07/2021 17:49


Charles ouvrit la porte et se retrouva face à un vampire qui n’avait pas l’air d’avoir plus de 17 ans, les cheveux blonds et le regard malicieux. Il fixait Zaira derrière Charles.


-         Amore mio, chuchota le vampire.


La bouteille de vin glissa des mains de Zaira et s’éclata sur le sol.


-         Che ci fai qui*, chuchota-t-elle à son intention.

*Que fais-tu là.


Elle ne l’avait pas revu depuis près d’un siècle. Le vampire s’avança sur le bas de la porte et rencontra le bras fort et immobile de Charles, faisant un barrage qu’il n’était pas possible de franchir. Le vampire osa lui adresser un de ses larges sourires, ce qui ne détendit pas Charles du tout.


-         Qui est-ce ? demanda Charles en fixant le vampire des yeux mais s’adressant à sa compagne.

-         Wulfe, répliqua-t-elle à bout de souffle.   


Charles fixa le vampire. Il avait entendu parler de lui. C’était le bras droit de Marsilia, la maîtresse de l’essaim de vampires qui régnait sur les Tri-Cities, là où la demi-sœur de Charles, Mercy Thompson, vivait. Il savait que Wulfe était un vampire, un sorcier, ainsi qu’un magicien dangereux, et particulièrement dingue, imprévisible, tordu, insolent et violent. Il savait également qu’avant de s’installer dans les Tri-Cities avec Marsilia, il était sous la coupe de Iacopo Bonarata, le maître des vampires d’Italie. Il avait entendu plusieurs histoires à son sujet, toutes des horreurs, mais il n’avait jamais entendu parler de Zaira à ses côtés. Tue-le, ordonna Frère Loup.


-         Je ne partirais pas avant de lui avoir parlé, fils du Marrok, lui adressa le vampire avec un ton bien trop amusé.

-         Qui as dit que tu repartirais ? grogna Charles.

-         Wulfe, vattene*, ordonna Zaira qui semblait s’être reprise.

-         Je ne partirais pas avant de t’avoir parlé, répéta le vampire soudain bien plus sérieux.

-         Alors tu attendras dehors, conclut Zaira. Charles, ferme la porte.

*va-t’en.


Le vampire resta immobile sur le pas de la porte que Charles claqua.



             La rage était clairement lisible sur le visage de Charles. Il faisait peur à Zaira. Elle ne l’avait encore jamais vu ainsi. Il peinait à se contrôler. Il resta devant la porte, lui faisant face, les bras croisés sur sa poitrine gonflée, la mâchoire serrée.


-         Je ne sais pas ce qu’il fait ici, chuchota-t-elle. Je ne lui ai pas parlé depuis près d’un siècle, ajouta-t-elle comme si elle se défendait.


Elle songea qu’elle n’avait rien fait de mal, et c’était le cas. Elle n’avait pas demandé à Wulfe de venir toquer à leur porte sur le territoire de Charles. Mais elle voyait que Charles était sur le point de perdre tout contrôle, et se faisait aussi petite qu’elle le pouvait. Il ne la regardait même pas dans les yeux, il fixait le sol.


-         Charles, continua-t-elle. C’était il y a un siècle.

-         Mais c’était important, gronda-t-il avec une voix qui appartenait plus à Frère Loup qu’au Charles qu’elle connaissait.

-         Oui, avoua-t-elle après quelques secondes. Mais ça ne l’est plus.

-         Ton cœur bat trop vite pour que ça soit vrai, continua-t-il avec cette voix qu’il tentait en vain de contrôler.

-         Mon cœur bat vite parce que j’ai peur, avoua-t-elle.

-         Tu as peur de lui ? demanda le loup avec espoir.

-         Non, dit-elle avec sincérité.


Charles se tendit.


-         De moi ? demanda-t-il avec une voix bien plus basse, qui lui appartenait bien plus.

-         Non. J’ai peur que tu ne veuilles plus de moi, quand tu sauras, avoua-t-elle.  


Charles leva les yeux pour croiser son regard, ses yeux étaient dorés, Frère Loup était tout près. Tout ce temps il fixait le sol. Il s’approcha doucement d’elle, pour ne pas lui faire peur pensa-t-elle, et saisi son visage de ses mains fortes. Pour la première fois, la dominance et la rage qui émanaient de lui la força réellement à baisser les yeux.


