Entre Objections et Tentations

Chapitre 17 : Aveu implicite

Par astriel

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9 octobre, 21h00

Résidence Wright


Le salon plongeait dans une lumière claire, presques agressive pour leurs yeux fatigués. Depuis plusieurs heures, les deux hommes travaillaient sans relâche sur cette affaire de meurtre. À l’extérieur, la ville murmurait doucement jusqu'à leurs oreilles. L'appartement n'était pas le mieux insonorisé du quariter. Ils entendaient le lointain grondement des voitures, quelques éclats de voix étouffés par les vitres et le souffle discret du vent d’automne contre les fenêtres. À l’intérieur, pourtant, tout semblait sur pause. Miles et Phoenix étaient assis au sol, les jambes croisées, entourés d’un chaos de feuilles éparpillées. La table basse avait disparu sous une avalanche de documents : rapports d’enquête, transcriptions, coupures de journaux. Deux tasses de café abandonnées reposaient sur le coin de la table depuis trop longtemps et leur contenu, autrefois brûlant, n’était plus qu’un liquide sombre et froid. La vapeur s’était dissipée depuis longtemps. Miles, contre toute attente, ne disait rien du désordre. Il avait abandonné. Phoenix Wright et l’organisation… une bataille perdue d’avance. Phoenix s’empara d’une copie de l’article signé Otto Luck et la leva brusquement, comme s’il venait de saisir une vérité capitale.


— Edgeworth, je crois avoir compris cette affaire.


Miles releva lentement les yeux, comme tiré d’un demi-sommeil, son regard encore accroché à ses pensées.


— Ah oui ?


Phoenix hocha la tête avec une énergie fébrile et fit glisser l’article vers lui.


— C'est encore une histoire de pouvoir.


Un sourcil de Miles se haussa, invitant la suite en silence.


— On a voulu discréditer Maya pour installer quelqu’un d’autre comme Maître. Et en assassinant le journaliste on fait porter le chapeau à Maya. Elle perd sa crédibilité et son titre avec.

— Oui, je crois que nous avons déjà évoqué cette hypothèse, répondit Miles en croisant les bras avec une voix calme.


Phoenix se mit à dérouler sa théorie. Sa voix animée remplissait le salon d’une énergie trop intense pour l'heure tardive. Ses mots s’enchaînaient avec précision et ses mains ponctuaient chaque idée et chaque lien qu’il tissait entre les événements. Pourtant, malgré toute cette intensité, quelque chose échappait à Miles. Il tenta de suivre, vraiment. Il fixa Phoenix, hochant vaguement la tête au bon moment, comme s’il comprenait encore chaque mot mais son attention se fissura lentement jusqu’à ce que son regard dérive. Ce dernier s’arrêta sur sa bouche. Les lèvres de Phoenix bougeaient avec fluidité, portées par sa réflexion mais les mots se diluaient et devenaient lointains. Comme si son esprit refusait désormais de se concentrer sur autre chose que ce mouvement précis et hypnotique. Un silence étrange envahit ses pensées. Tout son être semblait s’être réorganisé autour d’un seul désir. Ce désir était de les embrasser. Les mots n'étaient qu'un écho. Ses yeux remontèrent lentement, explorant les traits de son visage avec une douceur qu’il ne se connaissait pas. La ligne nette de sa mâchoire, légèrement tendue par la concentration, la courbe de ses pommettes, puis ses oreilles, à peine rougies par la chaleur de la pièce. Inévitablement, son regard redescendit. La chemise de Phoenix était entrouverte, négligemment, comme souvent lorsqu’il travaillait trop longtemps sans y penser. Le tissu laissait apparaître la naissance de son cou dont la peau était claire mais marquée d'une couleur plus chaude que la sienne. Sa cravate, relâchée, pendait sans rigueur. Miles pouvait deviner les lignes de son corps sous le tissu. Les muscles, discrets mais présents, se dessinaient à chaque mouvement. Une pensée brutale et indécente s’imposa. Il aimerait se pencher pour le faire taire dans un baiser tant attendu et désiré. Son souffle se fit plus court, à cette image. Son pouls s’accéléra, résonnant jusque dans ses tempes. Ses mains, posées sur ses genoux, devinrent moites en un instant. Miles voulait retrouver ce contact qui aspirait tant. La chaleur du corps de Phoenix contre le sien au tribunal et chez lui à leur dîner. Ses yeux glissèrent vers les mains de Phoenix. Elles étaient grandes et fermes mais aussi capables de tant de douceur malgré leur force. Il imagina leur contact contre son corps. Chaque centimètre de sa peau sembla s’éveiller à cette seule idée.


