12 octobre, 9h40
Tribunal fédéral
Salle des accusés n° 2
Phoenix se tenait immobile devant la porte. Une anxiété lui nouait l'estomac, gagnant peu à peu du terrain malgré tous ses efforts pour l'ignorer. L'huissier posté devant la porte lui lança un regard interrogateur, visiblement perplexe de le voir planté devant l'entrée sans bouger mais Phoenix n'y porta pas trop d'attention. Ses pensées étaient ailleurs. Une seule question tournait en boucle dans son esprit : est-ce que Miles allait être présent ? La veille, tout avait changé. Lui et Miles, leur relation, leur amitié, leur... Phoenix ne savait toujours pas comment définir ce qui s'était passé entre eux. Une chose, cependant, était certaine : il ne regrettait rien. Il l'avait voulu, lui aussi. Ce qui l'avait troublé, en revanche, c'était la réaction du procureur. Après cet instant partagé, Miles avait semblé perdu. Comme s'il venait de franchir une frontière invisible dont il ignorait lui-même les conséquences. Il avait paru hésitant, inquiet, presque effrayé par ses propres sentiments. Ils avaient très peu parlé ensuite. Phoenix n'avait même pas ouvert le cadeau que Miles lui avait offert. À ce moment-là, cela lui avait semblé insignifiant face au désarroi évident du procureur. Miles souffrait et Phoenix ne savait pas comment l'aider. Le trajet du retour s'était déroulé dans un silence pesant. Miles l'avait raccompagné jusqu'à son appartement, puis ils s'étaient quittés avec une banalité presque absurde, comme si rien d'inhabituel ne s'était produit. Comme si le monde n'avait pas basculé à peine une heure plus tôt. Une fois seul chez lui, Phoenix avait erré dans son appartement, incapable de trouver le sommeil. Son esprit refusait de ralentir. Les souvenirs de la soirée revenaient sans cesse, si vifs qu'ils paraissaient irréels. Plus d'une fois, il s'était demandé s'il n'avait pas rêvé.
Mais non... C'était bien réel.
Et cette réalité le terrifiait autant qu'elle le rendait heureux.
Phoenix inspira profondément et redressa les épaules. Fixant la porte devant lui, il rassembla le peu de courage qu'il lui restait, puis il l'ouvrit. La pièce était déjà occupée par Maya et Miles qui s'y trouvaient. Un soulagement et une peur s'emparèrent de lui à la vue de l'homme. Au bruit de la porte, tous deux tournèrent la tête dans sa direction. Maya se leva aussitôt du canapé et traversa la pièce d'un pas vif pour venir à sa rencontre. Phoenix lui adressa un sourire forcé.
— Ah, Nick !
Maya se précipita vers lui, un sourire aux lèvres. Pourtant, à peine arrivée devant lui, elle s'immobilisa et son expression changea.
— Est-ce que... tout va bien ? demanda-t-elle avec hésitation.
Phoenix força de nouveau un sourire, tentant le rendre plus naturel cette fois.
— O-Oui. Tout va bien, Maya.
Le mensonge lui brûla presque la langue.
— Et toi ? Comment tu vas ?
Maya ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, elle l'observa attentivement, comme si elle cherchait à percer la façade qu'il s'efforçait de maintenir. Son regard insistant le mit mal à l'aise. Phoenix détourna les yeux, incapable de soutenir son examen silencieux. Maya fit un pas de plus vers lui.
— Nick... souffla-t-elle pour que lui seul puisse l'entendre. Est-ce que ça va vraiment ?
— Bien sûr que oui !
Il répondit rapidement et, dans un geste maladroit, il posa ses mains sur ses épaules, comme pour donner du poids à ses paroles. Pourtant, aucune explication ne lui venait à l'esprit. Aucun mensonge suffisamment crédible pour masquer le chaos qui régnait dans sa tête.
— Il est simplement stressé par les événements, intervint une voix calme derrière eux.
Phoenix se figea. Lui et Maya portèrent leurs regards vers Miles, qui s'approchait d'un pas contrôlé. Pendant une fraction de seconde, leurs regards se croisèrent. Presque aussitôt, Miles détourna les yeux et reporta son attention sur Maya, comme si ce bref échange n'avait jamais eu lieu. Le cœur de Phoenix se serra. Il sentait que ses chances avec lui se désintégraient sous ses yeux. Maya, elle, fronça légèrement les sourcils. Son regard passa de l'un à l'autre, puis revint en arrière. Elle semblait sentir cette étrange tension qui flottait entre eux sans parvenir à en identifier l'origine.
— D'accord... dit-elle finalement.
Son ton trahissait son scepticisme. Elle n'était pas convaincue. Phoenix se mordit l'intérieur de la joue. Maya le connaissait trop bien et n'était pas dupe. Elle avait immédiatement compris que quelque chose n'allait pas. Seulement, il lui était impossible de lui révéler la vérité. Du moins, pas maintenant. Dans quelques minutes à peine, le procès commencerait et lui-même ignorait encore ce qu'il était censé penser de ce qui s'était passé la veille. De ce qu'il était censé penser de Miles. Ils n'avaient même pas eu l'occasion d'en parler.
— Nick...
La voix de Maya le tira brutalement de ses pensées.
— Tu me fais mal.
Phoenix baissa les yeux. Ses mains étaient toujours agrippées à ses épaules et il les serrait bien plus fort qu'il ne l'avait réalisé.
— Ah !
Il la relâcha aussitôt, reculant d'un pas.
— D-Désolé, Maya !
— Ce n'est rien.
Tout en massant son épaule endolorie, elle lui adressa un sourire rassurant. Avant qu'un nouveau silence gênant ne puisse s'installer, la voix de l'huissier retentit dans la salle.
