13 octobre, 2h23
Résidence Wright
Deux silhouettes avançaient côte à côte, chancelantes et légèrement désorientées. L’appartement était plongé dans l’obscurité, mais la pleine lune, haute dans le ciel, laissait entrer sa lumière pâle par la fenêtre de la chambre à coucher. Elle dessinait des formes sur les murs et faisait briller faiblement le bois du plancher. Le petit rire maladroit de Phoenix résonnait doucement, se mêlant au bruit irrégulier de leurs pas.
Accroché à son épaule gauche, Miles tentait de marcher droit, la tête penchée vers le sol pour garder l’équilibre. Les deux hommes, encore ivres de leur soirée, cherchaient tant bien que mal un endroit où s’effondrer. Les tibias de Miles heurtèrent soudainement la base du lit et il perdit l’équilibre, s’écrasant sur le ventre contre le matelas. Phoenix le suivit de près, retenant son corps avec ses mains, les bras tendus de chaque côté du lit pour ne pas tomber à son tour.
Il éclata de rire en voyant le procureur se retourner lentement, encore étourdi par l’alcool, avant de se hisser un peu plus haut sur le lit. L’avocat s’approcha à quatre pattes, le rejoignant sans cesser de sourire. Miles laissa échapper un soupir de soulagement. Monter l’escalier menant à l’appartement de son hôte avait déjà été une épreuve en soi, alors pouvoir se coucher lui faisait du bien.
Après un court instant, il ouvrit lentement ses yeux en amande. Au-dessus de lui, Phoenix le regardait avec une tendresse presque troublante. Miles resta figé, observant les traits de son visage. Il n’avait pas souvent l’occasion de le voir d’aussi près. Ses pensées se mirent à dériver tandis qu’il le détaillait en silence.
Il remarqua les pommettes rougies de Phoenix, sans savoir si c’était la gêne ou simplement un effet de l’alcool consommé durant la soirée. Ses cheveux sombres étaient en bataille, quelques mèches courtes tombant sur son front. Ses grands yeux étaient posés sur lui avec insistance, mais Miles était incapable d’en distinguer la couleur exacte : gris, noir, bleu foncé ? La lumière était trop faible pour le dire.
Phoenix, toujours penché au-dessus de lui, s’empara de la main gauche du procureur et la leva doucement au-dessus de sa tête. Il glissa ses doigts derrière ceux de Miles, son pouce venant se poser dans le creux de sa paume avant de la caresser lentement. Ce simple geste, ce massage de main, lui procura un bien fou, et un nouveau soupir de soulagement s’échappa de sa poitrine. Lorsqu’il expira plus fort, son haleine chargée d’alcool atteignit les narines de Phoenix, qui laissa échapper un léger rire.
— Tu y es allé un peu fort, ce soir, pas vrai ? demanda-t-il doucement.
Miles le regarda en silence, puis un sourire tendre se dessina sur ses lèvres.
— Ce n’est clairement pas dans mes habitudes, marqua-t-il une pause. Mais… c’était une bonne occasion de fêter. N’est-ce pas, Wright ?
L’avocat sourit de nouveau et approcha son visage du sien. Surpris, Miles écarquilla légèrement les yeux et se crispa malgré lui. Phoenix s’arrêta à quelques centimètres de ses lèvres, assez près pour que Miles sente sa chaleur et son haleine d'alcool.
— S’il te plaît, Miles, chuchota-t-il. Appelle-moi Phoenix.
Le procureur avala sa salive et, sans préavis, l’avocat plongea son visage dans le creux de son cou. Sa respiration le chatouilla et, par réflexe, Miles serra ses deux mains, dont celle que Phoenix tenait déjà. Il prit ce geste comme une invitation et, d’un mouvement sûr, l’avocat glissa ses doigts entre les siens, refermant fermement sa main dans la sienne. Il mit sa bouche à la base de son cou dénudé dont la cravate blanche était lousse. Il se mit à faire une forte succion à cet endroit. Inquiet par ce qui était entrain de se passer, Miles s'alarma.
— Wr-Wright, qu’est-ce que tu… Ngh !