— Edgeworth, tu m’écoutes ?


La voix de Phoenix le frappa comme une éclaboussure d’eau froide. Miles écarquilla légèrement les yeux, pris au dépourvu. Pendant une fraction de seconde, il eut la sensation désagréable d’avoir été surpris en faute, comme si ses pensées venaient d’être exposées au grand jour. Son regard se détourna aussitôt et il se pencha vers la table basse envahie de papiers. Il attrapa la première feuille venue, sans même vérifier son contenu, et la fixa avec une concentration forcée.


— Hm… oui, bien sûr.


Mais sa voix trahissait un léger flottement. Face à lui, Phoenix inclina doucement la tête sur le côté. Son regard se fit plus attentif, comme s’il tentait de lire entre les lignes du silence de son ami. Il ne dit rien immédiatement. Ce silence pesa de plus en plus. Le tic-tac discret de l’horloge murale sembla soudainement beaucoup plus présent, tout comme le bourdonnement lointain de la ville. Miles refusait toujours de relever les yeux. Une chaleur gênante lui montait aux joues. Il se maudissait intérieurement pour son manque de contrôle. Phoenix finit par briser cette tension.


— Est-ce que ça va ?


Sa voix avait changé. Elle était plus basse et plus douce. Une voix remplie de sincérité qui ne cherchait qu'à bien faire. Miles releva les yeux. Leurs regards se croisèrent et, durant ces quelques secondes, il se força à se recomposer. Il inspira lentement, redressa imperceptiblement les épaules, et remit en place ce masque d’assurance qu’il maîtrisait si bien.


— Bien sûr.


Phoenix se raidit légèrement. Autour de Miles, des chaînes lourdes et serrées apparurent, comme sorties de nulle part. Un cadenas rouge vint s’y accrocher dans un cliquetis sourd. Le verdict était sans appel. Miles Edgeworth lui mentait. Une pointe de déception serra la poitrine de Phoenix. Il baissa les yeux, comme pour dissimuler ce qu’il ressentait, et glissa sa main dans la poche de son pantalon. Ses doigts se refermèrent autour du magatama. La pierre était légèrement chaude et réagissait au mensonge. Il inspira doucement. Puis, avec une prudence presque instinctive, il se pencha légèrement au-dessus de la table, réduisant la distance entre eux. Les papiers froissés crissèrent sous son mouvement.


— Tu sais, Edgeworth… dit Phoenix d’une voix adoucie, presque enveloppante, j’apprécie vraiment tout ce que tu fais pour Maya… et pour moi. Je te fais confiance. Tu es mon meilleur allié dans ce monde.


Ses yeux restaient fixés sur Miles avec une intensité sincère. Il remarqua les cernes sous les yeux de son ami. Miles était fatigué. Le procureur sentit son souffle se bloquer une fraction de seconde. Il s’efforça de garder une expression neutre et maîtrisée, mais quelque chose dans le ton de Phoenix, dans cette proximité nouvelle, faisait vaciller ses défenses. L’atmosphère avait changé sans qu’il s’en rende compte, devenant plus étroite et plus intime. Il détourna légèrement le regard, juste assez pour reprendre appui. Il se répéta à maintes reprises de rester calme et de ne rien laisser paraître.