— Le procès va bientôt commencer. Veuillez vous rendre à la salle d'audience.
Comme soulagé d'avoir une échappatoire, Phoenix se mit immédiatement en marche vers la sortie, sans regarder Miles. Sans même essayer. Derrière lui, Maya lança au procureur un regard rempli de questions. Miles se contenta de hausser les épaules avec nonchalance en feignant l'ignorance. Puis, d'un léger geste de la main, il l'invita à avancer. Maya hésita un instant. Elle finit par emboîter le pas, plus perplexe que jamais.
12 octobre, 10h00
Tribunal fédéral
Salle d'audience n° 2
Les trois prirent place dans la salle d'audience. Phoenix et Miles s'installèrent au banc de la défense, tandis que Maya s'assit sur le siège des accusés. Malgré son sourire courageux, une certaine nervosité transparaissait dans sa posture. En face d'eux, Franziska von Karma se tenait déjà prête. Droite comme une lance et le regard froid, elle semblait avoir attendu cet instant avec impatience. Phoenix inspira profondément et redressa les épaules. Son regard resta fixé devant lui, déterminé à ne pas se laisser distraire. Peu importe ce qui se passait dans sa vie personnelle, il avait une cliente à défendre. Une cliente innocente. À ses côtés, Miles croisa les bras. Malgré lui, son regard dériva vers Phoenix. L'avocat affichait son habituelle expression de concentration, mais quelque chose paraissait différent. Quelque chose de plus tendu et plus distant. Miles savait exactement pourquoi.
Un coup de maillet retentit dans la salle.
— La cour est à présent en session.
Le brouhaha s'éteignit aussitôt.
— Lors de notre dernière audience, le 7 octobre, la défense a présenté plusieurs éléments susceptibles de faire progresser l'enquête, déclara le juge. Un fragment de vêtement brûlé a notamment été retrouvé à proximité de la scène du crime. De plus, un témoin affirme avoir aperçu quelqu'un utilisant l'incinérateur du village le soir des faits.
— C'est exact, Votre Honneur, confirma Phoenix.
Le juge acquiesça avant de poursuivre.
— Le procès a malheureusement été interrompu par un tremblement de terre ayant perturbé le bon déroulement des débats.
Son regard se tourna vers Miles.
— D'ailleurs, M. Edgeworth, comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Miles eut un léger mouvement de surprise.
— Ah, uh... Je vais beaucoup mieux, Votre Honneur, il marqua une courte pause. J'aimerais également profiter de cette occasion pour présenter mes excuses. Mon état a causé des inquiétudes inutiles et perturbé cette audience.
Pendant qu'il parlait, son regard glissa involontairement vers Phoenix, attiré malgré lui. Phoenix le regarda également. Pendant un instant, leurs yeux se rencontrèrent et Phoenix détourna aussitôt les siens pour fixer le juge, comme si rien ne s'était passé. Comme si ce regard n'avait jamais existé. Miles sentit une pointe d'amertume lui serrer la poitrine. Était-ce terminé ? Avait-il définitivement gâché ce qu'ils avaient commencé à construire ? Ces questions le hantaient, depuis la veille, et l'absence de réponse était pire encore.
— Très bien, reprit le juge avec un sourire satisfait. Je suis heureux d'apprendre que vous vous portez mieux.
Il consulta rapidement ses notes.
— Reprenons donc le procès de Maya Fey, accusée du meurtre du journaliste Otto Luck.
Son expression se fit plus sérieuse.
— Mlle von Karma, l'accusation a-t-elle découvert de nouveaux éléments depuis notre dernière audience ?
Tous les regards convergèrent vers Franziska. Durant quelques secondes, elle demeura parfaitement immobile et ses doigts se crispèrent légèrement sur le tissu blanc de ses manches. Elle releva lentement les yeux vers le juge. L'éclat habituel de confiance qui brillait dans son regard semblait teinté d'une étrange gravité.
— L'accusation maintient sa position : Maya Fey demeure la principale suspecte dans le meurtre d'Otto Luck.
Franziska marqua une courte pause avant de poursuivre.
— Toutefois, aucune autre piste n'a pu être développée de manière concluante depuis la dernière audience.
Phoenix laissa discrètement échapper l'air qu'il retenait depuis plusieurs secondes. C'était une bonne nouvelle. Si l'enquête n'avait pas progressée davantage, alors tout se jouerait avec les éléments déjà présents au dossier. Jusqu'à présent, ces éléments penchaient davantage en faveur de la défense que de l'accusation. Pour la première fois depuis le début de l'audience, il sentit un peu de la pression quitter ses épaules.
— Cependant...
Le claquement sec d'un fouet fendit l'air. Phoenix releva aussitôt la tête. Franziska faisait lentement glisser son fouet entre ses doigts gantés, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres.
— L'accusation a une requête à formuler.
— Bien entendu, Mlle von Karma, répondit le juge. Quelle est cette requête ?
Le regard de la procureure se posa directement sur Phoenix et son sourire s'accentua. Elle fit claquer son fouet une seconde fois.
— L'accusation souhaite rappeler un témoin à la barre.
— Accordé. De qui s'agit-il ?
Les yeux gris de Franziska ne quittèrent pas ceux de Phoenix, comme si elle attendait sa réaction.
— Hana Fey, Votre Honneur.
Un léger silence tomba sur la salle. Phoenix fronça les sourcils en mode analytique. Il tentait de comprendre ce que venait de dire son adversaire. La gardienne de nuit avait déjà témoigné. Qu'espérait donc obtenir Franziska en la faisant revenir ? Son esprit se mit immédiatement à tourner à toute vitesse. Il pensa à une stratégie ou encore un piège de sa part pour la défense. Quelque chose lui échappait.