-         Regarde-moi, la somma-t-il. Si je suis comme ça, c’est parce que j’ai peur que tu partes avec lui.


Elle l’embrassa, puis lui demanda de s’asseoir sur le canapé. Il le fit, à contre cœur. Elle savait qu’il voulait rester debout et asseoir son autorité, mais il fit l’effort pour elle.


-         C’était à une époque bien différente, commença-t-elle. J’avais déjà été expulsée de quatre meutes différentes, parce que j’étais trop dominante. A l’époque, je ne le cachais pas aussi bien. Et puis, je ne me contrôlais pas aussi bien, avoua-t-elle. A cet instant de ma vie, mon frère et moi étions sans meute. Notre dernier Alpha nous avait banni quelques semaines plus tôt. Je dansais dans un cabaret à Milan. J’avais pensé qu’une ville aussi peuplée serait plus sûre pour deux loups sans meute. C’est là que je l’ai rencontré, un soir, elle passa une main dans ses cheveux en fixant la table basse face à elle. Il était… différent, dit-elle avec un sourire malgré elle. Puissant, ajouta-t-elle. A l’époque il était toujours sous les ordres de Iacopo Bonarata. Nous sommes tombés amoureux. C’était le seul homme que j’avais rencontré de ma vie qui n’essayait pas de me contrôler. Il n’essayait pas de me changer. Je n’avais pas besoin de faire semblant d’être moins forte, moins puissante, moins dominante, ni moins violente. En fait, il aimait tout ça. J’en avais si marre de fuir, je n’en pouvais plus d’avoir peur qu’on découvre ce que j’étais. J’en avais marre d’être en cavale. J’en pouvais plus de faire comme si j’étais quelqu’un d’autre. Lui il m’aimait pour ce que j’étais. Et il était puissant. Nous n’avions rien à craindre. Il était dingue, et j’étais jeune et amoureuse. Ensemble, nous avons décimer des villages entiers, juste pour le plaisir de tuer. Juste pour le sang, dit-elle alors qu’une larme coulait sur ses joues. Et j’adorais ça, avoua-t-elle en pleurant plus. Il me comprenait. Pendant 37 ans, nous avons garder notre amour secret. Tu n’es pas sans savoir le goût qu’à Bonarata pour les louves-garous. Wulfe avait peur qu’il me découvre, et qu’il m’assujettisse. Mais j’ai fini par en avoir marre. Je voulais plus. Je ne voulais plus me cacher. J’avais décidé que nous allions renverser Bonarata, ensemble. Il prendrait la tête de tous les vampires d’Italie, et moi de tous les loups-garous. J’avais soif de pouvoir, je ne voulais plus qu’on puisse me rejeter. Il me disait oui, il me disait toujours oui… Mais, il y avait Marsilia. Elle était la compagne de Bonarata pendant des années, et elle l’a trahi. Wulfe disait que Marsilia était comme sa sœur, qu’il devait la protéger, dit-elle sur un ton amer. Nous allions être les rois d’Italie… Et puis Bonarata a banni Marsilia. Il l’a laissée partir en Amérique, et lui a donné son propre royaume. Et elle a demandé à Wulfe de partir avec elle. D’être son bras droit. De la protéger. Alors il est parti. Il m’a dit qu’il savait que j’irais bien. Que je n’avais pas besoin de lui. Et il avait raison, je n’avais pas besoin de lui. Marsilia, elle, oui. De sa protection. Les hommes sont ainsi, dit-elle avec un sourire faible, ils ont besoin qu’on ai besoin d’eux.


Charles la regardait profondément dans les yeux tout le long qu’elle lui racontait son récit. Elle savait qu’il analysait tout, ce qu’elle disait, ce qu’elle ne disait pas, et ce que son corps suggérait.


-         Pourquoi n’es-tu pas partie avec lui ? demanda-t-il calmement.