— Je suis là, poursuivit Phoenix, plus doucement encore. Si tu traverses quelque chose… ou même si tu veux simplement parler. Peu importe ce que c’est… tu peux venir me voir.


Le silence qui suivit ne fut pas vide. Au contraire, il était chargé. Les bruits dans l'environnement semblaient amplifiés, comme pour combler ce qui n’était pas dit. Miles tourna la tête, coupant le contact visuel. Il inspira lentement par le nez, cherchant à apaiser le trouble qui montait en lui. Un fin sourire étira ses lèvres. Ce même sourire était presque sincère mais teintait aussi d’une retenue évidente. Phoenix, lui, ne bougea pas. Il attendait toujours avec une patience silencieuse.


— Wright… commença finalement Miles, après un silence plus long qu’il ne l’aurait voulu.


Sa voix était mesurée, presque trop posée, comme s’il avançait sur un terrain instable. Il prit le temps de choisir ses mots, les pesant intérieurement avant de les laisser franchir ses lèvres.


— Il y a des choses qui valent mieux qu’elles ne soient pas mentionnées.


Il ne regardait plus Phoenix. Ses yeux s’étaient perdus quelque part entre les feuilles éparpillées sur la table, comme s’il cherchait un appui tangible pour éviter l’échange. Phoenix, intrigué, inspira légèrement, prêt à répondre mais fut coupé dans son élan.


— Après cette affaire… je retournerai en Europe.


Les mots tombèrent d'un coup net. Ils semblèrent absorber tout le reste. Pendant une fraction de seconde, même les bruits extérieurs parurent s’éteindre. Phoenix ne bougea pas mais quelque chose en lui se serra. La déception monta vite, presque brutalement, avant qu’il ne tente de la contenir. Il y était habitué. À chaque fois qu'ils se retrouvaient, ils se séparaient de nouveau. C'était l'histoire de leur relation. Malgré les années, ça faisait toujours mal. Son regard se posa sur Miles, cherchant une faille, un signe, n’importe quoi qui pourrait atténuer le poids de cette annonce mais, comme toujours, il ne trouva qu’une posture droite, maîtrisée et impénétrable. Les pensées de Phoenix dérivèrent malgré lui. L’image d’un enfant seul dans une salle de classe à neuf ans. Les années d’absence. Le vide laissé par un nom qu’il refusait d’oublier. Puis les retrouvailles qui étaient fragiles et incomplètes, quinze ans plus tard. À peine un an après coup, une nouvelle disparition. Laissant derrière lui un seul message. Des mots à l'encre qu’il avait mal interprétés et qui avait eu comme résultat de créer cette peur dévorante. Phoenix l’avait cru mort. Une part de lui n’avait jamais cessé de redouter que ça puisse redevenir vrai.


Phoenix inspira lentement, ses doigts se crispant légèrement contre le tissu de son pantalon avant de se détendre.


— Est-ce que c’est tout ce que tu voulais me dire ?


Sa voix était stable mais plus basse. Miles ne tourna pas la tête.


— Oui.


Sous les yeux de Phoenix, deux cadenas supplémentaires apparurent, s’ajoutant au premier. Les chaînes semblaient plus lourdes et plus serrées autour de Miles, comme si chaque mot non dit renforçait leur emprise invisible. Le procureur, lui, ne remarqua rien. N'étant pas porteur du magatama, il ne pouvait pas voir ces verrous l'entourer. Il restait là, droit et prisonnier d’un secret dont il ignorait même qu’il trahissait l’existence. Dans la poche de Phoenix, le magatama se mit à chauffer davantage. La pierre pulsa doucement contre sa paume. La chaleur devint vite inconfortable, presque brûlante, mais il resserra les doigts autour, refusant de lâcher prise. Son regard ne quittait pas Miles. Quelque chose n’allait pas. Il le sentait mais il ignorait encore quoi. Une sensation désagréable s’installa dans sa poitrine, comme un vertige. L’impression de marcher sur une surface trop fine, prête à céder sous son poids au moindre faux pas. Pourtant, il avança. Son anxiété prit le dessus. Il voulait savoir.