— Elle nous tend une perche.
La voix basse de Miles le tira brusquement de ses réflexions. Phoenix tourna la tête vers lui, surpris. Le procureur observait calmement Franziska.
— Regarde-la bien, murmura-t-il. Elle veut que nous allions dans une direction précise.
Pendant un instant, son regard croisa celui de Phoenix. Cette fois, il n'y avait ni hésitation ni fuite mais seulement une étrange douceur. Une tentative silencieuse de lui dire qu'il n'était pas seul. Phoenix sentit son cœur manquer un battement. Les yeux gris de Miles avaient toujours eu quelque chose d'hypnotique, mais aujourd'hui, ils semblaient particulièrement difficiles à soutenir. Il détourna rapidement le regard et ajusta sa cravate d'un geste nerveux. Pourquoi faisait-il soudainement si chaud dans cette salle ?
— Huissier, appela le juge. Veuillez faire venir Hana Fey à la barre.
La jeune femme n'eut pas à aller bien loin. Présente parmi les spectateurs venus assister au verdict de l'affaire, elle se leva presque immédiatement. Tous les regards de la salle convergèrent vers elle tandis qu'elle avançait vers la barre des témoins. Vêtue de son uniforme de gardienne de nuit, elle paraissait bien moins assurée que lors de sa précédente déposition. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'elles vinrent se poser sur le bois poli de la barre. Une fois installée, elle lança un regard hésitant à Franziska. Elle cherchait à comprendre pourquoi elle avait été rappelée. La procureure demeurait immobile avec les bras croisés. Son regard perçant se fixa sur Hana avec une intensité telle que cette dernière vacilla presque sous la pression. Hana déglutit difficilement et, pour la première fois depuis son arrivée à la barre, une véritable inquiétude traversa son visage.
— Témoin.
La voix de Franziska trancha le silence comme un coup de lame. Hana sursauta presque.
— J'aimerais que vous nous éclaircissiez sur un point.
— O-Oui...?
Sa voix vacilla sous l'effet de la nervosité. Franziska ne quitta pas le femme des yeux, son fouet reposant contre son épaule.
— Expliquez à la cour comment Maya Fey aurait pu obtenir la clé donnant accès au sanctuaire des trésors du village.
Le visage de Hana se crispa et elle déglutit difficilement.
— Q-Que voulez-vous dire ?
— Vous l'avez vous-même affirmé lors de votre précédent témoignage.
Franziska posa une main sur sa hanche.
— Cette clé est sous la responsabilité des gardiennes de nuit. Elle n'est pas accessible au public. Alors dites-nous : comment Maya Fey aurait-elle pu mettre la main dessus ?
Pendant quelques secondes, Hana resta silencieuse.
— E-Eh bien... Mystique Maya aurait pu entrer dans le dortoir et prendre la clé.
— Vraiment ?
Le ton de Franziska était glacial.
— Voilà qui serait particulièrement imprudent.
Un murmure parcourut la salle. Au banc de la défense, Phoenix fronça les sourcils. Quel était son objectif ? Franziska semblait attaquer sa propre théorie et elle le faisait avec une assurance déconcertante.
— Récapitulons, voulez-vous ?
La procureure leva un doigt.
— Selon cette hypothèse, Maya Fey se serait introduite discrètement dans le dortoir des gardiennes, un deuxième doigt. Elle aurait trouvé la clé du sanctuaire, un troisième. Elle aurait attiré Otto Luck sur les lieux afin de l'assassiner, elle abaissa lentement la main, avant de laisser derrière elle son collier, l'arme du crime et une lettre particulièrement compromettante.
Son regard balaya la salle.
— N'est-ce pas... remarquablement amateur ?
Un silence pesant s'abattit sur le tribunal. Même le juge semblait hésiter à répondre. Hana, elle, demeurait figée, ses lèvres étaient serrées en une mince ligne. Aucune réponse ne lui venait. Franziska ne lui laissa pas le temps de reprendre contenance.
— Où se trouve actuellement cette clé ?
— D-Dans notre dortoir.
La réponse avait fusé presque instinctivement.
— Donc elle a été restituée.
— Oui.
— Je vois.
Franziska ferma brièvement les yeux et les rouvrit. Phoenix comprit, soudainement. Elle ne cherchait pas à défendre son accusation. Elle construisait un piège. Un piège dont Hana était la cible.
— Dans ce cas...
Le regard de Franziska s'abattit sur la témoin.
— Personne n'a vu Maya Fey entrer dans ce dortoir ?
Hana sentit son estomac se nouer. Le silence devint assourdissant. Tous les regards étaient braqués sur elle. Le juge, la défense, l'accusée et même les spectateurs semblaient retenir leur souffle. Ses doigts s'enfoncèrent dans le bois de la barre jusqu'à en blanchir les jointures. Elle comprenait exactement où Franziska voulait l'emmener et si elle répondait non... Tout s'effondrerait. La peur prit le dessus.
— J-Je l'ai vue !
Sa voix éclata dans la salle.
— Maya Fey est venue au dortoir !
Le silence qui suivit fut encore plus lourd que celui qui l'avait précédé. C'était comme si tout le tribunal venait de sentir quelque chose se fissurer. Franziska von Karma sourit. Enfin.