Phoenix retira brusquement sa bouche de son cou, et un fin filament de salive relia un instant ses lèvres à la peau désormais marquée d’un cercle rougeâtre. Il rompit ce lien d’un geste lent, passant sa langue sur sa lèvre inférieure, puis plongea son regard dans celui de Miles, encore troublé.
— Ne t’en fais pas, Miles. Ta cravate cachera cette marque, de toute façon.
— Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-il, la voix légèrement tendue, presque irritée.
— Je voulais… te laisser un souvenir.
Ses yeux s’assombrirent et il baissa le regard. Miles comprit aussitôt ce qu’il voulait dire. Après tout, il l’avait prévenu qu'il repartirait bientôt en Europe pour approfondir ses connaissances concernant les lois et la façon de procéder à l'étranger. (Un souvenir…) pensa Miles, le cœur serré.
Un silence lourd s’installa, alors que la lumière lunaire se glissait lentement sur les draps. Finalement, le procureur retira doucement sa main de l’emprise de Phoenix et la porta à sa chemise, défaisant machinalement un bouton. Intrigué, l’avocat au costume azur observa chacun de ses gestes, son regard ne quittant pas Miles une seule seconde. Lentement, celui aux mèches argentées déboutonna sa chemise à moitié et entrouva cette dernière. Les joues rouges, gêné mais aussi excité par la situation, il invita d'un regard timide Phoenix à continuer ce qu'il faisait.
— Wright— Je veux dire... Phoenix. Laisse-moi d'autres souvenirs... Partout sur mon corps...
Le défenseur écarquilla les yeux. Une grande excitation monta en lui. Il avait cette sensation de feu dans son ventre. Sa chaleur corporelle ayant augmentée d'un coup, il commença à avoir chaud et à transpirer tranquillement. Sa respiration se fit de plus en plus rapide car lui aussi était nerveux. Son pouls cardiaque s'accéléra d'un coup et il ressentait chaque battement qui faisait trembler son être.
Il rapprocha son corps du sien. Sa jambe droite étant entre les siennes. En se rapprochant, sa cuisse fit un contact à son entrejambe. Miles se crispa légèrement à cette sensation et Phoenix réalisa vite que ce qu'il venait de toucher accidentellement était la preuve de l'excitation et du désir de son amant. Heureux de cette constatation, il jeta sa bouche au centre de sa clavicule et glissa l'une de ses mains libres dans sa chemise pour mieux toucher son corps. À ces contacts, Miles gémit de plaisir et empoigna fermement la chevelure de Phoenix.
3 octobre, 11h30
Cabinet d'avocats Wright & Co.
Assis seul à son bureau, Phoenix s’ennuyait. Il jouait distraitement avec un crayon qu’il faisait tourner entre ses doigts, le regard perdu dans le vide. Devant lui, plusieurs dossiers étaient étalés sur le bois usé du bureau. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’aucun client n’avait franchi la porte du cabinet et ce calme inhabituel lui pesait sur les nerfs. Sans Maya, tout semblait trop silencieux, presque étouffant.
Il s’adossa brusquement au dossier de sa chaise et laissa échapper un long soupir, comme pour chasser l’ennui qui l’envahissait. Les yeux rivés au plafond, il se demanda quoi faire en cette journée beaucoup trop paisible. Soudainement, le thème du générique du Steel Samourai se fit entendre, brisant le silence ambiant. Phoenix sursauta avant de s’emparer rapidement de son cellulaire et de décrocher.
— Phoenix Wright, avocat à l’appareil !
— N-Nick ! s’écria une voix inquiète à l’autre bout du fil.
(Cette voix !)
— M-Maya ?!
Il se redressa aussitôt sur sa chaise, le cœur battant.
— Nick, c’est horrible… Tu dois venir…
— Où es-tu, Maya ?!
Alarmé, Phoenix se leva d’un bond et se dirigea d’un pas pressé vers la porte du cabinet.
— Au centre de détention… dit-elle d’une voix faible.
Phoenix s’arrêta net. (Au centre… de détention ?) Figé sur place, il peinait à y croire. Que faisait-elle là-bas ?