-         Je n’ai pas été invitée au voyage, répondit-elle simplement. Marsilia est une femme jalouse. Elle avait besoin de Wulfe pour elle seule. Qu’il lui soit dévoué et loyal. Toujours à ses côtés. Il ne pouvait pas y avoir une autre femme dans l’équation. C’était elle ou moi. Il a fait son choix, dit-elle avec de nouvelles larmes naissant dans les yeux.

-         Qu’as-tu fait ensuite ? questionna-t-il encore.

-         J’ai fini par rejoindre une nouvelle meute. J’avais le cœur brisé et je n’avais plus la sécurité que le statut de Wulfe me donnait. J’étais à nouveau une louve trop dominante pour être dans une meute et trop seule pour être sereine ainsi. Sans Wulfe, je ne pouvais pas renverser Bonarata, et je n’avais aucune envie de prendre la tête des vampires. Je ne l’aurais pas pu, de toute façon. Le plan c’était que Wulfe s’en occupe, c’est le seul être assez puissant pour pouvoir renverser quelqu’un comme Bonarata, et ensuite son statut et ma force nous aurait permis de prendre également la tête des loups.

-         Tu avais besoin de lui, annonça Charles.

-         Non, répondit-elle. J’avais besoin de lui pour avoir plus de pouvoir, pas pour survivre. Marsilia avait été bannie. Bonarata l’aimait, c’est pour ça qu’il ne l’a pas tuée, et c’est pour ça qu’il a laissé Wulfe partir avec elle. Wulfe était le bras droit de Bonarata, à l’époque. Avant cela, Bonarata l’avait détruit. Je n’ai rencontré Wulfe que lorsque sa relation avec Bonarata avait pris un autre tournant. De ce que je sais, Wulfe n’a pas toujours était aussi cruel. Il a toujours été étrange, mais pas aussi cinglé. Bonarata l’a retenu captif et l’a brisé. Il l’a détruit et l’a reconstruit à son image. Wulfe est ensuite devenu son élément le plus important. Mais Iacopo était conscient, comme tout le monde, que Marsilia ne s’en serait pas sortie seule. Elle n’aurait jamais pu construire son essaim et prendre la tête des Tri-Cities sans Wulfe. Personne ne l’aurait suivie, dit-elle en toute vérité. Et puis, ajouta-t-elle, Wulfe est un suiveur. Il n’est pas un leader. Il est libre, et pas franchement loyal. Les responsabilités ne lui disent rien. Ce qu’il aime c’est s’amuser, pas diriger.

-         Pourquoi pensais-tu alors qu’il prendrait la tête des vampires en renversant son maître ?

-         Parce que j’étais amoureuse, et que je pensais qu’il l’était aussi. Il savait que c’était ma seule solution, à cette époque, pour être hors de danger. Je pensais que cette raison lui suffirait à me suivre. Et c’était ce qu’il me disait. Je pense que si Marsilia n’avait pas trahi Bonarata, et s’il ne l’avait pas bannie, l’histoire aurait été différente. Je pense que nous l’aurions fait. Nous serions les maîtres de l’Italie.


Charles laissa quelques secondes passer. Là encore, il la fixait, l’analysait. Finalement, il inspira profondément, et chuchota :


-         Tu l’aimes encore.

-         Non, mentit-elle. Je pense que je ressentirais toujours quelque chose pour lui, dit-elle en se corrigeant. C’est le seul homme à m’avoir acceptée et aimée pour tout ce que j’étais…

… Charles gronda.

-         Arrête, dit-elle avec les larmes aux yeux. Pas plus tard qu’aujourd’hui, tu étais dérangé de la façon dont j’ai tué ces enfants sans un remord.

-         Il le fallait, argumenta Charles.

-         Oui, reconnu-t-elle. Mais tu as été déstabilisé que je le fasse aussi facilement. Sans les remords que toi tu ressens toujours, chuchota-t-elle alors qu’une larme coulait sur sa joue. Ecoute, continua-t-elle doucement alors que Charles ne trouvait rien à répondre, je ne dis pas que tu ne m’acceptes pas telle que je suis. Tu as l’air de le faire. Je dis que lui, il aimait tout ça. Il ne l’acceptait pas simplement. Il m’aimait comme ça. Inconditionnellement. Je ne suis plus amoureuse de lui, mais une part de moi l’aimera toujours, parce que jamais je n’ai été aimée comme il m’a aimée.