Un sourire victorieux étira les lèvres de Franziska. Fière, elle avait obtenu exactement ce qu'elle voulait. Lentement, elle tourna la tête vers le banc de la défense. Aux côtés de l'avocat en bleu, Miles affichait lui aussi une discrète satisfaction. Ses bras étaient toujours croisés, mais son regard trahissait une certaine fierté. Sa sœur venait d'exécuter un piège presque parfait et Hana Fey y avait plongé tête la première. Phoenix, lui, passait son regard de Franziska à Miles, puis de Miles à Franziska. Quelque chose lui échappait encore. Pourquoi semblaient-ils tous deux si satisfaits ? Pourquoi Hana avait-elle, d'un coup, l'air d'une bête acculée ? Puis, la pièce du puzzle se mit en place d'un seul coup. Son souffle se coupa. La clé, le dortoir, le témoignage spontané... Hana venait de s'avancer sur un terrain dont personne ne lui avait parlé. Elle venait de fournir une information qui n'existait dans aucune déposition précédente. Maintenant, elle allait devoir l'expliquer. Le sourire de Franziska s'élargit.
— Le témoin est à vous, Phoenix Wright.
Son ton débordait d'assurance, convaincue que l'issue de la manœuvre ne faisait déjà plus aucun doute.
— Et quel plaisir nous aurons à disséquer ce témoignage.
Phoenix jeta un regard en coin vers l'homme qui venait de parler.
— N'est-ce pas ?
Phoenix le fixa quelques secondes et ses yeux s'écarquillèrent. Il comprenait, enfin. Une vague d'adrénaline traversa son corps. D'un mouvement brusque, il se tourna vers Hana. La femme avait blêmi. Sa mâchoire était crispée à s'en faire mal. Une colère froide monta dans la poitrine de Phoenix. Une colère nourrie par les mensonges, les manipulations et les jours passés à voir Maya accusée d'un crime qu'elle n'avait pas commis.
(Je te tiens.)
Avant même de s'en rendre compte, ses deux mains s'abattirent sur le bureau. Le choc résonna dans toute la salle d'audience où plusieurs spectateurs sursautèrent.
— Hana Fey !
La voix de Phoenix claqua comme un coup de fouet.
— Vous venez de révéler un nouveau détail. Vous allez immédiatement témoigner à ce sujet !
— Q-Quoi ?!
Prise de panique, Hana porta ses mains à sa poitrine.
— Vous venez d'affirmer avoir vu Maya Fey dans le dortoir des gardiennes de nuit.
Cette fois, la voix de Phoenix était calme. La voix d'un prédateur qui savait sa proie piégée.
— Je veux entendre ce témoignage dans son intégralité.
Hana chercha désespérément une échappatoire. Son regard erra dans la salle : vers le juge, vers les spectateurs, vers Franziska... Personne ne vint à son secours. Le juge leva son maillet.
— La cour accède à cette demande. Témoin, veuillez présenter votre déposition.
— T-Très bien...
Sa voix n'était plus qu'un murmure. Phoenix sentit son cœur cogner contre ses côtes. Chaque battement semblait résonner dans tout son corps. Il s'agissait d'un mélange d'excitation, d'anticipation et de l'impression d'être enfin sur la bonne piste. Ses mains demeuraient appuyées sur le bureau, prêtes et tendues. À ses côtés, Miles l'observait en silence. Il remarqua la pulsation rapide dans son cou et l'éclat dans ses yeux. Cette expression particulière qui apparaissait chaque fois que Phoenix était sur le point de démolir un mensonge. Comme un chasseur qui venait de repérer les traces de sa cible. Un léger sourire se dessina sur les lèvres du procureur. Il décroisa lentement les bras pour se pencha vers lui, juste assez près pour que personne d'autre ne puisse entendre.
— Wright...
Sa voix basse effleura son oreille. Un frisson remonta instantanément le long de l'échine de Phoenix. Malgré l'intensité du moment, du tribunal et de cette affaire, son cœur manqua un battement.
— Nous tenons notre coupable.
Pendant une fraction de seconde, Phoenix tourna les yeux vers lui. Pour la première fois depuis le début de l'audience, ils partageaient exactement la même certitude. Et, pour la première fois depuis la veille, un véritable sourire illumina son visage. Il n'était pas forcé et il ne s'agissait pas d'une façade destinée à rassurer les autres. Non... son sourire était sincère. Le procureur resta figé une fraction de seconde et quelque chose dans sa poitrine se serra. Il se senti, ensuite, fondre. Voir Phoenix sourire ainsi lui donna presque le vertige. Ses yeux descendirent malgré lui vers ses lèvres. À peine une fraction de seconde, avant de remonter vers son regard. Phoenix remarqua le mouvement et, au lieu de détourner les yeux, son expression s'adoucit davantage. Toute la gêne et tous les non-dits de la veille semblèrent disparaître. Ils n'avaient pas besoin de mots. Ils étaient sur la même longueur d'onde. Comme toujours lorsqu'ils se retrouvaient côte à côte dans un tribunal. Ensemble, ils étaient capables de renverser n'importe quelle situation. Ensemble, ils étaient imbattables. Phoenix reporta son attention sur la barre des témoins.
— Hana Fey, déclara-t-il.
La jeune femme releva brusquement la tête.
— À quel moment exactement avez-vous vu Maya Fey entrer dans le dortoir ?
Hana hésita. Son regard glissa sur le côté tandis qu'elle cherchait sa réponse avec précaution pour ne pas que chaque mot devienne une arme contre elle.
— Il était... très tôt le matin, elle porta une main à son menton. Aux alentours de trois heures. Mystique Maya est entrée précipitamment dans le dortoir. Elle est allée directement vers la pièce où nous conservons les clés, elle avala sa salive. Puis, elle est ressortie presque aussitôt.
— Je vois.
Phoenix hocha lentement la tête.
— Y avait-il quelque chose de particulier chez elle ? Quelque chose qui vous a marquée ?
Hana fronça les sourcils.
— Maintenant que vous le dites... elle réfléchit quelques secondes, j'ai cru apercevoir des taches sur ses vêtements.