— Maya, dit-il d’un ton ferme, tu ne bouges pas. J’arrive dès que possible.
— Merci, Nick…
La ligne se coupa, laissant derrière elle un silence lourd. Phoenix resta un instant immobile, le téléphone toujours en main, puis verrouilla la porte du cabinet avant de s’élancer pour rejoindre son amie.
3 octobre, 12h05
Centre de détention
Parloir
Phoenix entra en trombe dans la petite pièce dont la décoration n'était pas ce qu'il y avait de plus chaleureux. Les murs gris et la lumière froide des néons donnaient à l’endroit une atmosphère oppressante. De l’autre côté de la vitre épaisse, Maya était assise sur une chaise métallique, les épaules affaissées, le visage marqué par la fatigue et la tristesse. L’avocat prit place en face d’elle, le regard immédiatement rivé sur son amie.
— Maya, est-ce que tu vas bien ?!
Visiblement inquiet, il avait du mal à contenir ses émotions. La médium leva les yeux vers lui et tenta d’articuler une réponse entre deux sanglots.
— Nick… c’est encore arrivé…
Phoenix sentit une boule se former dans sa gorge. Il craignait le pire et savait que ce qu’elle allait lui annoncer n’annonçait rien de bon.
— Il y a eu un meurtre au village et… je suis la principale suspecte…
— Maya…
Il n’en croyait pas ses oreilles. Encore une fois, elle se retrouvait mêlée à une affaire de meurtre. Tout sembla s’assombrir autour de lui. Il avait mal pour elle, marre de la voir sombrer dans ces états. Il voulait simplement que Maya soit heureuse, loin de tout ça. Il remarqua aussi par la même occasion qu'il y avait quelque chose de différent chez Maya mais il n'arrivait pas à dire quoi.
— Nick.
Sa voix le tira de ses pensées et il revint à la réalité.
— O-Oui, Maya ?
Elle prit un moment pour se ressaisir avant de reprendre.
— Nick, j’ai besoin de toi… Peux-tu… me défendre ? Aide-moi... S'il te plaît...
Elle le fixa droit dans les yeux. Phoenix sentit une grande détermination monter en lui. Il en avait assez de voir ce regard triste.
— Maya, tu n’as pas à t’en faire. Je vais prouver ton innocence.
À ces mots, le visage de la jeune femme se crispa avant que des larmes ne viennent envahir ses yeux de nouveau.
— N-Nick… Merci !
Elle éclata en sanglots, plus fort que Phoenix ne l’avait jamais vue pleurer. Il la regarda un instant, le cœur serré. Plus que jamais, il était déterminé à prouver, une fois encore, l’innocence de son amie.
— Maya.
Elle releva la tête, les joues humides.
— As-tu commis le meurtre ?
— Non, Nick…
Elle secoua la tête de gauche à droite. Phoenix poussa un soupir de soulagement. Il savait qu’elle en était incapable, mais c’était son devoir de poser la question. Il la croyait entièrement et comptait bien laver son nom.
— Explique-moi ce qui s’est passé.
Elle renifla, essuya ses larmes avec la manche de son vêtement, puis, un peu plus calme, commença son récit.
— Il y a eu un meurtre dans un sanctuaire. Le corps a été retrouvé tôt ce matin.
— Qui a été tué ?
— … Le journaliste, Otto Luck.
Phoenix écarquilla les yeux. (Le journaliste de l’autre jour ?)
— Il y avait une lettre qui venait supposément de moi à ses côtés, pour une rencontre pendant la nuit. Et… pour une raison que j’ignore, mon collier avec mon Magatama se trouvait aussi dans la pièce.
Elle porta sa main gauche à son cou où le collier absent devait s'y trouver. Phoenix remarqua alors que ce qui lui avait semblé étrange chez Maya depuis le début était l'absence de ce dernier.
— Je ne sais pas comment je l’ai perdu… Puis, ils ont retrouvé mes empreintes sur l’arme du crime…
L’avocat soupira lentement. Cette affaire ne serait clairement pas simple et, sans personne pour l'accompagner, il craignait de craquer à son tour.