La mâchoire de Charles se serra à nouveau et tous les muscles de son corps se tendirent lorsqu’il demanda :


-         Et aujourd’hui, que veux-tu ? Veux-tu du pouvoir ? L’Italie ?

-         Non, dit-elle en laissant échapper un petit rire. J’étais si jeune, c’était il y a bien longtemps. Ma louve et moi sommes d’accord, dit-elle en s’approchant physiquement de lui. C’est toi que je veux, Charles Cornick.



Elle monta à califourchon sur Charles en disant ces mots. Frère Loup apprécia cela. Elle s’était montrée honnête et vulnérable, et il avait senti qu’elle disait la vérité lorsqu’elle lui avait dit que c’était lui qu’elle voulait. Et lui aussi, autant que son loup, avait bien besoin de son contact physique, de toucher son corps, de sentir son amour, et de sexe. Plus que jamais son contrôle avait été mit à rude épreuve, et il était conscient que ce n’était pas finit. Le vampire l’attendait dehors, il le sentait. Il empestait la mort. Il la laissa l’embrasser à pleine bouche. C’était un baiser à la fois dense et romantique, qui disait beaucoup de choses. Elle lui avait livré un certain nombre de choses ce soir-là, et elle avait besoin de sentir qu’il l’aimait, il le sentait dans le goût de sa langue. Elle était également excitée, son rythme cardiaque ne l’y trompait pas. Il continua donc de se contrôler l’espace de quelques petites minutes, avant de tout lâcher. Elle avait besoin d’amour et de tendresse, et voulait lui donner tout cela. Mais une fois qu’elle l’obtenu, il attrapa ses cuisses et la plaqua sur le canapé, prenant le contrôle de son corps et le dessus de la situation. A cet instant, il n’avait plus de place pour de la tendresse, et alors qu’elle gémissait à pleine voix, Frère Loup et lui furent pleinement satisfaits de savoir que le vampire dehors l’entendait la faire jouir. Mienne, gronda le loup.



             Zaira embrassa Charles alors qu’elle s’apprêtait à sortir rencontrer Wulfe. Son cœur battait la chamade alors que son compagnon prenait place sur le canapé, également bien décidé à ne pas bouger tant qu’elle ne serait pas rentrée. Avec une profonde inspiration, elle ouvrit la porte, et sorti. Wulfe était assit dans la neige, devant la porte. Il se leva avec un faible sourire sur le visage et lui fit face. Elle referma la porte derrière elle, et croisa les bras sur sa poitrine.


-         Je te l’accorde, j’ai mérité ça, lui dit-il en italien, parlant de l’acte sexuel qu’il avait entendu.

-         Que fais-tu ici Wulfe ? réitéra-t-elle sèchement.

-         Viens, marche avec moi, lui dit-il doucement.

-         Non, coupa-t-elle. Je reste ici.


Elle savait parfaitement que Charles avait besoin qu’elle reste proche. Qu’il puisse entendre, et qu’il puisse intervenir s’il le fallait. Elle n’en avait pas besoin, mais elle savait que le simple fait qu’elle parle à Wulfe lui faisait du mal. Et elle savait qu’en tant que son compagnon, il n’avait pas d’autre choix que de monter la garde. Wulfe rit.


-         Putains de loups, dit-il en ironisant. Tu n’es pas encore mariée, théoriquement j’ai encore le droit de te courtiser, provoqua-t-il.

-         Wulfe, le reprit-elle. Que fais-tu ici ?


Il soupira.


-         Bien, reprit-il. Quand j’ai appris que tu étais partie de Palerme avec le fils du Marrok, je n’ai pas eu d’autre choix que de venir. Je ne pouvais revenir en Italie sans y être invité, tu le sais, dit-il avec une voix douce.

-         Tu n’es pas non plus autorisé à être sur le territoire du Marrok. Comment as-tu su que j’étais là ?

Il sourit à pleines dents. Il était beau lorsqu’il souriait.

-         J’ai des oreilles partout dolcezza*. Pensais-tu vraiment que je serais parti sans m’informer de ta vie ?

*Mon ange.