Un murmure parcourut la salle.
— Des taches ? Phoenix garda un ton neutre. Pouvez-vous préciser leur couleur ?
La gardienne hésita et un éclat de défi traversa son regard.
— Il faisait sombre. Je n'ai pas distingué la couleur mais peut-être était-ce du sang, vu les circonstances.
— Vraiment ?
Phoenix commença à feuilleter quelques documents sur son bureau.
— C'est pourtant intéressant, il s'arrêta sur une feuille. Maya Fey a été arrêtée après les faits. Or, ses vêtements ne portaient aucune trace de sang.
Hana se raidit.
— Si je peux me permettre, Franziska intervint sans quitter la témoin des yeux, un test au luminol a également été effectué sur les vêtements de l'accusée.
Le claquement de son fouet résonna dans l'air.
— Aucune trace de sang n'a été détectée.
Le silence retomba et Hana pâlit.
— P-Parce qu'elle s'est changée !
Sa réponse jaillit presque comme un réflexe.
— C'est évident !
Phoenix ouvrit la bouche pour répliquer mais quelqu'un le devança.
— Dans ce cas...
La voix grave de Miles résonna dans la salle. Tous les regards convergèrent vers lui. Le procureur avait quitté sa posture détendue. Son regard gris était devenu aussi froid qu'une lame.
— Où sont passés ces vêtements ?
Hana se figea.
— Je...
— Vous affirmez que Maya Fey portait des vêtements tachés.
Chaque mot tombait avec une précision chirurgicale.
— Vous affirmez ensuite qu'elle les a changés, il croisa les bras. Alors, où sont-ils ?
La témoin resta muette et son souffle s'accéléra. Sous le poids du regard d'Edgeworth, elle semblait perdre pied. Elle avait l'impression que le sol se dérobait peu à peu sous ses pieds. Le peu de certitude qu'elle affichait commença à se fissurer.
— V-Vous avez pourtant dit que quelqu'un avait utilisé l'incinérateur, n'est-ce pas ?! Hana s'accrocha à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Maya Fey a simplement brûlé ses vêtements après le meurtre ! Voilà tout !
Un sourire nerveux apparut sur son visage, comme si elle venait enfin de trouver une explication capable de la sortir de cette impasse. Phoenix ne sembla pas impressionné. Calmement, il saisit une feuille parmi les documents étalés sur son bureau.
— Vous le pensez vraiment ?
— Bien sûr !
— Dans ce cas, examinons les faits, il leva le document. Nous disposons du témoignage d'Olivia Fey concernant l'utilisation de l'incinérateur.
Hana hocha vivement la tête.
— Exactement !
— Cependant...
Phoenix marqua une pause et releva les yeux vers elle.
— Olivia Fey a déclaré avoir vu quelqu'un utiliser l'incinérateur vers une heure trente du matin.
Le sourire de Hana se contracta.
— Or, selon votre propre témoignage, vous auriez aperçu Maya Fey dans le dortoir aux alentours de trois heures du matin.
Le silence se fit dans la salle.
— Si Maya portait encore ces prétendus vêtements tachés à trois heures, comment aurait-elle pu les brûler une heure et demie plus tôt ?
Le sang quitta le visage de la témoin.
— Ngh... ses doigts se crispèrent sur le bois de la barre, p-peut-être qu'Olivia s'est trompée ! sa voix monta d'un cran. Elle est encore apprentie ! C'était sa première nuit et un meurtre a eu lieu ! Elle était nerveuse pendant son témoignage. Il est tout à fait possible qu'elle ait confondu l'heure.
Quelques murmures parcoururent les gradins. Phoenix allait répondre lorsqu'une voix froide l'interrompit.
— Cette comédie a assez duré, Mme Fey.
Tous les regards se tournèrent vers Miles. Son expression était devenue impitoyable. Dans sa main se trouvait un sachet transparent contenant un fragment de tissu noirci. Hana blêmit instantanément.
— Ce morceau d'étoffe a été retrouvé dans l'incinérateur en question.
Miles leva le sachet afin que toute la cour puisse le voir. Le tissu carbonisé semblait insignifiant. Pourtant, aux yeux de Hana, il avait l'effet d'une condamnation.
— Une analyse effectuée par le laboratoire scientifique a révélé plusieurs éléments intéressants.
Chaque mot semblait refermer davantage le piège autour d'elle.
— Premièrement, ce tissu est imprégné du sang de la victime.
Un murmure choqué traversa la salle.
— Deuxièmement... le regard gris de Miles se fixa sur Hana, ce vêtement n'appartient pas à l'accusée.
La gardienne de nuit recula instinctivement.
— Q-Quoi... ?
— Les fibres, le tissage et la composition correspondent parfaitement à l'uniforme porté par les gardiennes de nuit du village.
Le silence qui suivit fut assourdissant. Hana sentit son estomac se nouer. Chaque issue qu'elle avait tentée d'emprunter venait d'être fermée une à une et le pire restait à venir car, désormais, tous les regards du tribunal étaient braqués sur elle.
— Mystique Maya est entrée dans le dortoir où sont rangés nos uniformes ! Hana s'accrocha désespérément à son explication. Elle aurait très bien pu voler une tenue et s'en servir !
— Mme Fey, la voix de Miles coupa net son élan, je ne peux m'empêcher de remarquer quelque chose.
Le procureur l'observa de haut en bas avec son calme habituel.
— Votre uniforme est remarquablement bien entretenu.
Son regard se posa sur les manches impeccables de la gardienne.
— J'irais même jusqu'à dire qu'il paraît neuf.
Hana se raidit.
— Et alors ?