— Edgeworth… murmura-t-il, sa voix presque étouffée, comme s’il craignait que les murs eux-mêmes puissent entendre. Est-ce que tu as des problèmes ?


Miles croisa les bras contre sa poitrine d'un geste instinctif et défensif.


— Où veux-tu en venir, Wright ?


Son ton était plus sec et agacé.


— Est-ce que tu es en danger ? reprit Phoenix sans se laisser arrêter. Est-ce que quelqu’un te fait chanter ?


La surprise traversa brièvement le visage de Miles. Ses yeux s’ouvrirent légèrement plus grands, pris de court.


— … Non, répondit-il après une seconde. Pourquoi ces questions ?


Lui-même doutait, désormais. Il n’aimait pas cette direction. Encore moins l’idée d’inquiéter Phoenix sans raison. Sans un mot, l’avocat sortit le magatama de sa poche. La pierre verte capta immédiatement la lumière de la pièce, diffusant une lueur douce, presque surnaturelle. Elle semblait vibrer faiblement, comme animée par la tension qui emplissait l’air. Miles inspira brusquement. Ses traits se durcirent. Il détourna légèrement le regard, les sourcils froncés.


— Range ça, ordonna-t-il.

— Non.


La réponse fut immédiate. D’un geste vif, Miles tourna la tête vers lui. Une colère commençait à émerger, fissurant son contrôle habituel.


— Wright.

— Trois verrous… le coupa Phoenix, sans hausser la voix. Edgeworth… qu’est-ce qui se passe ?


Les doigts du procureur se crispèrent sur son veston rouge. Le tissu se froissa sous la pression. Ses jointures blanchirent, trahissant la tension qu’il tentait désespérément de contenir. Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas répondre. Sinon, de nouveaux cadenas apparaîtront. Le silence devint sa seule défense, dans ce cas-ci. Phoenix, fidèle à lui-même, refusa de reculer.


— Je suis ton ami… dit-il plus doucement. Et les amis sont là pour s’aider. Si tu traverses quelque chose de difficile… tu peux venir me voir.

— Wright… souffla Miles entre ses dents. Je… je ne peux pas en parler, il marqua une pause. Pas à toi.


Ces trois mots tombèrent lourdement. Phoenix cligna des yeux, déstabilisé. Le refus n’était pas total. Il était ciblé. Cette réalisation le frappa plus fort encore. Pas de quatrième cadenas. Son esprit s’activa aussitôt, cherchant à comprendre ce que cela impliquait.


— Suis-je… concerné ?


Miles ne répondit pas. Son silence était plus éloquent que n’importe quelle confession.


— Suis-je concerné par ton secret, Miles ?


La voix de Phoenix s’était adoucie davantage, chargée d’une sincérité presque désarmante. Et cette fois, l’usage rare de son prénom fit vaciller quelque chose en Miles. Un frisson discret remonta le long de sa colonne vertébrale. Ce feu qui devenait familier et dangereux se raviva dans sa poitrine. Il n’était pas encore prêt. Alors, il choisit de détourner. Lentement, comme s’il craignait de briser quelque chose, il leva la main. Ses doigts vinrent se poser sur ceux de Phoenix, encore refermés autour du magatama. Le contact était léger et hésitant mais il fit naître une chaleur immédiate. Sans le regarder, Miles guida leurs mains jusqu’à la table basse. Le bois froid contrasta avec la chaleur de leurs peaux. Son visage se teinta d’une gêne inhabituelle. Une ombre de honte passa dans ses traits, fissurant son masque habituel.