-         Tu es parti, répliqua-t-elle. C’est tout ce que je sais.


Il s’approcha d’elle et elle recula. Il n’avança pas plus.


-         Je suis désolé. Je n’avais pas le choix. Tu le sais. Je ne pouvais pas laisser Marsilia partir seule, elle se serait faite tuer. Et tu ne pouvais pas venir, elle t’aurait faite tuer. Mais tu sais tout ça, soupira-t-il.

-         Oui, confirma-t-elle, je sais tout ça.

-         Les choses sont différentes aujourd’hui, continua-t-il. Tu es ici, et Marsilia a bâti son essaim. Ma présence à ses côtés n’est plus une nécessité absolue. Je suis libre Zaira. On peut partir où tu veux. On peut renverser qui tu veux. On peut tout faire, je suis là maintenant, chuchota-t-il avec espoir.

-         Tu es encore plus fou que je ne le croyais, répliqua-t-elle avec des larmes naissant dans les yeux.

Pendant longtemps elle avait rêvé d’entendre ces mots.

-         Tu croyais vraiment que j’allais te dire oui ? Allons-nous-en ? reprit-elle. Après tout ce temps, après la façon dont tu m’as laissée, tu pensais sincèrement que j’allais te dire que je venais avec toi ?


Wulfe mordit sa lèvre inférieure en fixant le sol. Lorsqu’il releva les yeux vers elle, des larmes y naissaient. Wulfe ne pleurait jamais.


-         Je n’avais pas le choix, reprit-il. Te laisser a été la chose la plus difficile que j’ai eu à affronter de ma vie. Zaira, non ho mai smesso di amarti*. Et je sais que tu m’aimes encore, toi aussi. Ton cœur bat fort. Ta respiration est saccadée. Le sang dans tes veines coule plus vite. Tu transpires, dit-il en inspirant son odeur. Et les larmes dans tes yeux trahissent ta froideur.

*Je n’ai jamais cessé de t’aimer.


Zaira s’approcha plus près de lui.


-         Mon cœur bat pour l’homme qui m’attend chez moi, chuchota-t-elle à son visage. Ma respiration se remet de la jouissance qu’il vient de me donner. Le sang et la transpiration sont l’effet qu’il me fait. Les larmes ne sont là qu’à cause de la torture que tu m’imposes, à te pointer ici, un siècle après m’avoir abandonnée. Mais ne te méprends pas, potrei strapparti il cuore qui e ora*. Va-t’en, je n’ai plus rien à te dire.  

*Je pourrais t’arracher le cœur, ici et maintenant.


-         C’est vraiment ça, la vie que tu veux ? Être la chienne du toutou de son père ? Obéir aux ordres ?

-         Oui, c’est ça que je veux, dit-elle sèchement en se dirigeant vers la porte. Maintenant dégage.

-         Il ne pourra jamais t’aimer comme je t’aime. Personne ne le peut, ajouta-t-il alors qu’elle avait la main sur la poignée de la porte.


Elle s’approcha à nouveau de lui.


-         La seule raison pour laquelle toi seul en est capable c’est parce qu’il faut être un monstre pour aimer ça. Et c’est ce que tu es Wulfe, un monstre.


Il ne répondit rien, et resta planté là, immobile.


-         Va-t’en, dit-elle avec le cœur et la gorge serrée.

-         Io ci saro sempre. Oggi e domani, tra duecento anni. E quando sarai pronta, saro li*.

*Je serais toujours là. Aujourd’hui et demain, dans deux cent ans. Et quand tu seras prête, je serais là.


Elle referma la porte derrière elle, le cœur lourd et l’esprit embrumé.



             Ils ne s’endormirent pas tard. Tous deux étaient épuisés de la journée qu’ils avaient passée, et avaient bien besoin de repos. Ils étaient toujours tendus. Le corps de Charles était rigide et contenu, lui et Frère Loup n’étaient pas contents de la visite qu’ils avaient reçue. Avant de dormir, il lui avait dit que s’il croisait Wulfe sur son territoire dans les jours suivants, il le tuerait. Zaira n’avait rien répondu. Il était dans son bon droit, et elle savait qu’il le ferait. Elle espérait que Wulfe était parti. Elle ne voulait pas qu’il meurt.