— C'est curieux, Miles croisa les bras. Olivia Fey portait exactement le même uniforme lors de son témoignage. Pourtant, le sien présentait des signes évidents d'usure, son ton demeurait parfaitement neutre. Contrairement au vôtre.
— Nous les remplaçons lorsqu'ils deviennent trop abîmés.
La réponse arriva presque immédiatement, comme si elle avait déjà préparé cette excuse.
— Je vois.
Miles ne la quitta pas des yeux. Au banc de la défense, Phoenix fronça légèrement les sourcils.
— Drôle de coïncidence... murmura-t-il.
Le procureur reprit aussitôt.
— En parlant d'analyses, je me suis permis d'en approfondir une autre.
Cette fois, son regard glissa vers Franziska. La jeune procureure observait la scène en silence, parfaitement immobile. Pour elle, c'était comme si elle assistait à une représentation dont elle connaissait déjà la fin. Miles saisit une feuille parmi les documents posés devant lui.
— J'ai demandé une comparaison entre l'écriture de la lettre prétendument rédigée par l'accusée et plusieurs documents officiels écrits par notre témoin.
Les yeux de Phoenix s'écarquillèrent. (Tu as fait ça ?) Pendant un instant, il ne put qu'observer Edgeworth avec sa posture impeccable, son assurance tranquille et sa certitude inébranlable qui apparaissait chaque fois qu'il savait tenir quelque chose d'important. Sans même regarder ses notes, Miles poursuivit :
— Les résultats sont sans équivoque.
Le silence tomba sur la salle. Son regard gris se planta dans celui d'Hana.
— Vous êtes l'autrice de cette lettre.
Le visage de la gardienne se vida de toute couleur.
— N-Non...
Ses mains se mirent à trembler de plus en plus fort. Son corps lui-même refusait désormais de soutenir ses mensonges. À côté de lui, Miles se pencha légèrement vers Phoenix. Assez près pour que personne d'autre ne puisse les entendre.
— Désolé de ne pas t'avoir consulté pour ça, Wright.
Un mince sourire passa sur ses lèvres.
— Les résultats sont arrivés ce matin. Gumshoe me les a apportés avant l'audience.
Phoenix cligna des yeux. Un sourire admiratif apparut malgré lui. (Toujours plusieurs coups d'avance...) Un cri soudain interrompit ses pensées.
— Vous !
Hana pointait un doigt tremblant vers Franziska. Tous les regards transférèrent vers la procureure.
— Que faites-vous ?!
Franziska ouvrit lentement les yeux, comme si elle venait d'être tirée d'une réflexion particulièrement ennuyeuse.
— Oh ? un sourcil se haussa. Soyez plus précise.
— Pourquoi les laissez-vous faire ?! la voix d'Hana monta de ton. Pourquoi les laissez-vous me traiter comme une criminelle ?!
Quelques murmures parcoururent la salle. Franziska la contempla un instant et un léger rire méprisant lui échappa.
— Hmph, elle secoua légèrement la tête, vous êtes responsable de votre propre situation, témoin.
Hana resta figée.
— P-Pardon ?
— C'est vous qui avez affirmé avoir vu l'accusée pénétrer dans le dortoir.
Le regard de Franziska se fit plus froid et plus tranchant.
— Personne ne vous a forcée à ajouter ce détail.
Chaque mot frappait avec la précision d'un coup de fouet.
— À présent, il vous appartient d'expliquer cette histoire de manière cohérente.
Le silence devint pesant.
— Et si vous en êtes incapable...
Franziska marqua une pause. Un mince sourire apparut sur ses lèvres.
— Alors je ne peux rien faire pour vous.
Pour la première fois depuis le début du procès, Hana comprit qu'elle était seule. Complètement seule. Et que même l'accusation venait de l'abandonner. Le regard glacial de Franziska s'abattit sur Hana. Il n'y avait ni compassion, ni hésitation, ni échappatoire. Quelque chose se brisa dans l'esprit de la gardienne. Ses jambes cédèrent sous elle. Elle s'effondra à genoux devant la barre des témoins et porta ses mains à sa tête comme pour empêcher ses pensées de se répandre.
— C'est injuste !
Sa voix éclata dans la salle.
— Tout ça est injuste !
Les spectateurs sursautèrent.
— Tout est de la faute de Mystique Misty Fey !
Sa colère résonna contre les murs du tribunal.
— Si elle n'avait pas souillé notre culture, rien de tout cela ne serait arrivé !
Hana tourna brusquement la tête vers Maya. Son regard débordait d'amertume et d'une haine longtemps contenue.
— Et maintenant, sa fille va répéter la même histoire !
Maya resta figée. Ses lèvres s'entrouvrirent sans qu'aucun son n'en sorte.
— Mystique Maya ne pourra jamais réparer ce que sa mère a détruit ! Hana se releva brusquement, les poings tremblants. Jamais ! des larmes de rage brillaient dans ses yeux. Elle ne rendra jamais à notre village la fierté que nous portions autrefois !
Les mots frappèrent Maya comme des coups. Lentement, elle baissa la tête. Son regard se fixa sur le sol. Phoenix sentit son cœur se serrer. Même après toutes ces années. Même après tout ce qu'elle avait enduré. Le poids du nom Fey continuait de peser sur ses épaules.
— Morgan avait raison...
La voix d'Hana était devenue plus faible mais, dans le silence absolu du tribunal, chacun l'entendit. Phoenix releva brusquement la tête.
— Elle savait ce qui était le mieux pour notre village.
Les yeux d'Hana semblaient perdus dans un passé que personne d'autre ne pouvait voir.
— Pour nos traditions, sa voix trembla, pour notre culture, elle serra les dents, pour notre fierté.