— Phoenix…


Le prénom murmuré avait une douceur inattendue. Phoenix releva brusquement les yeux, surpris. Jamais il ne l'appelait pas son prénom lui non plus. Il en était déstabilisé car cela démontrait le sérieux de la situation pour Miles.


— S’il te plaît… n’utilise plus jamais ça contre moi.


Sa voix était ferme et tremblante à la fois. Derrière cette fermeté, il y avait quelque chose de plus fragile. Quelque chose qu’il n’exprimait presque jamais. Phoenix sentit la culpabilité le heurter de plein fouet. Son regard glissa vers leurs mains superposées. Le geste, pourtant simple, lui sembla soudain lourd de sens. Il prit conscience de ce qu’il avait fait. Il avait franchi une limite.


— Je… je suis désolé…


Sa gorge se serra. Les mots eurent du mal à sortir. Le silence retomba, épais. Miles tourna légèrement la tête. Leurs regards se croisèrent et Phoenix y vit quelque chose de rare. Une tristesse humaine et vulnérable rarement observé chez son ami. Ça lui serra le cœur.


— Il y a des choses qui valent mieux ne jamais être prononcées… dit finalement Miles, d’une voix plus basse.


Leurs mains étaient toujours là. Ni l’un ni l’autre ne semblait vouloir rompre ce contact.


— Du moins… il ajouta après un instant, pour le moment.


Phoenix resta silencieux, laissant ses mots s’installer entre eux. Puis, presque instinctivement, il posa sa seconde main sur celle de Miles, enveloppant la sienne avec douceur. Son pouce se mit à caresser lentement ses jointures, dans un geste apaisant, presque inconscient.


— Je suis désolé pour le magatama… murmura-t-il. Il était dans ma poche et quand j’ai vu le premier verrou… j’ai paniqué. Et puis… j’étais curieux.


Il inspira légèrement.


— J’avais envie de comprendre.


Ses yeux remontèrent vers ceux de Miles.


— C’était maladroit… et égoïste. Je ne recommencerai pas.


Sa voix était basse, sincère et enveloppée d'une certaine fragilité. Phoenix retira lentement ses mains, comme s’il craignait de briser quelque chose en rompant le contact. La chaleur laissée par leurs doigts mit un instant à disparaître, flottant encore entre eux comme un souvenir trop récent. Il déposa ensuite le magatama sur la table basse. Il poussa la pierre verte du bout de ses doigts avant de l’immobiliser devant le procureur. Miles leva les yeux vers lui, silencieusement. Phoenix soutint son regard.


— Demande-moi n’importe quoi, Edgeworth.


C'était sa façon à lui de rééquilibrer la balance. Le silence qui suivit sembla s’étirer d'une densité palpable. Dans la poitrine de Miles, son cœur accéléra brusquement, cognant contre ses côtes avec une insistance qu’il ne pouvait ignorer. Une chaleur traîtresse remonta jusqu’à ses joues et il détourna légèrement le regard, comme pour reprendre contenance. Demander n’importe quoi... L’offre était dangereuse et terriblement tentante. Une question, précise et brûlante, s’imposa immédiatement à son esprit. Une question qu’il n’osait même pas formuler intérieurement sans en ressentir le vertige. Lui aussi était curieux et voulait savoir. Enfin comprendre. Mettre un nom sur ce lien qui les tirait constamment l’un vers l’autre, malgré les distances. Mais à quel prix ? Ses doigts se crispèrent légèrement contre le bord de la table. Le bois froid l’aida à se raccrocher à quelque chose de tangible et de rationnel. Après un court moment de réflexion, il se dit qu'il ne pouvait pas. Pas de cette façon ni avec cet objet. D’un geste mesuré, presque trop contrôlé pour être naturel, il repoussa doucement le magatama vers Phoenix du bout des doigts.