             Zaira fut réveillée en pleine nuit par un sentiment atroce. Tout son corps, sa louve, et ses pensées lui disaient qu’elle était en danger. Elle le sentait. Elle le savait. Quelque chose n’allait pas. Le souffle court, elle regarda autour d’elle. Charles dormait nu à côté d’elle. Elle avait le sentiment qu’elle ne devait pas le réveiller. Il serait en danger si elle le faisait. L’angoisse se fit plus grande à mesure qu’elle restait immobile. Elle devait fuir. Partir. Elle ne savait pas où, ce qu’elle savait c’était qu’elle devait fuir, ou elle serait tuée. Elle se leva silencieusement, elle savait que Charles ne la laisserait pas partir. Elle enfila une tenue et prit la porte le plus rapidement possible. Lorsqu’elle fut dehors dans la nuit noire, l’angoisse grandit encore. Elle regarda partout autour d’elle. Le danger était là, elle le sentait. Quelqu’un, quelque chose était après elle. Elle n’était pas en sécurité. Elle commença à courir le long de l’allée devant chez Charles, menant à la route. Elle se retourna pour regarder derrière elle, et vit une chose. Elle ne pouvait pas la décrire, elle n’avait jamais vu une chose pareille. Ce n’était ni animal, ni humain. La chose rampait vers elle à une vitesse inhumaine. La chose l’appelait. Elle voulait la tuer. Elle courut plus vite et arriva sur la route. Elle commença à pleurer. Elle avait rarement eu aussi peur pour sa propre vie. Zaira se sentait dépourvue de toute sa puissance, de toute sa force. C’était comme si elle n’avait plus rien, plus rien qui puisse l’aider. Elle devait fuir, c’était tout ce qu’elle pensait. Fuir. Alors elle courait et courait plus vite. La chose se rapprochait d’elle rapidement. Zaira voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Au loin, elle vit une lumière qui grandissait petit à petit. Elle savait que c’était là sa libération. Tout son corps lui disait qu’elle devait rencontrer cette lumière. Qu’ainsi, elle serait sauve. Elle n’avait aucune idée de comment elle savait cela, elle le savait et c’était tout. La chose avançait plus vite, mais la lumière n’était plus loin. Elle pouvait y arriver. Elle pouvait l’atteindre avant que la chose ne la rattrape. Elle accéléra le rythme alors que la lumière grandissait. Elle y était. La lumière allait l’entourer dans un quart de seconde. Et soudain tout s’arrêta. Quelque chose de dur et de fort la bouscula et la fit tomber sur le sol, l’écartant du chemin de la lumière. Elle ouvrit les yeux et découvrit Charles, nu, allongé sur elle au milieu de la neige. Elle regarda la route, une voiture venait de passer, et avait manqué de la percuter. Et la chose n’était plus là. Le sentiment d’angoisse et de danger non plus. Charles au-dessus d’elle la regardait en silence.


-         Qu’est-ce que tu foutais ? demanda-t-il à bout de souffle.


Elle le regardait aussi. Elle n’en avait pas la moindre idée. Cela avait été comme si c’était un rêve.


-         Je…

-         Tu voulais te tuer ? questionna-t-il les sourcils froncés.

-         Non, je… j’ai senti… une angoisse. Et je savais que je devais fuir, il y avait… une chose. Elle me poursuivait. Je voulais lui échapper, pour ne pas mourir, dit-elle, elle aussi à bout de souffle.


Charles regarda derrière lui, mais il savait déjà qu’il n’y avait rien.


-         Tu es somnambule ? demanda-t-il.

-         Non, répondit-elle. Pas à ce que je sache.


Elle regardait partout autour d’elle à la recherche de la chose, mais elle ne sentait plus sa présence, ni sa menace. Elle ne comprenait pas. Charles la fixait toujours.


-         C’était surement un mauvais rêve, mentit-il.


Il n’y croyait pas lui-même.


-         Oui, sûrement.