Personne n'osa l'interrompre. Même le juge demeurait silencieux. Toute la salle retenait son souffle.
— Mystique Maya... un rire amer lui échappa, elle n'est pas digne de devenir Maîtresse.
Maya ferma les yeux.
— Elle est trop immature.
Chaque mot était comme une lame qui transperçait le corps de Maya.
— Ses pouvoirs spirituels sont faibles et elle est une honte pour le nom Fey.
— Objection !
La voix de Phoenix éclata dans la salle comme un coup de tonnerre. Tous les regards se tournèrent vers le banc de la défense. L'avocat avait frappé son bureau avec une telle force que plusieurs documents avaient tremblés. Sa mâchoire était crispée et ses poings serrés. Dans ses yeux brûlait une colère rare. Une colère que même les pires criminels avaient rarement réussi à provoquer.
— Cela suffit, chaque syllabe vibrait d'indignation. Vous pouvez mentir à cette cour, il désigna Hana du doigt. Vous pouvez falsifier des preuves, sa colère monta encore d'un cran. Mais je ne vous laisserai pas utiliser cette audience pour déverser votre haine sur une innocente.
Le silence qui suivit fut assourdissant. Même Hana sembla incapable de répondre car, pour la première fois depuis le début de son effondrement... quelqu'un venait de s'opposer frontalement à elle.
— Maya est la personne la plus persévérante que je connaisse.
La voix de Phoenix résonna dans la salle, ferme et assurée.
— Elle s’entraîne sans relâche. Elle est fière de ses origines et elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour devenir une médium digne de ce titre.
Il marqua une brève pause, comme pour laisser ses mots s’ancrer dans l’air.
— Depuis que je la connais, Maya n’a jamais dévié de son objectif : être à la hauteur des responsabilités qui l’attendent.
Son regard se tourna vers elle. Maya releva la tête. Les larmes lui montaient aux yeux, mais cette fois, elles n’étaient pas uniquement faites de tristesse. Il put lire sur ses lèvres tremblantes murmurer son surnom.
— Maya dépassera les Maîtres qui l’ont précédée.
Sa voix portait une conviction inébranlable. Pendant un instant, la salle sembla retenir son souffle et Hana resta figée. Sa gorge se serra.
— Donc... la voix de Phoenix s’assombrit, vous avez élaboré un plan sordide pour piéger Maya Fey.
Le silence tomba brutalement. Son regard s’était durci où toute trace de calme avait disparue.
— Vous avez demandé à un journaliste de rédiger un article destiné à ternir son image.
Hana baissa légèrement les yeux.
— Oui.
Sa réponse était froide et définitive.
— Je voulais salir son nom.
Un frisson parcourut la salle.
— Mais un simple article ne suffisait pas pour la renverser, ses doigts se crispèrent sur la barre. Il fallait quelque chose de plus... marquant.
Le mot resta suspendu dans l’air. Phoenix sentit son estomac se nouer.
— Vous avez donc assassiné un innocent.
Sa voix était basse mais pour le moins tranchante.
— C’est cela que vous êtes en train d’admettre ?
Hana ne détourna pas le regard.
— Parfois... elle inspira lentement, des sacrifices sont nécessaires.
Un murmure de dégoût parcourut les bancs. Phoenix serra les poings si fort que ses jointures blanchirent. Quelque chose en lui vacillait et il ne s'agissait pas de sa détermination mais de sa patience. Son regard se fit plus froid et plus lourd encore. Pour la première fois depuis le début de l’audience, il ne cherchait même plus à cacher le dégoût que lui inspirait la témoin.
— La veille, j’ai pris le collier de Mystique Maya dans sa chambre.
La voix de Hana était devenue étrangement calme et détachée, malgré la tournure des événements.
— Je l’ai gardé avec moi jusqu’au moment du crime, elle inspira lentement. J’ai invité le journaliste à me rejoindre au sanctuaire, pendant la nuit, et là... sa gorge se contracta légèrement, je l’ai poignardé.
Un frisson parcourut la salle.
— J’ai ensuite laissé des traces sur la scène pour que tout accuse Mystique Maya.
Elle marqua une courte pause. Son regard se perdit un instant, comme si elle revoyait la scène.
— Mais... j’ai été naïve de croire que mon plan fonctionnerait.
Ses yeux se posèrent sur Maya.
— Après tout... les deux plans de Morgan ont échoués, auparavant. Comment aurais-je pu faire mieux ?
Elle laissa échapper un rire bref, sans joie. Elle releva lentement les yeux vers les deux avocats.
— Je crois plus que tout que Mystique Pearl aurait dû devenir la véritable Maîtresse. Mais Maya... elle détourna brièvement le regard, elle est protégée. Elle a gagné. Et j’ai perdu. Nous avons perdu, rectifia-t-elle.
Le silence qui suivit fut écrasant. Personne n’osa le rompre. Le juge avait les yeux fermés, comme perdu dans ses pensées. Maya, elle, avait baissé la tête. Encore une fois. Encore une accusation. Encore une tentative de lui arracher son avenir. Ses poings se serrèrent si fort qu'elle marqua sa paume de l'empreinte de ses ongles. Des larmes silencieuses glissèrent sur ses mains tremblantes. Phoenix la regardait et Miles aussi. Dans le regard de Phoenix, il y avait une envie simple, presque instinctive, d'aller vers elle pour la protéger et lui dire que cette fois, c’était terminé.
— Je suis prêt à rendre mon verdict.
La voix du juge résonna dans la salle comme un couperet. Le temps sembla se figer. Tandis que l’affaire touchait à sa fin, une chose était certaine : ce n’était pas une victoire. Pas pour Maya. Pas pour personne.