— Notre lien est fort, Wright, dit-il calmement. Nous n’avons pas besoin de cela pour nous parler avec sincérité.


Un léger sourire passa sur ses lèvres. Il était discret et teinté d’une mélancolie qu’il ne prit même pas la peine de masquer entièrement. Il marqua une pause. Ses yeux se posèrent brièvement sur le magatama, puis revinrent à Phoenix.


— Je ne suis simplement pas prêt à… révéler ce secret. Ne le prends pas personnellement.


Sa voix s’adoucit.


— Peut-être que je ne le ferai jamais. Tous les êtres humains ayant marché sur cette terre sont morts avec des secrets. Je ne crois pas faire exception.


La pièce retomba dans un calme. On entendait à peine le bruissement du vent contre les fenêtres. Phoenix hocha lentement la tête, sans détourner le regard.


— Je te fais confiance, dit-il simplement.


Aucune hésitation ni reproche. Ces mots, dans leur simplicité, eurent un poids inattendu. Ils s’installèrent entre eux, solides et rassurants. Le silence qui suivit n’était plus le même. Il avait perdu sa tension tranchante pour devenir quelque chose de plus doux et intime. Ils se regardèrent longuement. Dans ce regard, il n’y avait ni accusation, ni doute, seulement une compréhension silencieuse. Miles sentit quelque chose vaciller en lui. Comment ne pas s’éprendre de lui ? La question s’imposa brutalement. Dans son ventre, une agitation familière s’éveilla. Des papillons, prisonniers, battant frénétiquement contre des chaînes invisibles, cherchant à s’échapper, à exister au grand jour. Chaque regard, chaque mot de Phoenix semblait tirer un peu plus sur ces liens fragiles. Ils voulaient se libérer, tout révéler et tout risquer mais Miles inspira lentement. Ses doigts se refermèrent légèrement sur eux-mêmes. Pas maintenant. Il n’était pas prêt à en affronter les conséquences. Pas encore.


9 octobre, 23h37

Résidence Edgeworth


Dans sa douche, Miles avait laissé son instinct prendre le dessus sur la raison. Dans la pièce, la vapeur emplissait lentement la salle de bain. Le miroir était maintenant opaque. L’eau chaude glissait sur sa peau, traçant des rivières le long de ses épaules et de son dos. Il ferma les yeux un instant, laissant le bruit régulier de la douche se mêler à sa respiration et au bruit que faisait sa main qui venait et allait sur son sexe. La chaleur ne provenait pas seulement de chaque goutte qui tombait contre lui. Non, son corps tout entier calcinait en cette séance de masturbation. Une seule personne lui venait en tête, dans ce moment de fantaisie : Phoenix Wright. Il imaginait l'homme à genoux dans cette même douche le prendre avec sa bouche. Miles aspirait à s'emparer de ses cheveux trempés, adoucissant ses pointes, et de les serrer dans ses mains. Il désirait sa bouche et ses mains contre lui. Les images obscènes défilaient dans son esprit comme un filme porno dont Phoenix en était la vedette principale. Le procureur se sentait tout près de l'extase. Il accéléra la cadence sur son sexe et, d'un coup, il éjacula dans sa douche. Il gémit bruyamment et vit des étoiles. Il appuya sa deuxième main contre le mur de la douche, retenant ainsi son corps. L'eau continuait de couler sur sa tête, puis le long de sa nuque. Sa respiration changea, plus lente, plus consciente. Il regagnait ses esprits. Après un court moment, il passa une main dans ses cheveux trempés, sentant les mèches parfumées se mêler à la chaleur ambiante. Le temps paraissait mis sur pause, comme si ce moment lui appartenait entièrement. Il resta là, immobile quelques secondes, simplement à ressentir toutes les sensations du moment présent. Phoenix Wright l'obsédait de plus en plus. Puis... une seule pensée lui traversa l'esprit.


Miles Edgeworth ne voulait pas mourir avec son secret.




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