Ils avaient tous deux une autre idée bien plus probable de ce qui venait de se produire. Les loups-garous très âgés finissaient souvent pas perdre la tête, ils devenaient fous. Leur corps était immortel, mais l’esprit lui, ne l’était pas. Quand c’était le cas, l’Alpha de la meute se devait de tuer le loup malade. Parce qu’un loup malade est un loup dangereux. Mais aucun d’eux n’amenèrent cette hypothèse.


-         Rentrons, avait annoncé Charles en se relevant.



Ils passèrent le lendemain matin au lit. Ils avaient déjà fait l’amour 3 fois, et prit deux petits-déjeuners différents. Ils avaient tous deux fait le choix de rapidement oublier tout ce qui s’était passé la veille. Charles n’avait pas encore parlé de mariage à Zaira, mais elle savait que cela n’allait plus tarder. Il attendait d’être sûr de la vouloir, pensait-elle. Les loups-garous étaient ainsi, il fallait se marier pour signifier au reste de la meute et des autres meutes que tel loup était pris, et plus à prendre. Si quelqu’un essayait ensuite de les courtiser, la mort pouvait être l’issue sans qu’il n’y ait de procès. Elle attendrait un peu, pensa-t-elle. Ce jour-là, ils n’avaient rien prévu de faire hormis profiter l’un de l’autre. Depuis qu’ils s’étaient rencontrés, ils n’avaient pas eu beaucoup de temps pour eux. Zaira exigea cependant d’aller dans le commerce du coin pour aller acheter d’autre vin. Il n’avait que très peu de bouteilles, et elle affectionnait le vin italien. Il n’en avait point. Elle s’était donc levée du lit dans ce but.


-         Très bien, avait-il cédé, allons-y.

-         Charles, avait-elle soupiré. Je peux aller acheter du vin sur le territoire de ta meute seule.

-         Tu peux oui, mais je préfère venir avec toi.

-         Et moi je préfère y aller seule, avait-elle insisté en l’embrassant. Et toi pendant ce temps tu pourrais nous préparer à dîner… j’apprécierais un dîner aux chandelles.

-         Mmh, murmura-t-il en l’embrassant encore. Bien, à vos ordres chef. Qu’as-tu envie de manger ?

-         Eh bien, tu seras mon dessert. Pour le reste du menu, surprend-moi, lança-t-elle langoureusement.


Elle partit donc avec le pick-up de Charles au commerce le plus près de leur maison. Ce commerce était à une vingtaine de minutes. Charles était réellement tout seul dans son monde. Elle roulait en pensant à Wulfe, et à ce qu’il lui avait dit. Elle espérait que Charles pourrait l’aimer. Elle espérait que Charles n’attendait pas de la demander en mariage parce qu’il n’était plus sûr de vouloir être avec elle. Soudain, une voiture arriva à pleine vitesse sur sa droite, et vint s’encastrer dans le pick-up de Charles. Lorsqu’elle reprit connaissance, elle sentit qu’elle avait quelques côtes cassées, que ses poignets lui faisaient mal et qu’elle avait un méchant torticolis. Sa colonne vertébrale avait également été brisée, mais son corps commençait déjà à guérir. Quand elle ouvrit les yeux de nouveau, ses mains et ses pieds étaient attachés à des chaînes, et sa bouche était recouverte d’un bandeau. Elle se trouvait dans un avion, et les hommes autour d’elle parlaient italien. L’un d’eux était un homme grand et brun, plutôt beau. Il avait l’air d’avoir 25 ans, et c’était un vampire. Lorsqu’il vit que Zaira était éveillée, il l’assomma.


Quand elle rouvrit les yeux, elle était dans une sorte de cave, suspendue par des chaînes métalliques qui lui faisaient saigner les poignets. L’homme qui se tenait devant elle lui souriait. Il était très élégant dans un costume de luxe, sa peau était pale et son aura puissante. Il avait des cheveux bruns et été doté d’yeux bleus.


-         Buongiorno, carina lupa*, lui dit-il avec une voix profonde.

*Bonjour, jolie louve.


Zaira explosa de rire.


-         Tu es un homme mort, Iacopo Bonarata. 



J'espère que ce 3ème chapitre vous aura plu ! Il n'en reste plus que deux ! Dites le moi dans les commentaires, et vous pouvez aussi voter pour ce chapitre et cette fic ! A très vite !


Liv Stivrig


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