12 octobre, 13h44
Tribunal fédéral
Salle des accusés n° 2
— Maya…
La voix de Phoenix était douce et fragile. À peine avait-il prononcé son nom qu’elle se jeta contre lui. Le choc le fit reculer d’un demi-pas, mais il ne tenta pas de se dégager. Ses bras s’enroulèrent instinctivement autour d’elle. Maya s’agrippa à lui avec une force désespérée. Son visage enfoui contre son torse, elle laissa enfin tout s’effondrer. Les sanglots, les tremblements, les respirations hachées. Tout ce qu’elle retenait depuis le début du procès. Phoenix sentit chaque secousse traverser son propre corps, comme si la douleur lui était transmise. Pourtant, il ne fit rien pour l’arrêter. Il se contenta de la serrer un peu plus fort. Ses doigts glissèrent doucement dans ses cheveux.
— Je sais que c’est difficile pour toi…
Son murmure se perdit dans ses mèches.
— N-Nick…
Sa voix se brisa immédiatement. Phoenix ferma les yeux un instant. Il n’y avait rien à dire qui puisse réparer ce qui venait de se passer. Alors, il resta là. Présent et stable pour elle. Il devenait un point d’ancrage au milieu de la tempête. Derrière eux, Miles Edgeworth n’avait pas bougé. Il les observait avec une expression calme et remplie d'empathie. Le sentiment d'impuissance se mélangea au cocktail d'émotions présent dans la pièce. Phoenix tourna légèrement la tête vers lui. Leur regard se croisa et Miles figea à la vue du brouillard dans les yeux de l'homme. Miles fit quelques pas pour s’approcher d'eux. Sans un mot, il posa une main sur l’épaule de Phoenix et l’autre sur celle de Maya. Un geste simple, un peu raide, mais sincère. Maya, tremblante, finit par relever la tête du torse mouillé de Phoenix. Ses joues étaient encore couvertes de larmes. Elle essuya rapidement son visage du revers de sa main et, sans prévenir, elle se détacha de son ami.
— Maya ?
Il n’eut pas le temps de réagir. Elle se jeta contre lui. Le procureur eut un léger mouvement de recul, surpris, mais il ne la repoussa pas. Ses bras restèrent en suspens. Maya s’agrippa à lui, comme si elle craignait qu’il disparaisse si elle ne le retenait pas assez fort.
— Merci, M. Edgeworth…
Visiblement mal à l’aise avec le contact, il posa finalement ses mains dans le dos de Maya. Ses gestes étaient raides et hésitants, comme s’il n’avait pas l’habitude de ce genre de situation.
— C-Ce n’est rien, Maya.
Il lui donna quelques petites tapes maladroites, avant de se reculer légèrement, cherchant immédiatement une posture plus professionnelle. Maya, elle, finit par se détacher de l’étreinte. Elle essuya de nouveau ses joues du revers de la main en reniflant doucement. Malgré les larmes encore présentes, elle força un sourire et alterna son regard entre les deux hommes.
— Merci… pour tout ce que vous avez fait.
Sa voix était plus calme et posée. Elle se tourna ensuite vers Phoenix, son expression se faisant plus hésitante. Son regard tomba vers le sol.
— Tu… tu le pensais vraiment ?
— Hein ?
Phoenix cligna des yeux, surpris.
— Ce que tu as dit… à la fin.
Elle releva légèrement la tête.
— Quand tu as dit que j’allais surpasser les autres Maîtres.
Un bref silence s’installa et Phoenix sembla se reprendre.
— Ah !
Il redressa aussitôt les épaules.
— Bien sûr, Maya.
Sa voix gagna en assurance.
— Tu es quelqu’un d’extraordinaire. Tu inspires beaucoup de monde. Et…
Il marqua une courte pause, avant de sourire sincèrement.
— Et on tient tous énormément à toi.
Maya resta immobile un instant. Un petit sourire, fragile mais réel, se dessina sur ses lèvres.
— Merci, Nick…
C’est à ce moment que la porte s’ouvrit brusquement. Les trois se retournèrent d’un même mouvement.
— Tiens, quelle ambiance de veillée funèbre.
— Franziska ? souffla Miles.
La procureure entra d’un pas assuré, son regard alternant entre les individus déjà présents.
— Miles Edgeworth. Phoenix Wright, elle marqua une pause. Félicitations pour cette victoire.
— F-Franziska ! s’exclama Maya. Pourquoi nous avoir aidés comme ça ?
Franziska haussa légèrement un sourcil.
— Aidés ? son fouet se balança doucement derrière elle. Il n’y a que la vérité qui compte. N’est-ce pas évident ?
Elle tourna brièvement la tête vers Miles. Ce dernier écarquilla les yeux.
— Franziska… murmura-t-il.
— Depuis le début, cette affaire était pleine d’incohérences, son regard revint vers les trois. En combinant les efforts de la défense et de l’accusation, la vérité a pu être révélée.
Phoenix s’avança légèrement.
— Merci, Franziska, sa voix était sincère, sans toi, on n’y serait jamais arrivés aussi vite.
Elle eut un léger ricanement, mais cette fois, sans réelle moquerie.
— Vraiment ? elle croisa les bras. Dans ce cas… allons-nous célébrer la libération de Maya ce soir ?
Venant d'elle, la proposition les pris tous par surprise. Les regards se croisèrent entre les trois. Maya leva d'un coup les bras.
— Oui ! Nick, on doit fêter ça !
Elle se tourna vers Miles avec un grand sourire.
— Et vous aussi, M. Edgeworth, vous venez avec nous !
Elle le pointa presque comme une évidence. Miles soupira doucement, fermant brièvement les yeux.
— J’ai l’impression que je n’ai pas vraiment le choix…
Phoenix esquissa un sourire.